‹ Une année de révolutionChapitre 21 sur 71 · FUSILLADE AUX AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

FUSILLADE AUX AFFAIRES ÉTRANGÈRES

fenêtres, comme on le ferait à Londres deuant la résidence de quelques chefs populaires dans une pareille occasion. Jusqu'à ce moment tout semblait faire espérer que, la cause réelle du mécontentement n'exislant plus, la ville reprendrait aujourd'hui sa tranquillilc, lorsqu'un incident inattendu — on pourrait presque dire un hasard — a complètement changé la face des affaires, et produit des événements dont les effets, il est impossible de ne pas le comprendre, se feront ressentir pendant longtemps dans toute l'Europe. Une troupe d'environ cent cinquante hommes de la populace, dont beaucoup étaient armés, suivie par une foule curieuse, avait parcouru la ville dans différents sens, exigeant que les maisons fussent illuminées. Elle avait réussi à se faire obéir, me dit-on, au ministère de la justice, et se proposait d'obtenir le même succès au ministère des affaires étrangères, que M. Guizot, prétend-on, a déjà abandonné. A l'arrivée de la foule devant l'hôtel, un seul coup de feu, tiré par qui? on ne le saura peut-être jamais, mais venant du côté du mur du jardin, a cassé la jambe du cheval que montait le chef de bataillon commandant le détachement du 14" régiment de ligne. Aussitôt, sans le moindre avertissement, il a donné ordre de faire feu sur la foule qui s'était rassemblée devant l'hôtel. On affirme qu'il n'a pas été tué ou blessé moins de cinquante-deux personnes, parmi lesquelles beaucoup de femmes et d'enfants. Un Anglais, M. Henri Fitzroy, qui se promenait tranquillement de l'autre côté des boulevards, m'a assuré que quelques victimes sont tombées à ses côtés. La foule s'est aussitôt dis-

persée dans les différents quartiers de Paris d'où elle était accourue, en criant : «Vengeance! « et u Trahison! " Les barricades ont été relevées; on en a construit de nouvelles dans diverses parties de la ville, et le lendemain matin toute la population était dans le dernier état d'exaspération. Beaucoup de gens appartenant aux classes moyennes , qui étaient jusqu'alors restés tranquilles, se sont sentis indignés à la nouvelle de cette violence , qu'on a tout d'abord considérée comme un massacre ordonné par l'autorité supérieure. Quelques-uns l'attribuaient à M. Guizot, qui cependant, j'ai lieu de le croire, n'y est pour rien, et qui n'était même pas sur les lieux.. D'autres , malheureusement, accusaient ouvertement le Roi de ce qu'ils appelaient une trahison. Dès le commencement même de cette désastreuse affaire, le malheur a été que l'opinion publique, offensée du discours du Roi, et généralement convaincue que les termes en avaient été imposés par lui, a été disposée à rendre Sa Majesté personnellement responsable de tout acte impopulaire-, cet incident, survenant précisément dans ces entrefaites, après le renvoi de ses minisires, a augmenté l'exaspération contre le Roi, et rendu tout accommodement difQcile. Dans le courant de la nuit, le comte Moié avait annoncé que le moment était passé où il pouvait êlre utile à Sa Majesté , et qu'il ne restait plus au Roi qu'à envoyer chercher AIM. Thiers, Odilon Barrot , Duvergier de Hauranne , de Rémusat et un ou deux autres. 11 paraît qu'une des conséquences de la malheureuse échaudourée d'hier au soir a été de donner lieu de la part des troupes

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