ABDICATION DU ROI
de ligne h une manifeslafion au moyen de laquelle elles désapprouvaient ce qu'on appelait le massacre commis par le li" régiment. Déjà hier les sympathies de l'armée étaient suspectes, et quoique le premier acte du ministère Thiers, qui a ordonné ce matin d'éloigner la troupe de Paris, ait été diversement interprété, j'ai lieu de croire qu'il a été motivé par la nécessité de conserver quelque apparence de discipline militaire, qu'un séjour de quelques heures de plus à Paris aurait complètement désorganisée.
S'il se rencontre quelque inexactitude dans le récit, que j'essaye de poursuivre, d'événements si soudains, elle résulte naturellement de ce que les communications avec différents quartiers de Paris sont interrompues par de nombreuses barricades. Quoique la retraite des troupes et le licenciement de la garde municipale aient mis fin au combat, tout est encore livré au désordre, elles bruits qui circulent de bouche en bouche ne peuvent manquer d'être exagérés. Le dernier conflit a eu lieu ce matin vers dix heures, à un corps de garde du voisinage, où la garde municipale a été sommée de rendre le poste au peuple. Elle a refusé de le faire; le feu a commencé des deux côtés; plusieurs combattants ont été tués; le poste a été enlevé et pillé.
Je viens d'apprendre que la démonstration faite par le peuple a amené l'abdication du Roi on faveur du comte de Paris, sous la régence de la duchesse d'Orléans. On dit que le roi Louis -Philippe a quitté Paris il y a environ une heure, se dirigeant vers Sainl- Cloud.
24 février.
Depuis une heure ou deux les choses ont revêtu un aspect beaucoup plus sombre. L'abdication du Roi est confirmée. On a publié une proclamation, signée Odilon Barrot, ministre de l'intérieur, qui fait connaître cette détermination prise en faveur du comte de Paris. Cette proclamation, me dit- on, a été reçue trèsfroidement, et quoique la duchesse d'Orléans ait paru avec ses deux fils à la Chambre des députés, où l'on a annoncé l'abdication du Roi en présence du peuple, qui avait envahi toutes les tribunes, les députés présents ont refusé de s'engager à appuyer aucune forme de gouvernement quelconque jusqu'à ce que la nation ait été consultée. On a formé un Gouvernement Provisoire, mais je ne puis, à cette heure avancée, déterminer avec précision son objet , s'il est constitué uniquement pour maintenir la sécurité dans la capitale, ou s'il est chargé de gouverner pour quelque temps le pays. J'aime à croire que la première supposition est la seule fondée , bien que les noms que l'on cite soient , pour la plupart , ceux de républicains connus : Lamartine, Arago, Garnier -Pages, Marie, Ledru-Rollin , Crémieux, et Louis Blanc, secrétaire. Il y a une autre proclamation signée Lamoricière, commandant de la garde nationale.
Mon devoir, à moi, jusqu'à ce que je reçoive de nouvelles instructions du gouvernement de Sa Majesté la Reine, est de rester parfaitement tranquille ici,