‹ Une année de révolutionChapitre 25 sur 71 · FUITE DE LA DUCHESSE DE MOXTPENSIER · texte numérisé non relu

FUITE DE LA DUCHESSE DE MOXTPENSIER

bliée par le reste de la famille royale dans sa fuite précipitée des Tuileries. Une personne m'a dit, en effet, peu de temps après le départ du Roi, et cette particularité tendrait au moins à conGrmer la nouvelle, qu'elle pouvait à peine en croire ses yeux lorsqu'elle a vu la jeune princesse errant, complètement seule et égarée, à l'écarf de la foule qui entourait le palais. Comme je lui demandais tout naturellement pourquoi elle ne lui avait pas offert aussitôt son assistance , cette personne m'a répondu que son premier mouvement avait été de le faire, quoiqu'elle ne fût nullement connue de Son Altesse Royale, mais que, dans la disposition d'esprit où était alors la populace, elle n'avait pas voulu encourir la responsabilité d'attirer sur la princesse l'attention publique, convaincue que la meilleure chance de salut pour celle-ci était, non-seulement de n'être pas reconnue, mais de n'être pas même soupçonnée. Quand on considère la peine que l'on a prise pour faire de ce château son toit domestique, les sacrifices au prix desquels on avait atteint ce but, et la réception triomphale qu'on lui avait si récemment faite , il parait étrange qu'il ne se soit trouvé personne qui se fît un devoir de protéger la retraite d'une femme si jeune, si douce, si abandonnée et si belle, d'une femme qui avait, par conséquent, tant de droits à la protection même des étrangers , partout où il reste encore dans le monde le moindre vestige d'esprit chevaleresque. Quiconque cependant n'a pas réellement vécu dans des jours sem-blables à ceux que nous traversons maintenant, ne peut se ligurer à quel point, dans un tel désordre, la pré-

sence d'esprit des hommes les plus habitués à ces agitations est insuffisante pour faire face à toutes les éventualités. Dans de pareils moments, le devoir le plus pressant et le plus voisin devient le plus impérieux , quelque peu important qu'il puisse être. II n'est pas d'humiliation qui ne semble s'être accumulée sur cette malheureuse famille pendant les trois derniecs jours. Rien n'est plus propre que la soudaineté du choc à aggraver les revers qui nous frappent , et la confiante sécurité où j'ai laissé le Roi lundi au soir, doit avoir ajouté à l'amertume de la douleur avec laquelle il a gagné hier la place Louis XV (lieu de si mauvais augure pour sa famille), non pas, il est vrai, comme son père ou l'un de ses prédécesseurs et parents, pour y laisser sa vie, mais pour se séparer de tout ce qui avait été depuis longtemps la gloire et l'orgueil de cette vie même. De tous ces flatteurs de cour qui avaient si récemment applaudi à cette royale audace , s'obstinant, avec un fier dédain de ce qui pourrait s'ensuivre, à faire revivre la politique de Louis XIV, qui avaient charmé son oreille en ajoutant encore que sa sagesse pratique et sa rare sagacité pouvaient seules assurer le triomphe de cette politique, de ces flatteurs pas un n'était auprès de lui. Comme il montait avec difficulté le marchepied d'une voiture de louage, d'un côté il é(ait aidé par M. Crémicux, député peu courtois de l'extrême gauche, dont le Moniteur de ce matin place le nom parmi ceux des membres du Gouvernement Provisoire, tandis que de l'autre côté la portière était fermée par un ardent légitimiste dont je ne mentionnerai pas le nom;

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