‹ Une année de révolutionChapitre 27 sur 71 · VISITE SOUDAINE DE MADAME DE C · texte numérisé non relu

VISITE SOUDAINE DE MADAME DE C

quillité apparente que pendant la nuit dernière, mais ce matin, de bonne heure, est arrivé le moment peutêtre le plus critique pour notre propre sécurité. A sept heures et demie, notre amie et voisine, madame de C... , qui habite un des grands hôtels situés entre l'ambassade et l'Elysée-Bourbon, est accourue chez nous en peignoir, et a demandé à voir lady N. ..; elle avait apporté avec elle , pour plus de sûreté , tous ses bijoux ; elle venait, nous a-t-elle dit, d'être réveillée par son mari ; il avait été de service toute la nuit avec la garde nationale, et lui avait appris que la populace, après avoir brûlé Neuilly ' et Suresnes^, était arrivée à l'Elysée-Bourbon avec le projet d'en faire autant, et que, si on ne prévenait pas à temps l'exécution de ce dessein , rien ne pouvait, avec le veut violent qui soufflait alors, sauver les maisons voisines de la destruction. On avait déjà placé des torches dans la partie la plus combustible de l'édifice , lorsque le petit détachement de la garde nationale, stationné au palais, est sorti du poste pour disperser ces incendiaires ; il a aussitôt croisé la baïonnette et chargé les émeutiers. Quelles incalculables conséquences pouvaient résulter en ce moment du plus ou moins de courage que montreraient ces deux groupes d'hommes qui représentaient les forces en lutte de l'ordre et de l'anarchie!

' Neuilly, residence de campagne de Louis-Philippe, i une lieue environ de la ville.

- Suresnes, magnifique villa appartenant au baron Salomon de Rothschild, remplie d'objets d'art et de luxe, complètement pillée et brùice jusqu'aux fondemcuts.

Depuis que la populace avait pris d'assaul les Tuileries, elle n'avait plus rencontré de résistance à ses entreprises -y eWe a faibli devant l'attitude résolue de ces quelques braves de la l'*" légion, et a cédé. Les flammes ont été éteintes, et le palais a été sauvé pour le moment. Aussitôt après , on a écrit à la craie sur la façade les mots : « Ambulance nationale, » en vue de le protéger contre des agressions nouvelles.

Ce matin, il règne dans tout Paris une agitation considérable, alimentée de temps en temps par les rapports qui arrivent des provinces et par les bruits que répandent, de demi-heure en demi-heure, des alarmistes excessifs. On ne saurait douter cependant que cette journée ne soit des plus inquiétantes; déjà, hier au soir, le bruit courait que les communistes feraient une tentative pour renverser le gouvernement. Il y a, dans ce moment, me dit-on, rassemblés autour de l'hôtel de ville , six mille hommes bien disposés et déterminés à défendre la cause de l'ordre; si la journée se passe sans échec, on pourra, je crois, considérer la ville comme préservée des scènes terribles auxquelles ou s'attendait hier au soir. J'entends dire partout que la conduite de M. de Lamartine, pendant toute la journée d'hier, a été admirable. Par l'énergie de son éloquence et l'empire qu'elle lui donne sur le peuple, il a fai^ repousser toute proposition violente, et si sa santé, qui est très-délicate, lui permet d'être toujours présent aujourd'hui sur le théâtre des événements, le rétablissement de la confiance fera, par son inlluence, de grands progrès. Je viens de recevoir la visite d'un ca-

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