‹ Une année de révolutionChapitre 3 sur 71 · RESULTATS POLITIQUES DE LALLIAXCE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

RESULTATS POLITIQUES DE LALLIAXCE ESPAGNOLE

désintéressée. C'est pourquoi elle parut dissiper chez un grand nombre le préjugé trop général que nous mesurons tout simplement notre sympathie pour le bienêtre intérieur d'utt peuple aux quantités de coton ou de quincaillerie qu'il importe chez lui.

Tel était l'état des choses dans ce pays quand j'y arrivai, il n'y a pas tout à fait un an, et tels étaient les sentiments que l'on entretenait au sujet de l'alliance anglaise. Le gouvernement, qui en avait fait son mot d'ordre, ayant été affermi au pouvoir par un appel au peuple, j'eus, à cette époque, une occasion de répéter les expressions remarquables par lesquelles Sa Majesté Louis-Philippe sembla indiquer la valeur qu'il attachait personnellement à cette alliance. Huit jours après, je fus chargé de transmettre à mon gouvernement l'étonnante nouvelle des mariages espagnols, événement qui, je le crois encore, doit exercer indirectement une influence durable sur les destinées de ce pays. Il serait cependant inutile de faire ici allusion à l'effet qu'il produisit sur les relations entre les deux pays, si je ne voulais observer que la correspondance diplomatique à laquelle il donna lieu parut absorber complètement l'attention du gouvernement français. Celui-ci, en effet, se présenta devant les Chambres entièrement dépourvu de tout autre projet qui pût intéresser la direction des affaires générales du pays. Ce fait, qui était alors évident pour tout observateur impartial, est reconnu aujourd'hui par le seul journal [\e Journal des Débats] qui doive être considéré comme l'organe du gouvernement, et cependant, aux yeux de tout homme éclairé, n'eùt-il pas même

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la plus légère prétention au caractère d'homme d'État, il semblait qu'il y avait pour le ministère des raisons particulières d'aborder le nouveau Parlement avec précaution et prévoyance. La rupture complète de l'alliance anglaise avait causé partout de l'inquiétude à cette classe de gens qui la considéraient comme une sécurité pour leurs intérêts matériels. Un fléau envoyé par la Providence, sans exemple dans les temps modernes à un tel degré , — je veux dire la famine de 1846, — avait désorganisé la situation financière des Etats les mieux réglés, mais ici il avait aggravé le désordre qu'une administration négligente et un agiotage universel avaient préparé. Le gouvernement se trouva tout à fait hors d'état de réaliser aucune des promesses faites aux élections par les candidats, et comme le désappointement qui résulte des espérances personnelles déçues, ou des faveurs locales vainement attendues n'est pas moins profondément senti, quoique publié moins haut, que l'infidélité aux engagements politiques , l'on peut voir en grande partie , dans cette circonstance, la cause pour laquelle un nombre considérable de ceux qui composaient la majorité s'éloignèrent du ministère. II est juste, cependant, de dire qu'il y avait aussi, dans cette majorité, bon nombre d'honnêtes gens dégoûtés du manque de sincérité des hommes du gouvernement, et convaincus de leur incapacité comme ministres. Je n'ai pas besoin maintenant de revenir sur l'expédient égoïste et singulier auquel les dépositaires du pouvoir curent recours , en sacrifiant trois de leurs collègues, sous le prétexte qu'ils

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n'avaient pas développé avec succès les projets relatifs à leurs ministères; on reconnaît aujourd'hui que ces projets n'avaient jamais été arrêtés ni même examinés par le cabinet. Il suffit de remarquer, comme le reste de la session l'a prouvé, que les trois successeurs des ministres destitués n'ont pas été plus heureux.

Le grand incident qui a produit l'émotion la plus pénible a été la découverte de la corruption officielle. La coïncidence entre quelques-uns des faits prouvés au Luxembourg et les accusations étouffées au Palais- Bourbon, par une majorité commode, a induit le public à ne faire aucune distinction entre les ministres et leurs anciens collègues, et à croire à l'universalité de ces méfaits. Il n'est pas étonnant, lorsque le culte de l'argent a été prescrit pour remplacer toute autre profession de foi politique, que ses sectateurs portent quelquefois leur idolâtrie à l'excès, et que ceux qui exercent le pouvoir par la corruption d'autrui soient eux-mêmes corrompus. Mais, que ce sentiment soit exagéré ou non, il existe d'un bout de la France à l'autre, et les esprits sont précisément dans une disposition d'où pouvait sortir, si l'occasion s'en présentait, ce que M. de Lamartine appelle assez spirituellement « une révolution du mépris " . La ressource naturelle, dans un gouvernement constitutionnel, semblerait être de changer les instruments du pouvoir, lorsque tant d'impopularité se trouve accumulée sur ceux qui l'exercent à présent ; mais plusieurs raisons se réunissent aujourd'hui pour empêcher cette solution temporaire

de la difficulté. Je sais de bonne part qu'aucun de ceux qui ne sont pas actuellement au pouvoir ne voudrait y rentrer sans s'entendre clairement avec le Roi sur l'exacte limite qui sépare les fonctions d'un souverain constitutionnel des attributions de ses ministres responsables ; le Roi ne consentirait à l'établir nettement que sous la pression de la nécessité, et voilà pourquoi les diÊTérents chefs de l'opposition, pour éviter de paraître rechercher le pouvoir, ont pris peut-être trop peu de part aux derniers événements, adoptant ainsi une conduite qui pourrait amener un résultat désavantageux. Le Roi a quelques soupçons sur ce point, et conséquemment désire conserver, s'il est possible, ses ministres actuels, tant qu'il obtient de leur faiblesse des avantages personnels qui autrement lui seraient contestés. C'est ainsi qu'il a pressé et a obtenu , diton , la nomination du duc d'Aumale au gouvernement général de l'Algérie, dans l'intention de changer plus tard celte fonction en une vice-royauté. Il s'occupe aussi beaucoup de l'état actuel des affaires en Espagne, et, s'il arrivait quelque catastrophe dans ce pays, il se réjouirait d'avoir à son service le seul homme public ' qui partage ses sentiments à l'égard des mariages espagnols, et qui soit, sur cette question, entièrement lié à sa politique. Il peut paraître étrange que, dans l'état actuel du pays, état dont ils ont une connaissance parfaite, les ministres veuillent encourir la responsabilité du pouvoir pendant les

^ GuizoL

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