‹ Une année de révolutionChapitre 33 sur 71 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

L'auleur se décide à rester. — Panique parmi les résidents anjjlais à Paris. — Communications avec le gouvernement de mon pjys. — Iraprobabililé d'une réaction en faveur de la royauté. — Paris en danger de famine. — Embarras causés parles barricades. — Rareté de l'argent. — Monnayage ^de la vaisselle privée. — Scène dans la chambre de madame Adélaïde. — Décrets importants du Gouvernement Provisoire. — Désir du gouvernement d'être officiellenient reconnu par l'Angleterre. — Le comte Mole et le -Roi. — Le maréchal Bugeaud et l'armée. — M. Thiers -appelé. — La république et la liberté du commerce. — Evasion de la duchesse de Monipensicr. — Tiiéorics de Louis Blanc. — Enterrement des morts. — Résurrection de la " Déesse de la Raison. " — Manifeste de Lamartine. — Ordonnance rclalivc aux élections. — Nouvelle manière de recueillir les votes. — Expulsion d'ouvriers anglai.s au Havre. .

29 février.

Pendant les quarante-huit heures d'anxiété extrême qui ont suivi l'abdication et la fuite de Louis-Philippe, je n'ai pas interrogé les événements, si prompts à changer, du moment, sans avoir formé, connne de raison , quelque plan pour certaines éventualités. Le calme relatif qui a maintenant succédé à l'agitation de la semaine passée , me paraît une bonne occasion de rappeler, en peu de mots, le parti que je me proposais de suivre, à cette époque, dans le cas extrême qui seul aurait pu m'obliger à quitter mon poste.

Tant que le Gouvernement Provisoire était dans les mains d'hommes comme il faut et éclairés, initiés aux principes élémentaires de tout gouvernement, j'ai cru qu'il valait mieux conserver une attitude conq)létement passive, et considérer, comme un objet dont il n'y avait pas à se préoccuper, la protection des représentants

RKSOLUTIOXS DK I/AUTKUR. 1 V Î)

des puissances étrangères. Quand il était devenu malheureusement probable que M. de Lamartine et son parti allaient être renversés, j'avais pris une résolution sur ce qui me resterait à faire aussitôt que de nouveaux noms paraîtraient au bas d'une proclamation se donnant comme le manifeste d'un gouvernement qui n'aurait plus été alors que le règne de la terreur, prenant pour signe de ralliement le drapeau rouge et pour modèle 1703. C'était mon intention de me mettre en communication directe avec les chefs de ce gouvernement, quels qu'ils fussent, et de d|^ander une réponse aux questions suivantes, savoir : s'ils considéreraient qu'il (ut du devoir du gouvernement de protéger les agents diplomatiques étrangers, maintenant en France, jusqu'à ce que la volonté de ceux qu'ils représentaient put être connue; s'ils protégeraient, autant qu'il serait en leur pouvoir , tous les étrangers qui s'étaient confiés à l'hospitalité de leur pays. Si j'avais reçu une réponse affirmative à ces questions , j'aurais témoigné une entière confiance en leur parole, et m'en serais rapporté à eux sur les mesures à prendre pour en assurer l'exécution. Si la réponse avait été négative, ce qu'on pouvait à peine supposer, j'aurais alors décidé, d'après la nature de cette réponse, quel parti était le plus prudent, ou de demander les moyens de partir, ou de me retirer comme je l'entendrais. J'aurais d'abord adressé celte communication au gouvernement de facto ^ sans réclamer le concours de mes collègues; il m'aurait été en effet presque impossible alors de me concerter avec eux, et je savais d'ailleurs que dans les circonstances

actuelles, j'étais celui des représentants du corps diplomatique qui avait le plus de chance d'être écouté, tandis que tous les autres auraient profité de ma démarche si elle avait réussi. Il n'y a qu'une autre circonstance sous l'empire de laquelle j'avais l'intention de quitter l'ambassade anglaise. C'était le cas où la populace aurait réussi à mettre le feu à l'Elysée-Bourbon ; comme on ne traite pas avec les flammes, et que, avec la direction alors régnante du vent, toutes les maisons environnantes auraient été inévitablement détruites, tandis que, dans le désordre d'un incendie, la foule , même en temps de paix ,- est souvent intraitable , j'avais alors résolu de me réfugier, avec ma famille, dans la mairie la plus proche où la garde nationale de l'arrondissement a son quartier général.

C'a été, en effet, un moment très-critique que celui où la garde nationale s'est mise sous les armes et s'est présentée devant la populace qui venait brûler l'EIysée- Bourbon. Celle-ci a été providentiellement domptée, et elle s'est retirée. Si elle avait réussi , toutes les habitations voisines du palais auraient été certainement enveloppées dans les flammes, car un orage soufflait alors dans cette direction. Il a été bien consolant pour moi que lady Normanby ait montré tant de courage et de sang-froid pendant toutes ces journées, et par conséquent m'ait permis, sans être troublé par la nécessité de calmer ses craintes, de donner toute mon attention aux événements du moment. Je dois dire aussi que j'ai toujours reçu foute l'assislance possible de tous les jeunes gens de l'ambassade, qui ont été zélés et

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