ORGANISATION DU SUFFRAGE UNIVERSEL
qu'un vote. II est inutile de faire remarquer les nombreux inconvénients qu'aurait présentés ce moyen d'appliquer le suffrage universel, mais, en tout cas, il aurait rendu impossible une intimidation organisée , et, quoique, dans quelques-uns des petits déparlements, les votes des électeurs eussent probablement envoyé à l'Assemblée des législateurs d'une singulière espèce, ceux-ci, au moins, auraient dû leur mandai au choix honnête, sinon éclairé du pays. Au lieu de s'en tenir à ce plan si simple, on a décidé, à ce qu'il paraît, que chaque électeur, tout en votant dans-son canton, inscrira sur son bulletin autant de noms qu'il y a de députés à élire dans son département. Ainsi, tandis qu'un électeur des départements des Alpes, de la Lozère, de la Marne ou de quelques autres, prend part à la représentation de son pays dans une proportion qui varie de un centième à trois, les électeurs du département de la Seine (Paris), ou de celui du Nord, y obtiennent chacun un vingt- cinquième environ. II est vrai, peut-être, que, dans notre propre rej)réscnlation, il y a, en théorie, de plus frappantes anomalies, dont quelques-unes furent créées par le bill de la réforme, comme celle en vertu de laquelle chaque électeur qui habite un comté plus grand que quelques autres, mais plus petit que la plupart d'entre eux, concourt à l'élection de trois membres au lieu de deux ; mais cette critique s'a|)plique à un détail de peu d'importance réelle, tandis qu'ici, dans la pratique, le mal se trouvera bien autrement considérable. On estime, par un calcul approximatif, que, avec le sulfrage uni-
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versel comme on le propose à présent, il y aura à peu près huit millions d'électeurs ; dans ce nombre , six millions et demi ne savent, dit-on, ni lire ni écrire, et il y aura tel d'entre eux qui, parce qu'il habite dans quelqu'un des grands départements, sera autorisé à inscrire , en vertu d'une division territoriale arbitraire , dans laquelle il n'a aucun intérêt direct , dix, vingt ou trente noms sur la liste. Dans la plupart de ces cas il n'y a probablement pas , en dehors de son village, un égal nombre de personnes dont il connaisse les noms. Il est* évident qu'un pareil système ne peut laisser aux choix aucune indépendance réelle, et que l'opération mécanique de remplir cette liste doit se faire sous l'influence de quelqu'un. Comme le vote a lieu par scrutin secret, le votant illettré n'a pas même la satisfaction d'entendre lire la liste et de s'assurer qu'il vote réellement pour ceux qu'il a l'intention de nommer. Pour augmenter l'inéiitable confusion qui sort de tout cela, il a paru, ce matin, une circulaire des plus extraordinaires, du ministre de l'instruction publique aux recteurs des académies, etc.; dans cette circulaire il enjoint à ces fonctionnaires de faire savoir autour d'eux que, pour accepter un siège à l'Assemblée Nationale, ce n'est point une condition nécessaire de posséder ni aucune fortune ni aucune éducation. Il provoque même ceux auxquels manquent le plus complètement ces deux avantages à se mettre en avant, en leur présentant celte considération, si facile à comprendre pour tous, que, si l'on considère la rémunération allouée j)endant la session, il y aurait là une