‹ Une année de révolutionChapitre 43 sur 71 · CIRCULAIRE AUX AGEXTS DIPLOMATIQUES · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE AUX AGEXTS DIPLOMATIQUES

mer celle promesse en son nom et au nom de ses collègues. II m\i assure qu'il clait impossible , dans la silualion où se Irouvail le Gouvernement Provisoire, de ne pas employer, à l'égard des traités, xjuelqucs expressions en harmonie avec ce qui a été, depuis longtemps, le sentiment unanime de la France. Je lui ai rappelé qu'on paraissait, en Angleterre, tout disposé à croire que, dans la pratique, le gouvernement français prendrait pour règle de conduite , comme il l'avait annoncé dans son manifeste, le maintien de l'équilibre européen tel qu'il existe aujourd'hui, mais qu'aucun principe, comme déjà j'avais eu occasion de le lui dire dans ime conversation précédente, n'était aussi généralement établi que celui-ci, à savoir : qu'une nation ne s'affranchit pas des engagements que lui imposent les traités en changeant la forme de son gouvernement intérieur. M. de Lamartine a admis la parfaite exactitude de cette maxime, considérée comme principe général, mais il a ajouté quelques mots sur la violation si souvent rcpétécr de ces traités par d'autres puissances plus intéressées à les maintenir, et, comme j'en avais dit assez pour faire comprendre les sentiments que je cherchais à faire prévaloir auprès du gouvernement, je n'ai pas cru nécessaire d'insister plus longtemps sur ce sujet. Le bruit était fort accrédité , ce matin , que la réunion de l'Assemblée et les élections qui doivent la précéder, allaient être ajournées. J'ai écrit, en conséquence, une lettre particulière à Lamartine pour lui dire que, comme de raison, je n'avais pas la prétention d'émettre aucune opinion sur une qucs-

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tion purement intérieure, mais que, comme l'ajournement de tout gouvernement définitif retarderait le rétablissement des relations officielles avec nous ou avec toute autre puissance européenne, et rendrait notre position ici très-embarrassante, j'espérais, si l'on avait l'intention de modifier les dispositions déjà arrêtées, obtenir de lui la permission de le voir avant que rien fût décidé. Je savais qu'il avait la même opinion que moi, mais je pensais que cette démarche pourrait lui être utile en lui fournissant un motif de plus de résister aux intrigues de quelques-uns de ses collègues qui désiraient un ajournement, craignant que le temps ne leur manquât pour travailler les provinces. A son retour de l'hôtel de ville, M. de Lamartine m'a envoyé une note pour m'avertir que rien n'était changé dans les mesures déjà annoncées. Tout le monde paraît appuyer les hommes chargés du pouvoir; ils reçoivent notamment l'assistance la plus désintéressée de la part d'un grand nombre d'honnêtes gens comme M. Mole, qui n'ont aucune sympathie pour la forme de gouvernement qu'on propose d'établir; mais d'un autre côté ils sont en butte à des intrigues sans fin et de toute nature.

L'armée est très-mécontente, et le sera bien davantage lorsqu'elle saura que, seule dans la nation, elle est privée dn droit d'avoir des voix dans l'Assemblée Nationale ', dont peuvent être membres même des domestiques.

• Ce prcniior projet, nu sujet de l'année, fut abaadoii/ié pour d'excelleiilcs raisons.

OPIXIOX DE I/ANGLKTKRRK SLR LA RKVOLUTIOW 20,j

On (lit que, dans les paj)iers privés de Louis - IMiilippe, on a trouvé plusieurs lettres du prince de Joinville, oîi ce jeune prince s'élève très-hardiment contre le système alors mis en pratique, et qui sont pleines de sentiments libéraux et patriotiques.

Une nombreuse deputation de commerçants, etc., se montant à peu près à quatre mille personnes, est allée trouver le Gouvernement Provisoire à l'Hôtel de ville aujourd'hui; ils se plaignent d'être complètement ruinés. Je ne sais pas quelle a été la réponse. La meilleure nouvelle pour la cause de l'ordre est que les clubs ont fait un grand bien; ils ont fait connaître les communistes, qui, une fois descendus sur le terrain de la discussion, ont été terriblement malmenés et enfin tournés en dérision.

Depuis le moment où nous avons reçu la nouvelle satisfaisante que non-seulement la famille royale, mais le dernier des ministres réfugiés sur le sort desquels on conservait encore quelque inquiétude, sont arrivés à bon port en Angleterre , nous avons appris qu'une certaine impression y avait été produite par les différents récits, — tous très-favorables à celui qui raconte la part qu'il a prise dans ces événements, — des causes qui, par leur combinaison, ont amené la catastrophe. Le renvoi du ministère Guizot est blâmé par quelqnes-

uns comme inopportun, tandis que d'autres, ainsi qu'on le fait ici , n'y voient rien à critiquer, — si ce n'est qu'il a été difteré trop longtemps.

S'il faut en croire le bruit général , M. Guizot a fait plusieurs tentatives pour prouver que son éloignement était la véritable cause de la cbute de la monarcbie. Il n'y a pas de doute que le changement forcé de conseillers, au milieu du tumulte populaire, n'ait porté un grand coup à l'autorité royale , mais il faut considérer quel était, jusqu'à ce moment, l'unique objet du mouvement, — quel progrès il avait fait alors, et quelle chance il restait de pouvoir lui résister avec succès. Toute la question , comme tous les partis l'ont admis, doit porter sur l'attitude de la garde nationale. Les officiers qui avaient été le plus consultés par la cour et le ministère avaient exprimé la pensée qu'on pouvait se fier aux troupes pour agir contre le peuple sans la garde nationale ; cependant ils ne se prononçaient qu'avec hésitation, car c'était la première fois, depuis la révolution de juillet, qu'on faisait celte expérience ; mais, quoique la discipline militaire et l'élan qui leur serait donné pussent leur faire traverser la première épreuve, tous doutaient qu'elles voulussent agir contre la garde nationale. On remarquait surtout, dans la condui((; du gouvernement envers la garde nationale, une irrésolution extraordinaire, comme il a déjà été dit, et lorsqu'on rapj)cla pour la première fois, le mercredi matin, la plupart des bataillons rassemblés alors reçurent le j)remier mot de commandement aux cris de : « A ban (îitizol! » Quiconque n'a-

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vail pas passé les quelques semaines préccdcnlcs à Paris , ne pourrait se former une idée du degré d'impopularilé que ce ministre avait accumulé sur sa léle. Kllc était universelle. Elle envahissait les salons, les cafés et les rues. Ce (errent de liainc populaire, montant continuellement, menaçait (l'inonder les bancs mêmes de la majorité, et l'impétuosité en était chaque jour alimentée par toule la presse, à une seule exceplioq près.

Vers les onze heures, le mercredi, dans la rue Lcpelletier, les gardes nationaux de la 3° légion, après avoir crié « à bas Gnizot! ^y, s'interposèrent entre la populace et les troupes, et ces dernières se retirèrent, pour un certain temps, dans leurs quartiers. Aussitôt après cette démonstration significative, les officiers supérieurs de quelques-unes des légions appartenant à celte partie de la ville, escortés par un bataillon de la 3" légion, se rendirent aux Tuileries, et, par l'intermédiaire du général Jacqueminot , commandant en chef, qui s'y trouvait présent, firent savoir au Roi que la garde nationale ne se battrait pas pour défendre le ministère qui était devenu odieux au peuple. Avant de pouvoir se former une opinion exacte sur la question de savoir si le Roi avait à choisir entre plusieurs partis, on doit se rappeler ce qu'était la garde nationale, et dans quelle situation elle se trouvait à l'égard de la monarchie de juillet. La garde nationale se composait précisément de la classe sans l'appui et le bon plaisir de laquelle l'avéneraent de la dynastie d'Orléans eût été une usurpation iusoutenable. Elle était, en

réalilé, la seule barrière entre cette pseudo-mouarchie et la démocratie pure, et c'a été une des plus grandes fautes politiques commises par les brillants orateurs et les babiles tacticiens qui formèrent le dernier cabinet de Louis-Philippe, d'avoir négligé et dégoûté l'aristocratie armée de la bourgeoisie, qui était, en effet, devenue le . troisième pouvoir dans l'État, la Chambre des pairs étant tombée dans un discrédit sans ressource depuis qu'elle avait été inondée des créatures du Roi. Il était certain que cette bourgeoisie armée exercerait en dernier ressort, dans les rues, son pouvoir législatif, et, quand ses edits ont été tracés avec la pointe de la baïonnette , le fantôme de Louis XIV ne pouvait plus soustraire celui qu'elle avait choisi à la nécessité de reconnaître qu'il était sous sa dépendance. C'était peut-être une conclusion naturelle du désappointement universel qu'il avait causé, que le roicitoyen, après avoir démenti son origine et manqué à sa foi, tombât sur la place même d'où il était sorti, et par les mains de ceux qui l'avaient élevé. Cependant, à ce moment, il y avait encore une ressource, quelque peu dégradante, mais nullement désespérée. Les responsabilités prévues par la Constitution l'avaient, jusqu'alors, protégé contre toute attaque directe; l'indignation universelle du peuple s'était, jusqu'alors, concentrée sur un autre personnage, et j'apprendrais avec une extrême surprise que le ministre qui avait, jusqu'à ce moment, laisse ignorer à son souverain la disposition bien connue de toute la classe moyenne représentée parla garde nationale — qui avait réduit les

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