CULTE DE M. GUIZOT
(roiipcs, pendant //r;//f-6/.r //€'w;T6., à l'impuissance, en Tabscnce de tout ordre intelligible, ait pu affirmer (juc s'il lui avait été' seulement permis de rester au pouvoir, tout se serait bien passé, et que son renvoi avait causé tout le mal.
L'homme auquel on attribue ce langage est peutêtre le seul au monde qui n'aurait pu , en parfaite sûreté, être témoin oculaire de la scène que Paris a offerte le mercredi de la révolution, dans l'après-midi; autrement il lui aurait été facile de constater par lui-même l'effet produit sur la population par la nouvelle que le ministère Guizot était tombé. Aussitôt que le bruit s'en fut répandu, on put voir les gens se serrer la main dans les rues, en signe de mutuelle felicitation 5 les barricades furent renversées presque partout; la joie brillait sur tous les visages. Les fonds montèrent considérablement, — ce qui n'est pas un mauvais indice, lorsque la hausse se manifeste en faveur d'un changement ; et ce n'était pas là, qu'on se le rappelle, la conséquence de la faveur dont aurait été personnellement l'objet le chef présumé du nouveau ministère. Le comte Mole était resté trop longtemps éloigné des luttes actives de la vie politique pour exciter une sympathie bien marquée; il était universellement respecté plutôt que populaire. On entendait cependant les gens du peuple se dire entre eux : « Au moins c'est un honnête homme. »
Le soir, presque toutes les maisons étaient illuminées, et c'est de là, ainsi que d'un accident, jusqu'à présent inexpliqué, qu'est venu tout le mal un peu
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plus lard. Plus d'une émeute a été provoquée dans différents pays par le refus d'illuminer opposé à la demande du peuple. Une lutte de ce genre ai'uit commencé à l'hôtel du ministère de la justice ; la même foule s'était approchée de l'hôtel des affaires étrangère!? avec le même dessein, lorsque la compagnie de troupes rangée devant l'hôtel a fait une décharge oblique de chaque côté des boulevards. J'ai entendu dire à plusieurs gentlemen anglais, qui se trouvaient sur les lieux à ce moment, qu'il leur avait été tout à fait impossible d'assigner une cause à cet acte, commis sans provocation apparente. Le bruit, d'abord répandu, que l'officier commandant le détachement avait été tué d'un coup de pistolet, par un homme placé près de lui, était évidemment faux. Quelques personnes affirment que l'incident avait été préparé par les communistes, au désespoir de voir la crise se terminer si paisiblement. Quelle qu'ait été la panique qui a causé cette mallieureuse affaire, le massacre qui s'en est suivi alors a produit un changement instantané* dans l'esprit du peuple; il a crié vengeance et aux armes; et, pour la première fois, on a entendu : à nwrl Guizot ! au lieu du cri précédent : à bas Guizot! On a supposé à tort que M. Guizot était aux affaires étrangères, et qu'il avait donné aux troupes l'ordre de tirer, tandis qu'il était en réalité aux Tuileries. Ce serait un fait assez curieux à signaler, si j'ai été bien informé; et quand on réfléchit à l'accusation portée, dit-on, aujourd'hui par cet ex-ministre, contre Louis-Pliilippe, de hii avoir tout à coup, et sans aucun motif, retiré sa conGance,
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qu'il fût rcslc' aux 'I'liilnrios \o jeudi inafiii jusqu'à prrs de onze heures, donnant encore au roi des avis qu'il n'avait plus le droit de lui offrir. Comme j'ai déjà , confié au papier mes propres impressions sur la plupart des événements, à mesure qu'ils se sont présentés, je me bornerai ici aux seuls points qu.e je crois avoir omis. Les étrangers, en général, ne savent peut-être pas qu'il y a à Paris ce que l'on appelle les sections, qui sont des associations de républicains communiquant entre eux, et, à l'aide de cette organisation, exerçant une influence indirecte sur un nombre d'ouvriers plus que double du leur. Ce nombre a été différemment apprécié , mais je le crois d'environ trente raille, et c'est sous le bon plaisir de ce corps que nous vivons à présent.
Les sections, le samedi qui précéda la révolution, avaient eu une réunion; elles avaient décidé que l'occasion n'était pas favorable à leurs desseins ultérieurs, et qu'elles ne sortiraient pas, ou au moins ne prendraient, tout d'abord, aucune part aux événements qui se préparaient, mais que, si la collision devenait sérieuse et si le sang était répandu, elles se placeraient alors aussitôt à la tête du mouvement. Immédiatement après le massacre à l'hôtel des affaires étrangères, elles ont mis à exécution leurs plans arrêtés d'avance, et, dans la nuit, de nombreuses barricades se sont élevées dans tout Paris. Si donc le Hoi avait refusé, sur la demande de la garde nationale, de renvoyer son ministère, une collision, entre le peuple appuyé par la garde nationale et les troupes, aurait eu lieu quel-
ques heures plus lot; le sang aurait été versé; les sections auraient eu quelques heures de nuit de plus pour élever leurs barricades, et, le lendemain matin, on aurait trouvé les choses précisément dans l'état où on les a trouvées effectivement,
La réserve avec laquelle il est prescrit de parler de ceux qui sont dans le malheur doit être réciproque et dépend du soin qu'ils prennent de garder un silence convenable sur les causes qui ont produit la catastrophe. 11 y a plusieurs raisons pour lesquelles j'éviterais, dans ce moment, de rien dire qui put faire paraître plus graves les fautes du ministre, naturellement fier et disposé à une excessive confiance en luimême, sur lequel le sentiment de sa chute soudaine doit peser d'une façon particulièrement douloureuse ; mais je vis maintenant au milieu de tousles témoignages affligeants de la ruine d'un grand pays, — ruine qui non -seulement enveloppe ses propres intérêts pour bien des années à venir, mais qui met en danger tout ce qui l'environne, en le rendant, selon que les autres seront faibles ou sages, qu'ils prendront les différentes impressions du jour ou du lendemain, une tentation ou un avertissement pour le reste du monde ; — quand je suis, en conséquence, informé de ce que l'exministre aurait j)u faire, s'il était resté au pouvoir, je ne puis pas oublier entièrement ce qu'il a fait jusqu'au dernier moment, — c'est-à-dire que, sans nécessité, dans l'enivrement du pouvoir, et sans avoir rien préparé pour repousser les conséquences de sa propre conduite , il a provoqué une crise contre