‹ Une année de révolutionChapitre 45 sur 71 · LA POPULACK AUX TUILERIES · texte numérisé non relu

LA POPULACK AUX TUILERIES

laquelle il s'est Irouvé pendant deux jours sans ressources'.

Tout ce qui s'est passe aux Tuileries, pendant les premières heures, a4)rès qu'elles ont étér abandonnées par'leurs hôtes royaux , on a pu malheureusement le voir aussi dans d'autres occasions, pendant lo triomphe délirant de la fureur populaire; mais ce qui, à mon avis, est entièrement sans précédent, c'est que ce palais, un des premiers monuments de la grandeur du pays, a été laissé, sans aucune opposition, jusqu'aux trois ou quatre derniers jours, au pouvoir d'une bande composée de la plus vile canaille de Paris. Pendant près de quinze jours, un gouvernement qui prétend être l'expression du choix de la nation française, et qui, au nom de cette nation, adresse des manifestes au reste de l'Europe, s'est senti assez impuissant chez lui pour ne pas oser affranchir un lieu rendu vénérable par tant de traditions historiques, de la souillure que lui imprime un ramas d'hommes forcenés et de femmes

' J'ai écrit ce qui pn'-cède sur l'autorité de plusieurs lettres privées, reçues d'Angleterre et dues i des personnes en position d'rtrc bien informées. Elles disent toutes que lo lan;{a;]C de M. Guizot était celui d'un homme qui se plaint d'avoir été abandonné par le Roi sans raison , ajoutant que, si le Roi lui était seulement resté fidèle jusqu'au dernier moment, la révolution aurait été évitée. Comme je n'étais pas sur les lieux pour vérifier le langa;jo qu'on me rapportait, mes rellcxions à ce sujet reposent sur une hypothèse.

p<irdues. Ces êtres n'avaient pas encore quitté la scène de leur facile triomphe depuis l'après-midi du 24, alors qu'ils s'y précipitèrent en tumulte et y commencèrent aussitôt leur œuvre de destruction, interrompue seulement par cette gaîté grossière dont on accompagne si souvent, ici, des excès inqualifiables. M. Etienne Arago , frère du grand' Arago , a donné, le premier, l'exemple de ces outrages, bientôt multipliés. Ayant trouvé, dans le vestibule, le registre de visites du Roi, il y a inscrit son nom , et à invité tous ceux qui le suivaient et qui savaient écrire (c'était le petit nombre) à en faire autant. Pendant une heure, une suite d'hommes et de femmes, avec toute espèce de grimaces insultantes , se sont assis sur le trône à tour de rôle , après quoi il a été porté, par une partie de la populace, à travers les rues, jusqu'à la colonne de •Juillet, sur la place de la Bastille, oii il a été brûlé. Le reste de la bande ayant mis garnison aux Tuileries, ces misérables ont envoyé chercher leurs familles ou ont choisi leurs compagnes. Un de ceux qui avaient pris possession du palais avait écrit sur le mur : « Hôtel des invalides civils, » et, tous étant complètement armés, ils ont fermé les portes, ont pris possession des dépôts de provisions, se sont barricadés en dedans et ont refusé d'admettre de nouveaux envahisseurs. C'est dans cet état qu'on a laissé les choses jusqu'à ce moment. J'ai appris, par hasard, quelques détails curieux de ce singulier intérim. Un petit commerçant, dont on supposait que le fils avait été tué j)en(lanl les trois jours , avait pris le deuil , et passait devant les

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