‹ Une année de révolutionChapitre 46 sur 71 · LA POPLLACE AUX TUILERIES · texte numérisé non relu

LA POPLLACE AUX TUILERIES

Tuileries Taiilre jour, lorsqu'il a vu le fils qu'il croyail moil, de garde à la porle, car ces gamins s'élaient arranges de manière à garder leur forteresse à tour de rôle, « Comment , c'est toi , lualheureuji enfant, que nous avons pleuré comme mort! — Mais oui, mon père; tu ne sais pas que depuis que je t'ai vu j'ai pris le palais. Pourrais-je l'offrir à dt'jeuner? — " Je ne deuiande pas mieux. — l iens donc, jj Et il a conduit son père par le grand escalier, où ce dernier a rencontré la plus étrange cohue : des hommes qui' s'étaient fait des robes de chambre avec les tentures de damas ou les rideaux de velours, serrés autour de la taille par des bandes de châles , de cachemires; l'un d'entre eux coiffé d'un chapeau à cornes, bien connu pour avoir appartenu au Roi, tout froissé et bossue, enfoncé sur sa tétej des femmes en robes de satin ou d'étoffes lamées d'argent , un immense feu dans la chambre, et , au milieu de tout cela, des mets de toute espèce. « Voulez -vous du gigot, et comment? aux truffes ou aux petits pois? C'est que hier nous avons eu des truffes pour huit jours. — la pour les petits pois. Il Et lejeune homme a passé' respectueusement à son père une assiettée d'excellent mouton bouilli avec des pois conservés. Il parait qu'à leur arrivée ils avaient reconnu un homme qui était alors cuisinier chez un fjenlleman anglais, s'étaient emparés de lui, et l'avaient tenu , depuis , constamment occupé .jiour eux. Un valet de chambre du duc de Nemours et une femme de la duchesse étaient restés pendant tout ce temps au château et étaient parvenus à sauver quel-

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ques objets de valeur, appartenant à leur maître et à leur maîtresse. Le 6, tous ces intrus ont été balayés. Un homme a été fouillé au moment où il sortait; on a •trouvé ses habits doublés d'argent et ses bas remplis de billets de banque. On en a fait justice sommaire.

Ayant reçu des instructions particulières pour faire tout mon possible afin de recouvrer quelques portraits, en cours d'exécution, destinés à notre Reine, et ayant appris, de l'artiste, qu'il les avait laissés aux Tuileries, j'ai obtenu, aussitôt que ce palais a été enfin nettoyé, une autorisation d'y pénétrer ; je suis allé avec lady N. , pour voir si je pourrais découvrir quelque trace de ces ouvrages d'art, mais l'état dans lequel presque tous les objets du même genre avaient été mis par ces sauvages destructeurs, nous a bientôt montré combien devait être vajn l'espoir de recouvrer ceux que nous cherchions. Il est vrai que les portraits du duc et de la duchesse d'Orléans et du prince de Joinville avaient été épargnés; à cela près, la dévastation était générale. Dans la salie des maréchaux , quelques portraits des hommes qui avaient bien mérité du pays, tels que Soult et Bugeaud, ont été brutalement défigurés; la plupart des tableaux d'un autre genre, qui ne pouvaient porter aucun ombrage, ont été coupés eu morceaux à coups de couteau. Après avoir attaché un bandeau sur les yeux du buste de Louis-Philippe, pour montrer que c'était lui qui était « «m avcurjle '>, ils Tout criblé de coups de fusil, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à le réduire en poudre. 11 était pénible de passer dans la chambre où, le soir qui avait précédé la révolution.

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j'avais vu toute la cour assemblée, si pleine de confiance. Celte chambre était défigurée par des barbouiilà,'jes, et les meubles en avaient disparu. Quand j'ai tait allusion au lieu où se trouvait la table ronde de la Reine, autour de laquelle j'avais laissé toutes les princesses assises, on m'a dit qu'elle avait été renversée et brisée dans la première irruption, mais qu'après avoir appris l'usage auquel elle était destinée, une partie de la canaille l'avait replacée, et avait voulu se livrer à une orgie autour de cette table, avant de la briser. Il pouvait rester encore une chance de trouver les tableaux, vainement cherchés, dans les appartements de la duchesse d'Orléans, qui avaient été épargnés, en partie parce que l'entrée en était séparé^, et en partie, on l'espère, sous l'impulsion de ce bon sentiment isolé, auquel était due la conservation de leurs portraits. Cette recherche a été aussi sans résultat. Lorsque M. de Saint- Amand, le célèbre joueur d'échecs, qui venait d'èlre nommé gouverneur des Tuileries, nous a appris que le salon de feu le duc d'Orléans, fermé à clef le jour même de sa mort, venait seulement d'être ouvert ce matin , et était absolument dans l'état où le prince l'avait laissé, j'ai accepté avec plaisir la permission qu'il nous a offerte de le visiter. Ce changement de scène, sous le même toit, et quand il s'agissait de l'histoire de la môme famille, était en effet des plus frappants. Dans les salons d'apparat, j'avais assisté, bien récemment encore, à la dernière réception royale, où les courtisans, les o//icicrs cV ordonnance ^ les huissiers dannonce, et tous ceux, enfin, qui portaient

ces titres nouveaux, attribués, comme des apanages, aux serviteurs de la royauté citoyenne , semblaient se croire aussi fermement établis que les fondements mêmes de l'édifice, et pourtant, non-seulement toutes les créatures vivantes, qu'on y avait vues auparavant, en avaient disparu , mais tous les objets matériels dont elles étaient entourées , avaient été effacés ou détruits; tout emblème de dignité portait la marque particulière de la dégradation. Les chambres privées, ce refuge choisi d'une intimité raffinée , avaient été violées et ouvertes à tout venant, les tables de toilette des princesses livrées au pillage, leurs appartements mêmes envahis et occupés par les personnes de leur sexe les plus indignes d'y pénétrer. J'ai lieu de croire que des crimes de toute espèce ont été commis par des ^natures brutales qui avaient toutes les facilités pour se cacher et se soustraire au châtiment. La débauche la plus dégradante a rempli les vingtquatre heures de chaque journée ; l'ignoble orgueil qu'éprouvaient ces misérables à souiller un séjour délivré de la royauté, et qui naguère était, par toutes les dispositions intérieures, le modèle de la bienséance et du décorum, donnait encore plus de piquant à leurs frénétiques excès.

\ous étions dégoùlés du spectacle que nous venions de voir; nous n'avions aucun désir de prolonger une inspection qui confirmait si complètement les récits déjà répandus des actes honteux de ceux à qui on avait permis Iroplongtemps d'occuper en armes le palais, et il était consolant pour nous de trouver le témoignage

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encore inlact d'affection conjugale qui, à travers les années écoulées, conservait, sans y rien changer, les traces des derniers moments du duc d'Orléans. La clef, en tournant dans la serrure, a permis, pour la pref mière fois, à des yeux étrangers, de voir une chambre restée précisément dans l'état où son Altesse Royale l'a- •vait laissée le matin de sa fin prématurée. Sur le parquet, de chaque côté du fauteuil sur lequel le prince s'était reposé, sont éparpillés les journaux du jour, tous portant la date significative du fatal 13 juillet 1»842. Sur la taBle, à sa portée, se trouvait une assiette avec des restes de pain. Ce pain rompu, portant encore les traces des doigts qui l'avaient brisé, de ces doigts qui devaient sitôt être roidis par la mort, avait été sa dernière nourriture terrestre. Sur une commode, contre le mur, on voyait une rangée de chapeaux, avec des gants placés sur les bords, tous laissés là pour qu'il pût les choisir, et un vide restait encore à l'endroit où avait été celui dont il s'était servi. Un petit incident m'a frappé sur le moment, mais il ne saurait comporter l'interprétation que j'étais disposé à lui donner : sur une table, plus près de la porte, était une petite cravache, comme si, l'ayant prise dans l'intention d'aller à cheval, on l'avait ensuite jetée là nonchalamment, après avoir changé d'avis. Je n'étais môme pas sur que cette cravache eût appartenu au duc, mais l'esprit humain se laisse facilement aller à la tentation de chercher comment il aurait suffi qu'un petit incident fût changé pour que le cours des événements fût entièrement modifié. Si le duc d'Orléans était allé à \euiliy à cheval, —

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si celte heure fatale de sa destinée avait ainsi été évitée, — si sa vie avait été ainsi conservée , — si sa popularité méritée s'était encore accrue, — s'il s'en était servi, comme tous ceux qui Font le mieux connu pensent qu'il l'aurait fait, pour neutraliser cette funeste influence à laquelle le pauvre vieux Roi avait cédé avec tant d'infatuation , — si — et si — et si, — mais de pareilles conjectures sont plus qu'inutiles; les arrêts qui décident de la vie et de la mort sont dans d'autres mains que les nôtres; la chose est arrivée comme il en avait été ordonné.

On nous a fait savoir (comme on s'y attendait) que c'était l'intention du gouvernement défaire disparaître, sans bruit et respectueusement, mais immédiatement, toutes ces traces de l'ancien possesseur de cette chambre. Il ne peut pas être de sa politique de rien conserver qui tende à réveiller, dans les souvenirs, la popularité du duc d'Orléans, car il y aurait lieu de craindre qu'elle n'eût quelque influence sur l'éventualité d'une régence. Commp, probablement, aucun de ceux que pourraient ici intéresser de tels souvenirs, ne doit partager avec nous la faveur qui nous a été accordée par le gouvernement actuel, de visiter ce mélancolique théâtre, nous serons sans doute les seuls, si l'on excepte les personnes employées à l'enlèvement de ces souvenirs, qui pourront jamais témoigner de ce fait , que la dernière trace laissée par la dynastie d'Orléans dans ce palais, son séjour éphémère et la propriété légitime du chef de sa maison, avait été conservée intacte par la constante affection d'une épouse dévouée à un prince considéré

KTAT FI\A\CIER DR LA FRAVCE. 221

longtemps comme l'hérilicr d'un (rônc dont ses rares qualités personnelles semblaient devoir faire l'ornement et assurer la durée, mais qui avait été enlevé si prématurément à ce brillant liéritage.

11 mars.

L'état des finances de ce pays est toujours la question qui excite au plus nu point l'inquiétude générale. Si fausses et si absurdes même qu'aient pu être quelques-unes des théories émises par certains membres du Gouvernement Provisoire, dans les premiers moments de son existence, le mal réel a commencé avec les concessions irréfléchies, faites, dans un moment de panique, par quelques-uns des principaux capitalistes, qui auraient dû, par une fermeté opportune, maintenir leurs droits, et avec eux, les vrais intérêts de toutes les classes. Il faut avoir des égards pour les personnes intéressées dans une propriété aussi vulnérable que l'est celle des chemins de fer, mais les directeurs de la ligne du Nord, même avant le décret du gouvernement qui réduisait à dix les heures de travail, s'étaient laissé intimider jusqu'à consentir à une demande en vertu de laquelle les ouvriers employés pareux n'auraient que neuf heures de travail. Ils avaient aussi frayé le chemin à d'autres règlements semblables, en renvoyant sur-le-champ, lorsqu'on les y avait invités, tous les ouvriers anglais , non pas tant parce qu'ils étaient Anglais que parce qu'ils avaient de plus hauts

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salaires à raison de leur plus grande habileté. Ils out depuis, si je ne me trompe , accédé à une nouvelle requête, la plus inadmissible de toutes, au point de vue des principes, s'ils ne s'y conforment que par contrainte, et qui a pour objet de faire participer les ouvriers, pour une certaine part de leurs salaires, dans les profits du chemin de fer. Tous ces procédés, imités ailleurs, ont détruit tout vestige de confiance dans le monde commercial. Il y a deux jours, le gouvernement a eu une détermination très -grave* à prendre; il a reçu une deputation de personnes engagées dans différentes affaires à Paris, sollicitant un décret qui accordât un nouveau délai de dix jours pour le payement des échéances. Pressés par la nécessité des circonstances, les membres du gouvernement ont pris d'abord celte mesure arbitraire en sérieuse considération ; mais on leur a représenté que l'effet s'en ferait ressentir de tous côtés; qu'elle détruirait le commerce étranger; qu'on n'exécuterait plus d'ordres sur la garantie des traites françaises en Amérique ni ailleurs, et, tout bien considéré, il s'est décidé à résister au choc. Hier était le jour auquel ces payements avaient d'abord été ajournés, et il s'est passé mieux qu'on ne s'y attendait; mais je suis affligé d'a|)prendre ce matin plusieurs faillites déplorables ; l'une est celle de MM. Charles Laffittc et lîlount, une des plus respectables maisons de commerce. M. Blounl est lié à quelquesunes des premières familles catholiques d'Angleterre, Les deux associés avaient été principaux propriétaires des chemins de fer du Havre à Paris, et de Boulogne à

FAILLITES PARMI LKS GOMMER ÇA XTS. 223

Amiens. J'appronds aussi qu'un cfahlisscmcnt de premier ordre, iamaiîjon Baudon,eslen iaillilc, et que d'autres, qu'on élail le plus loin de soupçonner, éprouvent en ce moment de grands embarras. Dans la panique uiyverselle qui règne, il est impossible de prévoir jusqu'où ira celle crise, et ju.<;qu'à quel point elle peut aggraver les dangers politiques du moment. Quelques-uns des expédients financiers auxquels le gouvernement a eu recours, pendant les deux ou trois derniers jours, peuvent produire quelque bien ; d'autres sont tout à fait absurdes. II c*t puéril de parler de sauver un pays, dans une pareille crise, en vendant l'argenterie et les joyaux de la couronne; la vente d'une partie des forets de la couronne, d'un autre côté, peut procurer, pense-t-o.n, des avances immédiates, si, pour la plus grande partie, le mode de payement présente quelques avantages. L'emprunt national peut faire entrer quelques fonds dans le trésor public, mais on restera cependant bien loin, me dit-on, de la somme sur laquelle on compte. On parle beaucoup, depuis deux jours, d'une émission de papier monnaie, bien qu'on l'ait repoussée d'abord comme réveillant le souvenir des assignats; mais le gouvernement peut encore être réduit à d^s expédients désespérés, pour éviter, à tout prix , le danger d'une levée en masse des ouvriers sans emploi. On sait ce qui peut résulter de la pression du besoin, même dans les sociétés les mieux organisées, et il est, par conséquent, impossible d'en envisager, sans anxiété, l'effet naturel* sur une société si récemment ébranlée jusque dans ses fondements.

En même temps, il ne paraît pas que les doctrines du communisme fassent beaucoup de progrès parmi les masses; toutefois il y aurait bien à craindre, si l'ouvrage venait tout à coup à manquer, qu'elles ne se concertassent pour l'exécution de tout dessein , quelque étrange qu'il fût, qui semblerait les autoriser à vivre aux dépens d'autrui.

CIRCILAIHK I)i; M. I.KDRL-ROLLIN

CHAPITHK SIXIEME.

Convprsaliori avec M. de Laniarliiic sur la circulaire <ie Lcilru- Rolliii. — Il en i;;nori; l'exislciuc. — Clian;[eui<'iil dans U^ nombre des inciiihres du fjourernemenl. — Explications de Lamartine. — Procédé par lequel les «jnuiernements révolulionnaires sont quelquefois formés. — Désir unanime de cultiver l'alliance anglaise. — Obscurité de l'Iiorizon politique. — Sciiismc dans le gouvernement. — Caractère de Ledru-Rollin. — Les ouvriers anglais et le> difficultés soulevées par la caisse d'épargne. — Question de la garde nationale. — Procession d'ouvriers à l'iiôlel de ville. — Marclic rapide vers l'anarciiie. — Le drapeau irlandais. — « Le règne de la terreur » de Lcdru-Kollin. — Conduite des Irlandais à Paris. — Réponses à des deputations anglaises et irlandaises. — Les Anglais renvoyés du chemin de fer de Dieppe. — On s'attend à une démonstration menaçante des étrangers contre Lamartine. — .attitude des provinces. — Capitaux anglais en danger.

On trouvera, ci-dessous, la circulaire de AI, Ledru- Rollin aux commissaires ou députés de la république , publiée dans le Monileuv de ce matin. Aussitôt après l'avoir lue, j'en ai comj)ris la tendance funeste, et je l'ai portée à M. de Lamartine. Je lui ai rappelé qu'il m'avait encouragé, dans l'état provisoire où étaient pour le moment nos relations, à lui donner librement mon opinion sur les points où je la croirais utile; je ne pouvais m'enipêcher de lui avouer franchement, ajoutai-je, que je n'avais jamais conçu une aussi mauvaise opinion des destinées futures de son pays qu'après avoir lu la circulaire de son ministre de l'intérieur, publiée ce malin même. Dire à des honunes choisis comme l'avaient été un trop grand nombre de leurs connnissaires, que

leurs pouvoirs sont illimités, que les elections doivent èlre leur ouvrage , que les sentiments républicains ont besoin d'être vigoureusement excités, qu'il faut que l'Assemblée soit animée d'un esprit révolutionnaire, qu'on doit chercher de nouveaux hommes, et, s'il est possible, des hommes du peuple et des ouvriers; imposer de semblables doctrines à l'aide d'un pouvoir exercé sans contrôle, c'est renoncera tout droit de prétendre que les choix ont été libres. Chez nous, une pareille atteinte portée aux droits des électeurs, par un gouvernement régulièrement établi , serait regardée comme la pire des tyrannies, et il était surtout important, pour la situation de la France vis-à-vis de l'Europe, que le résultat de ces élections fût reçu comme la libre expression de la volonté nationale. J'ai été vraiment surpris d'apprendre que M. de Lamartine n'avait jias encore vu cette importante circulaire. Il l'a parcourue avec moi et a partagé complètement l'opinion que je venais d'exprimer. Au premier paragraphe, il s'est écrié : « Il ferait des proconsuls, et non des commissaires; jj plus loin : « que c'était la création d'une dictature électorale, » et il a fréquemment répété, en la lisant : « Trèsmauvais! « Je n'ai pu m'erapêcher de lui dire que, à mon avis, le devoir le plus pressant, pour un membre dirigeant du gouvernement, était d'empêcher la publication de pareils documents avant qu'ils eussent reçu sa sanction. « Que voulez-vous? a-t-il dit, nous avons tant d'affaires urgentes de ce genre! « J'ai encore insisté auprès de lui pour que, d'avance, les membres du Gouvernement Provisoire se consultassent au moins

CIRCULAIRE DK AI. LEI)RL-ROLLI\. 227

cnlre eux sur les principes d'après lesquels cluuuii (Veux devait agir dans le cercle de ses altributions parliculièrcs. Il a repondu qu'à l'avenir il tâcherait de trouver le temps de veiller de plus près sur tous ces objets et que, pour cette maladresse-ci, il essayerait de la réparer, autant qu'il était en son pouvoir. Il lui était impossible de publier un contre-manifeste comme membre du gouvernement, mais il écrirait demain dans son propre département une circulaire qui serait répandue partout, qui établirait de tout autres principes, et recommanderait aux électeurs, pour les élections prochaines, l'accomplissement de devoirs complètement différents. J'ai encouragé AI. de Lamartine à se mettre en avant et à rallier autour de lui les hommes bien disposés de toutes les fractions du parti libéral , qui se préparaient à se présenter au scrutin dans l'espoir de sauver le pays, mais qui seraient démoralisés par une circulaire ministérielle si inopportune. M. de Lamartine, me dit-on j avait, il y a deux jours, insisté auprès de AI. Mole pour qu'il se portât candidat dans son département. Je ne crois pas qu'on puisse trouver, dans ces derniers temps, un plus bel acte de dévouement patriotique que celui dont M. le comte Mole a donné, dans cette occasion, l'exemple, si l'on réfléchit à son âge, au rang qu'il tient dans la société et aux positions qu'il a si souvent occupées comme homme d'Etal.

Ce spécimen du peu d'autorité que les membres principaux du gouvernement exercent maintenant sur les actes de l'administration des divers ministres m'a fait envisager, je l'avoue, avec beaucoup de docou-

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rageraent les résultats définitifs de Texpérience à laquelle nous assistons.

« CIRCULAIRE DU MINISTRE DE L INTERIEUR AUX COMMISSAIRES DU GOUVERXEME\T PROVISOIRE.

r 11 mars 'l 848.

» La circulaire qui vous est parvenue et qui a été publiée traçait vos devoirs. Il importe que j'entre avec vous dans quelques détails, et que je précise plus nettement ce que j'attends de votre patriotisme, maintenant que , par vos soins , la république est proclamée.

55 Dans plusieurs départements, on m'a demandé quels étaient vos pouvoirs. Le citoyen ministre de la guerre s'en est inquiété, en ce qui touche vos rapports avec les chefs militaires. Plusieurs d'entre vous veulent être fixés sur la ligne de conduite à suivre vis-à-vis de la magistrature ; enfin , la garde nationale et les élections, les élections surtout, doivent être l'objet de votre constante préoccupation.

55 1° Quels sont vos pouvoirs?

55 Ils sont illimités. Agent d'une autorité révolutionnaire, vous êtes révolutionnaire aussi. La victoire du peuple vous a imposé le mandat de faire proclamer, de consolider son œuvre. Pour l'accomplissement de

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