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LES ÉLECTIO.VS ET I/ARMÉE

Le Aalional de ce malin donne une liste des candidats proposés pour l'Assemblée Nationale, répandue dans l'armée et dans la marine par le Comité Central de Paris et par l'intermédiaire des officiers supérieurs. J'ai montré le journal à M. de Lamartine en lui disant que cette mesure me paraissait faire de l'armée et de la marine des instruments destinés à changer tous les départements en bourgs électoraux; que, si ces listes étaient envoyées, pour ainsi dire, par une sorte d'autorité, à ces gens ignorants, qui ne connaissaient probablement rien, ni des sentiments de leurs départements, ni du caractère des personnes dont les noms étaient mis en avant, ceux qui étaient encore sous les drapeaux les signeraient comme on accomplit un

cite un extrait du discours prononce par le comte Mole à la chambre des pairs en 1826, et où le noble orateur agite la question de savoir si une aristocratie est possible en France. M. Mole s'exprime ainsi ù ce propos : » Créer une aristocratie, ou la rétablir là où elle a cessé d'exister, c'est une entreprise si délicate, si difficile, que je ne sache qu'un législateur qui en a eu jusqu'ici le secret, et ce législateur, c'est le temps. » Je pense, avec M. Saint-Marc fiirardin, que M. Mole montra certainement ici « ce bon sens ferme et ingénieux qui était une de ses supériorités, i Mais, depuis le moment où il prononça ces mots jusqu'à celui de sa mort si regrettable, M. Alolé a vu deux nouvelles révolutions, et, AI. Girardin probablement ne l'ignore pas plus que moi , M. Mole pensa jusqu'à sa fm (ju'une des conséquences immédiates de \ avant - dernière , l'abolition de l'hérédité de la pairie , en ani'anlissant l'indépendance et la considération de ce corps, devint une des causes qui concoururent à produire celle de 1848, aucun pouvoir modérateur, capable d'exercer une influence salutaire sur l'opinion publicjue , ne restant plus pour s'interposer ti propos et amortir le choc entre le peuple et un roi qui voulait gouverner et régner en même temps.

Il est vrai qu'il ne pouvait y avoir de durée pour une institution héréditaire dont l'éclat n'était 'pas soutenu par des fortunes an moins suffisantes; mais si ce changement, dans le caractère politique de la chambre

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devoir commandé, et ceux qui n'étaient plus au corps ne pourraient, dans une telle situation, substituer à la liste officielle d'autres noms qui présentassent quelque chance de succès. M. de Lamartine a répondu que le comité central des élections n'était pas directement en rapport avec le gouvernement; que, si la majorité des membres de ce comité lui était dévouée, il en était quelques-uns cependant qui appartenaient aux opinions extrêmes ; qu'il serait également permis à tous les autres clubs, ou à toute personne, quelle qu'elle fût, d'envoyer d'autres listes, par la même voie, aux troupes et aux marins. A en juger par les noms qu'il connaissait, a ajouté AI. de Lamartine, il ne croyait pas que' la liste fut mauvaise, bien qu'elle ne fût pas telle qu'il

des pairs, n'avait pas été introduit, en 1832, la génération de cette époque aurait, en grande partie, survécu beaucoup d'années; les institutions parlementaires auraient été éprouvées dans des conditions plus favorables, et la crise aurait au moins pu être relardée. M. Saint-ilarc Girardin paraît un peu sceptique quand il s'exprime sur la possibilité de conserver pendant longtemps un gouvernement quelconque en Franco : » Je réponds sans hésiter que dans un pays où tous les gouvernements sont tombés, la chute d'un gouvernement quelconque ne peut pas être un argument décisif contre la nature de ce gouvernement, i Peut-être m'est-il permis de dire , malgré ma qualité d'étranger, qu'au milieu de toutes les catastrophes qui ont entraîné successivement la chute de ces gouvernements, on a eu lieu constamment de regretter l'absence d'un élément que, dans d'autres pays, on retrouve toujours partout où l'on trouve la stabilité. On ne dit pas trop en affirmant que cet élément a un caractère essentiellement conservateur. La question, entre XL Saint- Marc Girardin et M. de ^lontalombert, paraît être de savoir s'il existe, dans les mœurs françaises, une telle antipathie pour l'esistence d'une aristocratie, que fous les maux qui viennent de son absence doivent être supportes éternellement, et comme la question ainsi posée est essentiellement nationale, je ne prétends pas interposer mon opinion entre deux autorités si puissantes.

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l'aurait voulu faire. A Paris, par exemple, il trouvait une majorité de noms sur lesquels il pouvait compter pour appuyer un gouvernement modéré et ami de l'ordre, et si Paris, qu'on s'attendait toujours à voir nommer quelques-uns des plus violents démagogues, donnait une liste avec laquelle il croyait pouvoir gouverner , que ne devait-on pas espérer des déparlements ! Il pensait que la majorité, dans ces derniers, serait très-décidément opposée à tous les partis extrêmes, et il en a donné pour preuve le nombre des commissaires du gouvernement qui avaient été chassés lorsqu'ils avaient excédé les limites de leur autorité légale. M. de Lamartine m'a toujours tenu le même langage; le pays ne pouvait, selon lui, envoyer à l'Assemblée qu(^ les éléments dont il était composé, et ces éléments n'étaient certainement pas ultra-révolutionnaires. D'un autre côté, j'apprends, je suis obligé de le dire, que M. Ledru-Rollin, avec qui je n'ai pas de communications personnelles, tient un langage bien différent. Il ne cesse de garantir à ses amis que, à la faveur des moyens qu'il emploie , il s'assurera une Assemblée à son goût, et qu'il espère être lui-même président do la nouvelle République.

J'ai demandé ensuite à M. de Lamartine s'il avait des nouvelles récentes de Lyon et du projet qu'on y avait formé, comme il me l'avait dit samedi, d'une nouvelle incursion en Savoie. J'ai ajouté que j'avais lu, depuis ma dernière entrevue avec lui, les différents comptes rendus, publiés dans les journaux, de ce qui était arrivé à Cbambér'y, que le sentiment una-

nime de la population me paraissait contraire à ces brigands , et que le renouvellement d'une semblable tentative passerait, aux yeux du monde civilisé, pour un outrage monstrueux au droit des gens. Lamartine m'a interrompu pour me dire qu'il avait reçu des nouvelles de Lyon, que ces nouvelles étaient beaucoup plus rassurantes , que tous les projets dont il m'avait parlé samedi étaient, pensait -il, complètement abandonnés. C'était, à mon avis, ai-je répliqué, une détermination prudente de la part de la populace de Lyon, car ce n'était pas toujours une chose bien tentante qu'une expédition entreprise pour violer l'indépendance de robustes montagnards; et, eu réalité, la première bande semblait n'avoir dû son succès qu'à une panique momentanée des autorités. M. de Lamartine, pour me prouver que ces envahisseurs n'avaient reçu, du gouvernement, aucune assistance, a allégué la très-petite quantité d'armes à feu avec laquelle ils avaient fait leur folle tentative; puis, à propos de ces différentes bandes d'étrangers, qui retournent dans leurs pays pour y propager la révolution, il m'a communiqué les nouvelles qu'il venait de recevoir de Strasbourg. Toute la population de la frontière française était furieuse contre le corps d'Allemands qui venait de Paris, et dont on lui avait annoncé l'approche, et elle se préparait à leur faire une réception qui ne leur serait pas agréable.

Je ne saurais exagérer l'effet énorme produit ici par riieurciise nouvelle de l'échec qu'ont subi les révolutionnaires à Londres; ceifx de Paris sont littéralement

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bouleversés, et ils ont pour unique consolation de répéter dans tous leurs journaux que quelques chapeaux de policemen ont été enfoncés près de IMackfriars-Hridjje. Ils ont reçu une dépêche télé*jraphique de Boulogne, lundi dans l'après-midi; elle annonçait qu'on s'était battu à Londres dès le jjrand malin , et que la ville était en pleine insurrection. Lamartine m'a dit qu'il s'était opposé à la publication de celte dépêche dans les journaux, sous une forme ofQcielle, mais il ne doute pas que Ledru-Rollin ne l'ait envoyée à Boulogne, afin qu'elle put en revenir.

Paris a été très-tranquille depuis la dernière proclamation de Alarrast. Je suis allé, hier soir, à un théâtre situé tout à fait à l'extrémité des boulevards, et j'ai trouvé la ville parfaitement paisible.

Les rapports des provinces, cependant, nous apprennent que le mécontentement se propage, et qu'un grand nombre de commissaires ont été chassés. D'un autre côté, voici une nouvelle tentative pour exciter l'esprit révolutionnaire. Il y ajuste un mois que je donnai moimême à M. de Lamartine connaissance du « premier bulletin de la république. " Il fut publié le 13 mars, et Lamartine exprima alors une ferme résolution de se tenir à l'avenir sur ses gardes, et de détourner le mal que de pareils sentiments, livrés au public sous l'autorité du gouvernement, ne pourraient manquer do pro duirc. J'avais été instruit, en effet, qu'on avait pris des disi)Osilions pour (jue l'un des membres du gouvernement vît chaque bulletin avant sa publication, et en retranchât tout ce qui lui paraîtrait reprehensible. L'opi-

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nioii de Lamartine était qu'aucun de ces bulletins- n'a été écrit par M. Ledru-Rollin lui-même , mais qu'ils sont la production commune de M. Jules Favre, soussecrétaire d'État, et du célèbre auteur madame Georges Sand. Si une surveillance semblable à celle dont m'a parlé M. de Lamartine a jamais été exercée par quelques-uns des membres modérés du gouvernement, il faut donc croire qu'ils se sont fatigués de leur tâche, car, hier, il a paru un nouveau bulletin, qui parle encore au nom de tout le gouvernement, et qui décide, conformément aux sentiments qu'on attribue à la minorité violente, toutes les questions d'où dépend l'avenir; il répète que le reste de la France doit se soumettre à la volonté de Paris, et soutient que l'autorité des clubs et de la population est supérieure à la décision de l'Assemblée Nationale future. Quelques-uns des bulletins précédents ont pu proclamer des doctrines sociales et morales plus nouvelles et plus hasardeuses, inspirées évidemment par la brillante imagination de la plus belle partie de la rédaction ; mais aucun n'a jamais conduit si directement à Une république rouge; je ne puis m'empêcher de choisir ici quelques-unes des doctrines les plus perverses de ce merveilleux document :

« Les élections, si elles ne font pas triompher la vérité sociale , si elles sont l'expression des intérêts d'une caste, arrachée à la confiante loyauté du peuple, les élections, qui devaient être le salut de la République, seront sa perte, il n'en faut pas douter. Il n'y aurait alors qu'une voie de salut pour le peuple qui a fait les barricades, ce serait de manifester une seconde

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fois sa volonté , et d'ajourner les décisions d'une fausse Assemblée Nationale.

« Ce remède extrême, déj)lorable, la France voudrait-elle forcer Paris à y recourir Paris se regarde

avec raison comme le mandataire de toute la population du territoire national

» Citoyens, il ne faut pas que vous en veniez à être forcés de violer vous-mêmes le principe de votre propre souveraineté. Entre le danger de perdre cette conquête par le fait d'une Assemblée incapable, ou par celui d'un mouvement d'indignatio^n populaire, le Gouvernement Provisoire ne peut que vous avertir et vous montrer le péril qui vous menace. Elu par vous, il ne peut ni empêcher le mal que produirait l'exercice mal compris d'un droit sacré, ni arrêter votre élan le jour où, vous apercevant vous-mêmes de vos méprises, vous voudriez changer dans sa forme l'exercice de ce droit. 55

Il est facile de s'imaginer que ce bulletin a été le principal sujet de tous les entretiens pendant les vingtquatre heures qui se sont écoulées depuis sa publication.

Les bulletins de la République sont envoyés à tous les commissaires des départements , chargés de les faire circuler, au nom du ministre de l'intérieur. Ce ministre, selon le témoignage de Lamartine, l'a assuré qu'il n'était pour rien dans leur rédaction, et qu'il désapprouvait beaucoup des doctrines qui y sont professées.

17 avril.

Le gouvernement , ébranlé jusque dans ses fondements par des divisions intestines, et miné par la trahison, a été sauvé, par les efforts spontanés de ceux qui n'ont d'autre intérêt direct dans sa conservation que la crainte de quelque chose de pire. On forme ce matin des conjectures très-diverses sur l'histoire secrète des démonstrations contradictoires d'hier; comme elles n'ont produit, quant à présent, aucun résultat, chacun peut, en liberté et à sa guise , interpréter la cause, et même prévoir l'effet de l'extrême agitation qui, pendant plusieurs heures, a régné dans tout Paris.

Je crois que je suis maintenant en état de résumer exactement tous ces événements.

Depuis quelques jours les dissidences connues qui existent entre les membres du Gouvernement Provisoire avaient pris un caractère plus menaçant. On disait que, quelles que fussent les démonstrations amicales faites à Lamartine par tous ses collègues, MM. Ledru-Rollin, Flocon, Louis Blanc, Albert, étaient animés, contre lui, d'une jalousie commune; on ajoutait même assez souvent à cette liste le nom de M. .Arago, dont la vanité ne voyait pas, sans en être fort blessée, la popularité croissante de M. de Lamartine. Ce fut seulement vers la fin d'un conseil , tenu samedi dans l'aprèsmidi, que M. Lcdru-Ilollin dit à ses collègues qu'il croyait devoir les informer d'une démonstration formidable organisée contre le gouvernement pour le

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lendemain; que les classes ouvrières se proposaient de se rassembler eu grand nombre au Cliamp de Mars, et de se rendre en cortège à l'Hôtel de ville, où elles exprimeraient hautement leur mécontentement de la conduite impopulaire du gouvernement. Déjà, probablement, M. de Lamartine avait été irrité par le Dulletin de la République publié le malin même, daté du ministère de l'intérieur, et dans lequel tous les coupables excès de langage de la première circulaire de M. Ledru- Rollin avaient été dépassés. En entendant cette communication, Lamartine, je crois, s'est levé indigné, en s'écriant que AI. Ledru-Roilin, comme ministre de l'intérieur, ayant la police à ses ordres, n'aurait pas du tarder si longtemps à informer le gouvernement de ce qui se tramait, sans être, en même temps, en mesure d'annoncer les précautions qu'il avait prises pour détourner le danger. S'il ne l'avait pas connu plus (ùt, il était très-mal servi par sa police ; s'il l'avait connu, il servait lui-même très-mal son pays. AI. Ledru-Rollin n'a pas eu grand'chose à répondre à celle attaque, mais je ne puis donner d'autres détails dignes de foi sur ce qui s'est passé alors, ou au conseil suivant, qui s'est tenu le soir. Il est résulté des informations secrètes, reçues par AI. de Lamarline de ses propres agents, qu'une conspiration était organisée pour renverser le Gouvernement Provisoire, le lendemain, à l'Hôtel de ville, former un comité de salut public composé de AI\r Arago, Ledru-Rollin, Flocon, Albert et Louis lîlanc, ajourner les élections au ,'{1 mai, et nommer douze chefs du même parti dans les différentes légions

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