‹ Une année de révolutionChapitre 62 sur 71 · MAXIFKSTATIOX EX' I'AVELR DES I» OL OVA IS · texte numérisé non relu

MAXIFKSTATIOX EX' I'AVELR DES I» OL OVA IS

effet, comme ces déléfjiiés représentent tout le parti de Louis HIanc parmi les ouvriers, il aurait pu y avoir vinjjt ou trente mille personnes prêtes au désordre dans différentes parties de la ville, tandis que tous les citoyens disposés à leur résister se seraient trouvés rassemblés au rendez-vous éloigné du Champ de Mars; mais la résolution qu'on a prise n'est pas sans inconvénients ni peut-être sans dangers. Un grand nombre des agitateurs des provinces ont été attirés à Paris par la perspective de cette fête; ils auront maintenant une longue journée de loisir pour aider leurs frères de la capitale à travailler ceux dans l'esprit desquels le désappointement d'aujourd'hui s'ajoute à leur mécontentement général, et un nouvel élément de discorde se trouve ainsi fortifier les autres pour demain.

Aujourd'hui la discorde s'est manifestée par une divergence d'opinions entre ceux qui avaient organisé une grande démonstration des masses en faveur des Polonais; l'ordre a été donné de la différer jusqu'à lundi. Néanmoins, quelques centaines de gens ont persisté à se rendre à l'Assemblée avec une pétition ; ils étaient sans armes; un détachement de la garde nationale leur a fait rebrousser chemin sur le pont, vis-à-vis de la Chambre, et leur pétition a été prise par un membre de l'Assemblée.

A peu près en même temps le rappel a été battu dans tout ce quartier de la ville. Un tambour, qui faisait ce service comme à l'ordinaire, a été arrêté par quelques ouvriers qui ont crevé sa caisse. L'autorité, informée de ce fait, a envoyé de la mairie un autre

tambour accompagné d'un piquet armé. Cet incident, qui n'a peut-être pas d'imporlance réelle, a cependant excité beaucoup d'alarme, parce qu'il a donné lieu de craindre quelque conspiration ayant en partie pour objet d'empêcher le rassemblement de la garde nationale. Trois ou quatre heures se sont écoulées depuis, et, comme il a semblé qu'il n'y avait encore aucune raison suffisante de réunir toute la garde nationale, on est tenté, dans ce moment, de traiter ce petit épisode comme une fausse alerte de plus. Une pareille opinion est très-regrettable, car elle doit avoir pour conséquence de refroidir, dans l'occasion, le zèle des gardes nationaux, et, en même temps, eile perpétue de mauvais sentiments entre les différentes classes de la population.

14 mai.

On a fait courir partout , pendant les dernières vingt-quatre heures, le bruit que le gouvernement avait résolu de déclarer la guerre .sur-le-champ ; celle nouvelle avait jeté une si grande agitation dans l'esprit public que j'ai cru devoir demander quelques explications à Lamartine à ce sujet. D'un côlé , on disait que la démonstration de demain, en faveur de la Pologne, serait assez puissante pour que l'Assemblée ni le gouvernement ne pussent lui résister; on présumait, d'un autre côlé, que tous ceux à qui devait être contiée l'exécution de la volonté du peuple, élant pénétrés de

RRLITS DK GUERRE. 385

l'impossibilitc de lui donner suile sous cette forme, le gouvernement ferait ses efforts pour détourner la populace de celte démarche, en annonçant qu'il allait prendre possession de la Savoie. Quelque monstrueuse que fût cette prétention, les plus pacifiques parmi ceux qui règlent les destinées de la France , j'ai déjà eu occasion de noter des observations qui tendent à le prouver, paraissent prévoir qu'un semblable résultat sera atteint de façon ou d'autre. J'ai donc tâché de voir M. de Lamartine hier au soir, mais il avait été obligé de retourner au conseil aussitôt après diner. J'ai encore essayé de le trouver de bonne heure ce mating il était déjà sorti pour se rendre au même endroit. J'ai enfin pu avoir quelques minutes de conversation avec lui, lorsqu'il est rentré pour un moment, entre deux conseils, au dernier duquel on devait, m'a-t-il dit, régler les mesures de police qu'il y avait à prendre pour demain.

Je m'étais proposé, en appelant son attention sur l'invasion de la Savoie, dont on parlait dans le public, de répéter les arguments dont je m'étais servi autrefois, et de lui faire observer que, s'il m'avait paru nécessaire de le mettre en garde, en tous cas, contre les conséquences trop probables d'une résolution qui ferait franchir les frontières à un seul saldat français , je devais d'autant plus lui faire envisager les conjonctures extrêmement graves que pourrait, plus probablement encore, faire naître immédiatement la prise de possession du territoire d'un allié, sans la moindre provocation ni la moindre excuse; mais, avant que je fusse entré dans ces

explications, et, en réponse à ma première question, M. de Lamartine m'a assuré qu'il donnerait demain à la Chambre, au sujet de l'Italie et de l'armée des Alpes, des explications d'où il résulterait que le corps d'armée français était placé dans le voisinage en cas de besoin, que la seule intention du gouvernement était d'attendre le cours des événements, que les troupes ne bougeraient pas à moins d'avoir été positivement appelées par les Italiens eux-mêmes, ou à moins que quelque intérêt trèsessentiel à la France ne fût compromis. Si l'on se conforme avec fermeté à cette dernière assurance, l'armée ne peut en aucune façon être mise en mouvement, car il n'y a aucun véritable intérêt français qui ne doive être satisfait, plutôt que compromis, par toute révolution que les circonstances pourraient, comme cela est probable, faire éclater en Italie; pour ce qui est d'une intervention de la France, sollicitée par les Italiens eux-mêmes, i[ faudra que les dispositions dont ils sont actuellement animés, d'un bout de la péninsule à l'autre, changent beaucoup avant qu'ils se décident à faire un pareil appel. Il est à remarquer que, tandis que Lamartine attribue à l'exemple de la France tous les changements constitutionnels opérés en Sardaigne , la France n'est pas même mentionnée dans le discours prononcé à l'ouverture du parlement sarde , et que l'on félicite la Savoie de la loyauté inébranlable qu'elle a montrée dans la dernière occasion.

En ce qui concerne la Pologne, M. de Lamartine m'a dit qu'il serait obligé de tenir un langage très-décidé à l'égard des sympathies de la France pour ce pays,

LA POLOGXE. 387

mais que, quant aux moyens de manifester ces sympathies dans la pratique, il se proposait de dire qu'on devait laisser an gouvernement le soin de les concerter, à Taide de négociations, avec l'Allemagne et les puissances étrangères. Je doute vraiment qu'il y ait en France, dans ce moment, une sympathie hien réelle pour la Pologne; la plupart des écrits publiés sur ce ce sujet sont, depuis longtemps, une affaire d'habitude, et il n'en faut pas conclure que le pays, à cet égard, ait des idées bien arrêtées. La direction de cette affaire est à présent dans les mains de personnes qui ne demandent pas mieux que de propager le désordre partout où elles pourraient trouver une excuse ; il y en a très-peu qui aient un plan d'après lequel la nationalité de la Pologne pourrait être restaurée , sous forme de gouvernement constitutionnel. Mais qu'il s'agisse de la Pologne ou de l'Italie, je serai bien aise, lorsque demain sera passé, si je puis me convaincre que Lamartine n'a rien dit de plus, sous l'influence excitante de la tribime, que ce qu'il a maintenant l'intention de dire, car ma confiance en sa sagesse a beaucoup diminué depuis que j'ai lu les choses qu'il avance dans sou dernier rapport, même sous l'inspiration plus tranquille du cabiuet. Il faut aussi se rappeler que ce document, quelque reprehensible qu'il soit, a été rédigé avant qu'il eût montré trop clairement, par sa conduite relativement à la formation du gouvernement exécutif actuel, qu'il y a une cause pour laquelle il risquerait sa vie , mais pour laquelle il ne voudrait pas risquer sa popularité.

C'est la dernière fois que je verrai M. de Lamartine

388 UXE ANXEE DE REVOLLTIOX.

commme ministre des affaires étrangères , car M. Bastide vient de faire connaître la nomination de la Commission Executive, et sa propre nomination comme ministre des affaires étrangères.

Le ton de la lettre de M. Bastide est bon , et la conduite qu'il promet de tenir est conciliante , mais quelques-unes des nominations déjà faites et le langage tenu par d'autres membres du nouveau gouvernement m'empêchent de mettre une confiance aveugle dans leurs déclarations.

Ma réponse, en constatant que mes relations avec M. Bastide doivent rester sur le même pied où elles étaient avec M. de Lamartine, laisse, pour l'avenir, une entière liberté de régler la forme que ces relations pourront prendre. J'ai oublié de mentionner, à sa place, une autre conversation que j'ai eue, ce matin, avec M. de Lamartine , dans la dernière entrevue qui doive désormais nous réunir au ministère des affaires étrangères. J'ai fait allusion à un discours de M. Flocon , ancien rédacteur du journal la Réforme^ depuis membre du Gouvernement Provisoire , et maintenant ministre du commerce. On rapporte qu'il a dit hier à l'Assemblée , à propos d'une question d'ordre incidemment soulevée, et où les usages parlementaires de l'Angleterre avaient été invoqués. « L'alliance anglaise est à jamais brisée par la révolution de France. » Il répondait à une opinion exprimée, dit-on, par M. Dupin, qui s'était écrié : « L'Angleterre, c'est le pays de la liberté. » Ces expressions ont paru dans tous les journaux du soir des différentes opinions, mais elles ont été modifiées dans quel-

Page 1