‹ Une année de révolutionChapitre 9 sur 71 · MORT DE LA PRIXCESSE ADELAIDE · texte numérisé non relu

MORT DE LA PRIXCESSE ADELAIDE

laquelle elle avait élé cnlrcprise, et qui, n'étant liés ensemble par aucun engagement exclusif ni aucune combinaison préalable, avaient voulu, au moyen d'une agitation poursuivie en commun, répondre à l'assertion des ministres attestant, dans la session précédente, la profonde indifférence du pays pour la cause d'une réforme pacifique et pour ses progrès. Il est vrai que les chefs de ce mouvement ont agi avec aussi peu de jugement, dans l'intérêt même de leur entreprise, que de convenance, en consentant, dans quelques occasions, à supprimer la santé du Roi du nombre de leurs toasts ; mais cela n'était malheureusement qu'un signe de la tendance de l'opinion publique qu'ils avaient à diriger, et, s'il était possible, à modérer- si le Roi avait été sagement et honnêtement conseillé, cela aurait dû être, pour Sa Majesté , une raison de plus de ne pas se mettre publiquement en avant dans cette occasion par une manifestation de ses sentiments personnels.

J'en étais là de mon récit, sur la situation actuelle des affaires, lorsque m'a été apportée la nouvelle de la mort subite de Sou Altesse Royale la princesse Adélaïde. Il paraît qu'elle avait été indisposée pendant ces jours derniers. Le Roi est allé dans sa chambre hier au soir vers dix heures; elle a dit qu'elle était mieux, et qu'elle désirait qu'on la laissât dormir; à cause de raslhme dont elle souffrait, elle avait coutume de dormir sur un fauteuil pendant la plus grande partie de la nuit. Entre minuit et une heure on l'a trouvée évanouie, et elle paraissait avoir été étouffée par la toux au premier moment de son réveil. Elle s'est re-

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mise un peu et a langui encore pendant deux heures. Toute la famille royale entourait Son Altesse Royale lorsqu'elle a rendu le dernier soupir, ce qui est arrivé entre trois et quatre heures ce matin. Le Roi a été pendant quelque temps en proie à une grande agitation, mais lorsque, à huit heures, M. Guizot s'est rendu auprès de lui, il dormait, et je n'ai encore rien appris depuis ce moment. Dans l'état critique où se trouve ce pays, il est impossible de prévoir, quant à présent, l'effet que produira cette disparition inattendue de la seule personne au monde à laquelle, je crois, le Roi, pendant bien des années, n'avait jamais caché un projet ni même une pensée. Elle lisait tous les papiers , et allait dans le cabinet du Roi quand elle voulait, quelquefois jusqu'à dix fois dans le courant de la journée. On croit qu'elle a été plus disposée à écouter, mais moins résignée à céder que son frère.

En même temps, j'ai entendu dire à quelqu'un, qui doit être bien informé , que ce serait une erreur de supposer que ce malheur affecte le Roi au point de mettre sa vie en danger. On assure qu'une seule chose pourrait avoir cet effet, — la perte de la Reine; qu'il la considère comme son bon génie, et croit qu'après sa mort il n'aurait plus aucune raison de vivre , parce que rien ne lui réussirait. Le Roi a souvent fait part de cette croyance superstitieuse à ceux qui sont dans sa confidence. Cependant on ajoute que Madame Adélaïde sera pour lui une perte irréparable ; — qu'il ne consultait jamais la Reine sur la politique, mais qu'il n'avait jamais aucun secret pour sa sœur. Il semble, en vérité,

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