‹ Une année mémorable de la vie d'Auguste de KotzebueChapitre 3 sur 18 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

Pour le malheureux Kotzebuje,

A Pec les preut^es justîjicatwes , ren^ fermées toutes dans les papiers qui lui ont été' enlex^és.

( Extrait de 1 original françak ( i ).

Article p rem ter.

Kotzebue, né à Weîmar, fils de feu le conseiller de légation Kotzebue, fut appelé à Tage de vingt ans en Russie, par le comte de (ïorz , qui y était alors envoyé de la cour de Berlin; il fut fait secrétaire près l'inspecteur général, M. de Bauer, quilservit avec probité dans plusieurs affaires importantes : U ne la quitté qua sa mort.

^ Preuve. Le général le recommanda dans 50U testament à la défunte impératrice, et cette souveraine , par un Immënoi-Ukas (2) , le nomma conseiller en titre, avec ordre de le placer dans le gouvernement de Réval, nouvellement organisé.

( I ) Une partie du mémoire est encore écrite à Kurgan « )<i ne rédigeai le reste et tout ce qui -suit dans ce livre , que l^lus tard.

(2.) XJkas spécial : c'est- â-dire , un Ukas signé de la main «ic rimpéractice.

Art. 2.

Kotzebue remplit les fonctions d'assesseilr au tribunal d appellation de Réval en 17^3 » et occupa cette place deux ans ^ à la satisfacfion de ses chels. .

Preuve. Le gouverneur général, conalse Brow^ne , le recommanda pour la place vacante de président du magistrat annexé au {gouvernement ,, place qui. donne grade de ieutenant-colonel , et le sénat le nomm^ à cette place en 17*8 5.

Art. j.

Kotzebue fut revêtu de cptte charge pendant dix ans sans le moindre reproche.

Première /7reM^e. LcMrsqu il fut obligé au bout de dix aâs de demander sa démis* slon pour raison de sai)té , il la reçut avec un grade : IXIkas se trouve dans ses papiers scellés. ' '

Seconde preui^e. Il a eu un certificat du gouverneur de Réval, concernant la manière irréprochable dont il avait occupé cette place : ce témoignage est en original aux papiers confisqués.

. Kotzebue se letir^i à ja campagne en z 79 5 9

où il bâtit la petite maison de campagne a|v pelée Friedenthal , laquelle est située à 48 verstes dfr Narva, et où il a vécu jusque l'année 17^7, au sein de sa famille et dans le$ bras des muses. Ensuite . il fut appelé i Vienne pour prendre part à là direction du théâtre de la cour. Les conditions étant avantageuses ^ il quitta alors sa campagne et crut devoir ce sacrifice à ses enfans : il en demanda l'agrément au monarque , cet agrément fut accordé.

Preuve Le passe-port que le gouverne»

ment lui fît délivrer à Réval par ordre supérieur. . .

Kotzebue fut à Vienne et garda cependant sa maison de campagne , espérant y revenir un jour *y il remplit ses devoirs avec zèle et

probité.

Preuve. Le certificat flatteur de la direct tion du théâtre : l'original est confisqué.

Sa M. l'empereur François II , était trcs-satisfaite de ses services et de sa conduite.

Preuve. Il lui accprde sa démission, mais îl le garde à son service comme auteur drajnfia Ique du théâtre de la cour avec pension

de iooD florins , sa vie durant , et la permis* slon de la manger où il voudra : k décret ori-

final et une lettre du ministre d'état , comte e Colloredo, font, encore partie des papiers sous séquestré.

Art. 7.

Kotzebue n étant pas encore satisfait de ce^ certificat honorable qui ne regardait que ses services ^ il crut , avant de quitter Vienne , devoir s'en procurer un de bonne conduite , comme sujet d'un état monarchique ^ il s'adressa à cet effet au ministre de la police secrète, comte de Saurau , et obtint la réponse la plus satisfaisante.

Preuve. Le billet original du ministre et une lettre officielle du conseiller de Schilling, , sont tous les deux dans ses papiers.

Art. 8-

Kotzebue va de Vienne à Weimar, et s j fixe par attachement pour sa mère. Il achète ^n jardin et une maison dans le voisinage, et y a vécu une année , connu et estimé de la cour , et du duc qu'il avait l'honneur de fré^ quenter souvent.

Prcuvel Une lettre de S. A. madame la duchesse régnante de ^eimar à S» A. I. madame la- grande-duchesse Elisabeth, que

1 on aura de même trouvée dahs ses papiers. II* en appelle d'ailleurs au témoignage du duc régnant ainsi qua celui de madame la duchesse douairière.

Art. 9.

Kotzebue tant pour satisfaire sa femme que pour embrasser ses deux fils qui ont l'honneur d'être élevés au corps des cadets à Pétersbourg,

Êrend la résolution de faire un voyage en Russie. Son devoir, comme auteur de S. M. !• l'obligeant de demander un passe - port, ce passe - port fut accordé.

Preui^e. L'original de cette pièce est parmi ses papiers , et montre en même tems qu'il était vraiment au service de S. M. I. et R.

Art. 10.

Kotzebue demande un passe - port à S. M. Tempereur de Russie et l'obtient, ( ici l'auteur entrait dans les détails nécessaires. )

Preuve. La lettre du baron de Krudener en original.

Art. II.

Kotzebue part , et est arrêté aux frontières de la Russie. Ce coup imprévu le consterne \ cependant il se tranquillise par la pensée qu ime sage prévoyance conseillée par les cir-

constances , peut avoir prescrit cette mesure. Plein de confiance dans ses papiers et dans son innocence 9 il console sa famille et va jusqua Mietau.

Preuve. Il en appelle au témoignage de lofficier d'escorte.

Art. 12.

Il apprend à Mietau qu il faut partir pour PétersDOurg. Il se soumet de bonne grâce à cet ordre, mais il apprend bientôt quon le conduit en Sibérie. Alors le désespoir s'empare de son ame \ il se demande en vain quel crime il a commis*, sa conscience est pure aux yeux de Dieu et de son souverain.

Art. 13.

Mais n est-il pas possible quil soit , comme tant d'autres , partisan déclaré du système révolutionnaire ? Non.

Première preuve. Deux de sts fils sont au corps des cadets à Pétersbourg , le troisième au corps des cadets ingénieurs à Vienne. Ce sont autant d'otages qu'il a livrés volontairement.

Seconde preuve. Tous ses biens , celui de son épouse, se trouvent en- Russie, et jamais, non jamais , il n'a cherché à s'çn défaire. '

Troisième preuve, S-il eût été révolutionnaire , on Teût vu quitter Vienne pour aller voir la France : il est resté constamment à \7eimar où l'empereur d'Allemagne lui a fait payer son traitement.

Quatrième preui^e. Il fut un des premiers^ qui en 1790 tourna en ridicule les excès révoltans des révolutionnaires , dans une. comédie intitulée : Le Club/emelle des Ja-^ cobins. En 1791 il fit une autre écrit' ayant pour titre : De la noblesse , <\\x\ bien qu il nait d'intéressant que le sujet, prouve pourtant comment l'auteur pense ( i ).

Cinquième preuve^ Il n'y a pas. un an quen.un écrit intitulé . Sur mon séjour à f^ienne, je déclarai publiquement préférer l'état monarchique » et que jamais ^ au grand jamais 5 à moins d'être coquin ou fou , je ne voudrais tremper dans le système du moment. Un écrivain qui est connu de toute l'Europe , se garderait bien assurément de mettre ainsi .

' ( X ) On force «n nia]liear«ux qui lutt« centre I es floa dt s*accrocber à des brins de paille. Je sais mieux <]ae |iersonfle que ce livre ne vaut rien , et je voudrais beaucoup n'avoir pas hasardé de le faire } nuis je cédai aux insinuations expresses d*un homme crès-imporcanc , ec du gré de la souveraine. Ma pl>sicion me força alors d'entrepirenâre un ouvrage auquel je n*eusv jamaii. pu cr^-Urd travaillé. Si Ton savait souvent k« motifs qui forcent un auceur à écrire, les jugemeos qu'on porte sur eu)c seraient plus chariublct.

en évidence de. pareils sentimens s'il devait un^our en changer. '

Sixième preuve. En 1755 il présenta à l'impératrice Catherine un plan d'établisse* ment pour une université à Dorpat , et entré autres motifs qn'il apportait pour son établissement 9 on trouve celuinri : que les jeunes gens seraient moins en danger de sucer des principes contraires au bien public.

Art. 14.

Kotzebue n a * t - il pas eu des liaisons suspectes ?

Non.

Vreuve. Ouvrez le livre qui est dans ses

Ijapiers : on y voit sa conespondance, et les cttres les^plus importantes s y trouvent çn brouillon,

Présume - t» on que %^ revenus viennent d'une source impure ? '— - On se tromperait bien.

Preuve* Voyez le livre mentionàé ci-de$sus où est k détail de ses recettes.

N'a t-il jamais écrit siir la politique 1

Preuve. On voit en ce livre- mentionné , la liste de ses travaux»

Art, 17.

Pourrait-on croire qu*î| n a pas pour l'empereur tout le respecte possible ?— -C'est positivement le contraire.

Preuve. Il a traité en 179^ un trait généreux de l'empereur dans' une petit djrame appelé: Le premier cocher de l'empC" reur. Cet ouvrage peut être au - dessous du sujet, mais il prouve toujours les seniimens de l'auteur. *

Art. 18.

Kotzebue est^îl immoral , et doit-on le bannir de la société } — Non.

Première preuve. Qdon lise le journal de SCS occupations et de ce quil a fait ^ j( cela est toujours dans le livre ) qu y trourera-t-on ? Un arbre qu'il plante* à Ik naissance de son épouse. V ici i une fête chan^pêtrç à la première dent d'un enfant. On verra que tK^ujours il plaçait son bonheur au sein de sa famille.

'^ Seconde preuve, L'almanâcK de Franklin, pour perfectionner son moral , est une preuve qu'il aime franchement la vertu. On verra au premier coup-d'œil , par la nature de ses confessions, que ces îrvcux n'étaient là que pour liii j et qu'il n'a j^aisiçru; qu'ils dusseqt pâ^er dans des mains éu:ang$rje$« Qn y, yoltiiul

homme faible , ^mais un criminel. Qui la connu, sait bien s'il est tendre époux et bon père -, qualités certainement bien étrangères au aime , et qui ne mènent pas à Timmo- . raiité.

Kotzebue a donc prouvé que ses services pendant vingt ans montrent une conduite irréprochable; il a prouvé qu'il n^ jamais fait voir des principes capables de bouleverser letat ; il a prouvé que ses^ liaisons sont innocentes et point suspectes j.il a prouvé qu il n a jamais été écrivain politique ; il a prouvé qu il a pour le monarque les sentimens de respect qu'il doit j il a prouvé enfin que son bonheur existe au sein de sa famille^ qu'il aime la vertu et la tranquillité. Par quelle faute involontaire s'est-il rendu si malheureux que d'encourir la disgrâce de V. M. ? Il ne le sait j il chercha en vain à en découvrir la cause 5 et ne saurait^ rien soupçonner, sinon quun esprit malfaisant , qu'un ennemi secret peut-être a isolé de ses ouvrages quelques passages , et les a présentés sous un jour odieux. Si cette présomption est fondée, il ne démande qu'une grâce, c'est de pouvoir les expliquer.

V. M. sait bien qu'il n'est rien que l'on n'empoisonne avec une intention maligne.

Kotzebue a pu s'être trompé, c'est là le ^ort de tous les hommes ^ il aura , comme tous les auteurs , glissé un mot ixréiSéchl ,' ou donné

à ano phrase une tournure douteuse ; mais il jure aevant le trône du Monarque , de-* vaut celui de rÉtemei^ qui! a tou|ours suiri le chemin de la vmu« S'il a péché sans le savoir, il en a bien subi la peine, et la main paternelle qui vient de le frapper, relèvera sans doute ce pénitent qui se repent et gémit de sa faute.

Que V. M. née sensible , jette un regard sur l'horreur de ma position. Prête à donner le jour à une aéature malheureuse, mon épouse peut-être va mourir de chagrin ; ii n est plus de bonheur pour elle. Ses en&ns .vont bientôt tomber dans l'indigence; ma ré^ putation y mon hoxuiem: sont nétris. Qui ne croira que j ai commis un crime ! Après dou^c mois de la plus mauvaise santé , je me trouve ^ privé de tout, sous un climat aSreux. Le chagrin destructeur , les tristes maladies vont terminer mon existence. Époux aimé , père de six eiifans, abandonné de l'univers , je rendrai les derniers soupirs sans être vu de ma famille . / Cependant je suis innocent ! Non , non , Paul le juste vit encore ^ ii rendra à un malheureux l'honneur , la vie et le repos *, il lui rendra SCS foyers, sa famille.

J'avais presque fini , quand , par hasard , mon conseiller allant chez le gouverneur , je le chargeai de lui demander a quelle heure il pourrait m'entendre. J'eus cette réponse qui

( 1^3 ) râonna beaacoup : que depuis cinq heures du matin jusqua onze heures du soir, le gouvaneur éudt à mon service. M, le conseiller ne pouvait pas concevoir nu on fut aussi civil à regard d'un banni , taudis qu on né^igeait M le conseiller de la cour.

Je fus seul le lendemain chez M. de Kus*^ chelefF, sans aucun garde pour m'y accompagner. Il me reçut d une manière distinguée. Je lui lus mon mémoire. Quand je fus au dernier morceau; il laissa couler quelques larmes 5 me prit la main y la serra avec teu , et.proféra ces parcdes consolantes : Soyez tran* quille, monsieiu:, votre malheur ne sera pas long. Il eut ensuite la bonté de parcourir une secondé^ fois le mémoire, etjie me désigner quelques mots , quelques .phrases qu'il me conseilia^ d'adoucir. Je profitai de sts remarques 5 et m'ayant offert de son meilleur papier, je miS: le tout au net. Il me promit de l'adresser à l'empereur lui-même, par le canal an conseiller. Ce biave homme a tenu paro^e^ .

Qtielles expressions pourrais-je donc employer pour peindre , aux yeux de l'univers , la^ généosité de cet homme bienfaisant ! Il ne tenait qu'à lui de m'envoyer à Bcrésov , sur les bords de lia mer glaciale , où dans les jours les phis chatids de 1 été la tene ne dégèle qu'à un pied*, il me choisit le climat le plus doux.

( 1^4 ) le peuple le plus sojciai de son goiivernenrent. Pendant le tems que je suis à Tobolsk, il pouvait me laisser livié à mon chagrin, aux besoinr à la solitude *, au lieu de cda , il m'invite to les jours à sa table , sans craindre le regara de ces deux sénateurs qui venaient pour examiner et rendre compte de sa conduite (i). Il va encore plus loin : comme je n'étais pas très-savant dans le russe, il me permet d'avoir un domestique , qui outre cette langue en comprit encore une autre dans laquelle je pusse m'expliquer. Le choix ne fut pas long a faire , le seul homme de Tobolsk qui fût dans ce cas U, était un Italien nommé Russi , qu'on appelait communément Russ : il était la depuis vingt ans ; servant sur la flotte à Cherson , il avait formé le complot , avec ses camarades , de massacrer son omcier et de livrer le bâtiment aux Turcs : la trame fut heureusement découverte , et mon conspirateur conduit en Sibérie : il. fut inscrit au rôle des paysans et paya l'impôt ordinaire : mais il recevait tous les ans un passeport pour aller à. la ville, gagner son pain selon sa fantaisie, ce dont il vivait à merveille. Cet homme était d'une adresse in-

( I ) Ces sénateurs étaient MM. de LewaschofF et de Lapuchin y dont la noble conduite i mon égard est à jamais coaservée dans mon cceur*

( 1^7 ) croyable -, îl 6isah\ Mcn détailler «s motifs , des souliers ; servait ^ " ce qu'il m'avait dit. les voyageurs 5 il faisav^^"* |>oat ma garde proxénète ;; il les suivait i;N. Vanowitsch : dans l'étendue de tout le gc^,^ né : il restait nalemem il était, propre à to\to^< 4t presque ncvuc m'avertît qu'il faillit' le îï>S;x ^^^ V^ et qu'il avait attrapé tous ses miai^^^ ^*^^ • comment feire? Il parlait le françafe^Ss^ '^'^ que le Rt^e, connaissait le pays ^ aiX^ ^ par^tout^ savait pétrir le pain et faire la^*^ ^ sine; il avait ce qu'il me fallait Je Tc^ geai pour itroîs. roubles et demi par mois s^ yi comprendre, la nourriture. Le gouverne^^ me permit mênie de le garder avec mol ^ Kurgan; faveur^ si grande, que, si on l'avait sue^9 elle aurait pu lui faire perdre sa place : il csi vrai que le nom 4e Russi n'étant pas touché au passe-port , le gouverneur pouvait< fermer les yeux. Quand nous fimes ce voyage , le: drôle connaissant chaque village à la ronde, se glissa heureusement par- tout.

Pendant les premiers joiiis de mon-arrivée à Tobôlsk je jouis, je peux le dire, d'une liberté sans bornes : je faisais , recevais des visites,'quand et autant qne je voulais: il était rare^ que ma chanibre fût vide , j'allais » volontiers chez l'ami KiniakofF-, il était établi d'une iaçon charmante , possédait des livres choisis et principalement tous les meilleurs auteurs

le peuple le plus social àt son goiivérnenrent. Pendant le tems queje suis à Tobolsk, il pouvait me laisser livré à mon chagrin, aux besoins, à la solitude ^ au lieu de cela ^ il m'invite tous les jours à sa table, sans craindre le regard de ces deux sénateurs qui venaient pour examiner et rendre compte de sa conduite (i). Il va. encore plus loin : comme je n'étais pas très-savant dans le russe , il me permet d'avoir un domestique , qui outre cette langue en comprit encore une autre dans laquelle je pusse m'expliquer* Le choix ne fut pas long a faire , le seul homme de Tobolsk qui fût dans ce cas là, était un Italien nommé Russi , qu'on appelait communément Russ : il était la depuis vingt ans ; servant sur la Jlotte à Cherson , il avait formé le complot , avec ses camarades , de massacrer son officier et de livrer le bâtiment aux Turcs : la trame fut heureusement découverte , et mon conspirateur conduit en Sibérie : il. fut inscrit au rôle . des paysans et paya l'impôt ordinaire : mais il recevait tous les ans un passeport pour aller à. la ville, gagner son pain selon sa fantaisie, ce dont il vivait à merveille. Cet homme était d'une adresse in-

( I ) Ces sénateun étaient MM. de Lewaschoflf et de Lapuchin , dont la noble conduite â mon égar j est à jamais conservée dans mon coeur*

C 1^5 ) aoyabie \ il faisait, tantôt des saucisses, tantôt des soulieacs ^ .servant de domestique à tous les voyageurs , il faisait avec eux l'office de proxénète ^ il les suivait .dans leurs voyages dians l'étendue de tout le gouvernement^ finalement il itait -propre à tout. Le gouver** neur m'avertit qu'il fàirait le inétier aescroc et qu'il avait attrapé tous ses maîtres : mais comment fabe? Il parlait le français aussi bien que le Rtisse , conimissait le pays ^ avait été parrtout^ savait pétrir le pain et faire la cuisine; il avait ce qu'il me fallait. Je l'enga*geai pour ittois roubles et demi par mois sans y. comprendre, la nourriture. Le gouverneur me permit même de le garder avec moi à Kurgan ; faveur si grande , que , si on l'avait sue 9 elle aurait pu lui faire perdre sa place : il esi vrai que le nom de Russi n'étant pas touché au passe-port ^ le gouverneur pouvait* fermer les yeux. Quand nous fîmes ce voyage , le: drôle connaissant chaque village à la ronde 9 se glissa heureusement par- tout.

Pendant les premiers jours de monarrivée à Tobôlsk je jouis, je peux le dire, d'une liberté Sans bornes : je faisais , recevais des visites,'quand et autant qne je voulais: il était rare^ que ;ma chambre fût vide, j'allais» volontiers chez l'ami KiniakofF •, il .était établi d'une iaçon charmante , possédait des livres choisis et principalement tous les meilleurs auteurs

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le peuple le plus social àt son goiivérnenrent. Pendant le tems queje suis à Tobolsk, il pouvait me laisser livré à mon chagrin, aux besoins, à la solitude \ au lieu de cela , il m'invite tous les jours à sa table, sans craindre le regard de ces deux sénateurs qui venaient pour examiner et rendre compte de sa conduite (i). Il va encore plus loin : comme je n étais pas très-savant dans le russe , il me permet d'avoir un domestique, qui outre cette langue en comprit encore une autre dans laquelle je pusse m expliquer* Le choix ne fut pas long a faire , le seul homme de Tobolsk qui fût dans ce cas là, était un Italien > nommé Russi , qu'on appelait communément Russ : il était là depuis vingt ans ^ servant sur la Jlotte à Cherson , il avait formé le complot , avec ses camarades , de massacrer son officier et de livrer le bâtiment aux Turcs : la trame fut heureusement découverte , et mon cons* pirateur conduit en Sibérie : il .fut inscrit au rôle des paysans et paya l'impôt ordinaire : mais il recevait tous les ans un passeport pour aller à la ville, gagner son pain selon sa fantaisie, ce dont il vivait à metveille. Cet homme était d'une adresse in-

( I ) Ces sénateun étaient MM. de Lewaschoflf et de Lapuchin , dont la noble conduite â mon égard esc à jamaU conservée dans mon coeur*

C i<f5 ) croyable V il &isah tantôt des sauciÀes» tantôt des souliers ^ ^servant de domestique à tous les voyageurs ^ il faisait avec eux l'office de proxënète :^ il les suivait Jans leurs voyages dans rétendue de tout le gouvernement; finalement il était' propre à tout. Le gouver«- Bpevur ili*av^rtit qu U fàiraif le métier d'escroc: et qu il avait attrapé tous ses maîtres : mais comment fàitt} Il parlait le français aussi bien que le Rt^se, connaissait le pays^ avait été pati-tout^ savait pétrir le pain et faire la cuirine ; il 'avait ce qu'il me fallait. Je l'engageai pour >tcoi$. roubles et demi par mois sans y» compiendre. la nourriture. Le gouverneur me permit mênie de le garder avec moi à Kurgan ; iaveutr si grande , que , si on l'avait sue 9 elle aurait pu lui faire perdre sa place : il esi vrai que le nom 4e Russi n'étant pas Couché au passe-port , le gouverneur pouvait fermer les yeux. Quand nous fimes ce voyage , le. drôle connaissant ; chaque village à la ronde ,- se glissa heureusement par- tout.

Pendant les premiers jours de mon'arrivée à Tobôlsk je jouis , je peux le dire, d'une liberté sans bornes : je faisais , recevais des visites,quand et autant qne je voulais; il était rare, que ma chambre fût vide , j'allais » volontiers chez l'ami KiniakofF ; il était établi d'une iaçon- charmante, possédait des livres choisis et principalement tous les meilleurs auteurs

( î^4 ) le pcupk le plus sorial àt son gouvernement. Pendant le tems queje suis à Tobolsk, il pouvait me laisser livré à mon chagrin, aux besoins, à la solitude ; au lieu de cela , il m'invite tous les jours à sa table , sans craindre le regard de ces deux sénateurs qui venaient pour examiner et rendre compte de sa conduite (i). Il va encore plus loin : comme je n'étais pas très-savant dans le russe, il me permet d'avoir un domestique, qui outre cette langue en comprit encore une autre dans laquelle je pusse m'expliquer. Le choix ne fut pas long a faire , le seul homme de Tobolsk qui fût dans ce cas là , était un Italien nommé Russi , qu'on appelait communément Russ : il était la depuis vingt ans ; servant sur la flotte à Cherson , il avait formé le complot , avec ses camarades , de massacrer son officier et de livrer le bâtiment aux Turcs : la trame fut heureusement découverte, et mon cons* pirateur conduit en Sibérie : il. fut inscrit au rôle des paysans et paya l'impôt ordinaire : mais il recevait tous les ans un passeport pour aller à. la ville, gagner son pain selon sa fantaisie, ce dont il vivait à mer^ veille. Cet homme était d'une adresse in-

( I ) Ces sénateurs écaient MM. de Lewaschoflf et de Lapuchin , dont la noble conduite â mon égard est à jamais conservée dans mon cœur.

(1^5 ) croyable y il iàisah. tantôt des saucisses, tantôt des souliers y .servant de domestique à tous les voyageurs , il faisait avec eux l'office de pcosiënète ;; il. les suivait xlans leurs voyages diaoks Tétendtie de tout le gouvernement; finalement il était -propre à tout. Le gouver* nevuc ifi*ayertit qu'il faisait le métier a escroc: et qu'il avait attrapé tous ses maîtres : mais comment Satire? Il parlait le français aussi bien que le Russe , connaissait le pays , avait été pair tout ^ savait pétrir le pain et faire la cuisine; il avait ce quit me fallait. Je l'enga*geai pour iti[ois. roubles et demi par mois sans y: comprendre. la nourriture. Le gouverneur me permit mênie de le garder avec moi à Kurgan ; faveur si grande ^ que, si on lavait sue , elle aurait pu lui faire perdre sa place : il esi vrai que le nom de Russi n'étant pas touché au passe-port , le gouverneur pouvaitfermer les yeux. Quand nous fimes ce voyage , le: drôle connaissant chaque village à la ronde ^ se glissa heureusement par- tout.

Pendant les premiers jour^s de monarrivée à Tobôlsk je -jouis, je peux le dire, d'une liberté Sans bornes : je faisais , recevais des visites,'quand et autant qne je voulais; il était rare, que ma chambre fût vide , j'allais» volontiers chez l'ami KiniakofF ; il était établi d'une leçon charmante , possédait des livres choisis et principalement tous les meilleurs auteurs

le peuple le pltis social de son .gouvernement. Pendant le tems queje suis à Tobolsk, il pouvait me laisser livré à mon chagrin, aux besoins, à la solitude ; au lieu de cela , il m'invite tous les jours à sa table, sans craindre le regard de ces deux sénateurs qui venaient pour examiner et rendre compte de sa conduite (i). Il va encore plus loin : comme je n'étais

Sas très-savant dans le russe $ il me permet avoir un domestique, qui outre cette langue en comprit encore une autre dans laquelle je pusse m'expliquer. Le choix ne fut pas long a faire , le seul homme de Tobolsk qui fût dans ce cas là, était un Italien nommé Russi , qu'on appelait communément Russ : il était la depuis vingt ans ; servant sur la flotte à Cherson , il avait formé le complot , avec ses camarades , de massacrer son officier et de livrer le bâtiment aux Turcs : la trame fut heureusement découverte , et mon conspirateur conduit en Sibérie : il. fut inscrit au rôle des paysans et paya l'impôt ordinaire : mais il recevait tous les ans un passeport pour aller à. la ville, gagner son pain selon sa fantaisie, ce dont il vivait à mer^ veille. Cet homme était d'une adresse in-

( I ) Ces sénateun étaient MM. de Lewaschoflf et de Lapuchin , donc la noble conduite â mon égard esc à jamais coaservée dans mon coeur*

aoyable s il disait tantôt des saucisses, tantôt des souUess ^ ^servant de domestique à tous les voyageurs , il faisait avec eux l'office de proxénète :^ il les suivait .dans leurs voyages dans rétandtie de tout le gouvernement; fi* salement il était ^propre à toutl Le gouver^ nevuc m'avertit qu'il faisait le métier a escroc et qu il avait attrapé tous ses maîtres : mais comment &be? Il parlait le français aussi bien que le Rtisse , connaissait le pays ^ avait été par^tout^ savait pétrir le pain et &ire la cuisine; il avait ce qu'il me fallait. Je l'enga^ geai pour >trois. roubles et demi par mois sans ji comprendre, la nourriture. Le gouverneur me p^mit même de le garder avec moi à Kurgan; iaveur^ si grande , que, si on l'avait sue , elle aurait pu lui faire perdre sa place : il esi vrai que le nom de Russi n'étant pas touché au passe^-port , le gouverneur pouvait fermer les yeux. Quand nous âmes ce voyage , le: drôle connaissant chaque village à la ronde ^ se glissa heureusement par- tout.

Pendant les premiers jour« de mon-arrivéc à Tobôlsk je jouis, je peux le dire, d'une liberté sans bornes : je faisais , recevais des visites,'quand et autant qne je voulais: il était rare, que ma chambre fût vide , j'allais » volontiers chez l'ami KiniakofF; il était établi d'une &çon charmante , possédait des livres choisis et principalement tous les meilleurs auteurs

fratiçatts. J*aUais seul dam les irues et en dehors de là ville i personne au moude ne prenait garde à moi,

Mai$ cela diangea tôu^ànx^up ; un beau matin le .gouverneur me fit prier de passer ch«e lui ^ et avec la ornière bonté il m annonça SCS inquiétudes : Votre arrivée ici^^dk-nl ^ a Élit sensation , on en parle beaucoup et à chaqœ inMant davantage ; je né peux donc vous regarda: comme tin être sasns^ coosé^ qucnce ^ et je dois employer plus de ctfconspection , d'autant que votre .conseiller ne songe pas à repartir : je crains qu'il ne soit là pour observer votre conduite vies sénateurs même peuvent trouver mauvais <|ae je vous traite avec trop d'attcntioiis \ Û m?e paraît d'un intérêt commun, de ne plusvoiis laisser les coudées aussi ftanckes,; je vote prie donc, ( cet homme généreux pouvait ordonner , il me prie) de ne plus recevoir xhez vous que la visite du /médecin ; n'aHez non pdus chez personne ^ excepté chez lui et chez moi ; à chaque instant du jour ma maison vous àera ouverte. Je le priai d'excepter Kiiiiakoffô A leva les épaules , convint d^u mérite du jeune homme,. il aimait sa société; mais, quoiqu'il fax en tout convaincu de son innocence ^^— îl est mal noté , me dit-il , cela suffit pour vous faire tort •, mon cher monsieur , fiez-vous^ ^en à moi. Je le remerciai de la bdntié avec

( 1^7 ) lioueile il voulait bien déuiller ses motifs , et fas. sans répliquer tout ce qu'il m'avait dit.

Je n'avais eu jusquaiors pour ma garde ou un vieux bas-offici^ appelé Ivanovitsch : c était un bon vieillard , mais borné : il restait dans mon antichambre où il dormait presque toujours : oa m'en envoya un plus jeune que le premier qui ne me gêna pas davantage : tous les deux me servaient , faisaient bouillir mon eau , ils allaient au marché : mais ils avaient grand soin d'écarter tout le monde à l'exception du médecin : si je voulais sortir, . un des deux me suivait» Je vis bientôt qu'on les avait chargés d'observer de près ma conduite , cepet^nt excepté d'aller voir quel* 3u' un , j« pouvais me prometier dehors et ans la ville, ils me laissaient en pleine liberté.

Par le moyen de mon fripon de Russ je pouvais correspondre avec mon bon ami; nous nous dotinions rendez-vous sur la place^ sous les arcades des marchands » et quand on notis croyait tous deux occupés à regarder des marchandise&9 nous prenions cet instant pour nous glisser des mots.

En vain eussionvnous craint d'être jama^ trahis ; 1^ malheureux bannis sont assurés de la pitié publique. Plusieurs marchands , la ptvmîète fois que je me trouvais avec eux , me soufflaient dans l'oreille : Voulez- vous 'envoyer une let^e > donnez:lar moi^ je la ferai

passer. Ils s'en chargeaient sans le moindre intérêt y sans demander la plus petite. -choise. La manière même dont Us nomment les bannis paraît être dictée par un sentiment tendre et par la conviction de leur innocence.. On les appelle les malheureux ( neschtschastii )• Qui passe } un malheureux , et jamais je n'ai entendu donner aux bannis un autre nom ^ sur-tout jamai$ une dénomination humiliante et qui désignât le crime.

On attache 9 dans l'étranger 3 des idées si fausses , ou du moins si obscures à ce quon appelle Veocil en Sibérie , . que je crois rendre service à mes lecteurs en répandant un plus grand jour sur cette manière. Les exilés se partagent en plusieurs classes^ très-différentes les unes des autres.

Première classe. Elle est composée de malfaiteurs atteints et convaincus des crimes les plus graves, condamnés en justice, et dont la sentence a été confirmée par le sénat de Pétçrsbourg. Ces criminels . sont condamnés 1 travailler dans les mines de Nertschinsk 5 on les y transporte enchaînés et à pied , et leurs souffrances sont pires que la mort. D'ordinaire , ils ont subi auparavant le châtiment du knout , et on leur a fendu les narines»

Seconde classe. Elle comprend cette espèce de criminels qui , moins coupable à la vérité que la première, a cependant été

condamnée

joondamnée à Texil par voie de jugement. Oa les inscrit, en Sibérie, sur le rôle des paysans ou des serfs; on les débaptise, et en leur nouvelle qualité et sous leur nouveau nom, ils sont obligés de cultiver la terre. On en rencontre plusieurs, dafn^ cette classe , à narines fendues ; . cependant , fl dépend d'eux , s'ils aiment lé travail , de gagner quelque cbose et de rendre par la leur sort plus supportable: leur châtiment même peut servir à leur amendement.

Une troisième classe consiste en ceux que la loi a condamnés, à la vérité, 'mais quelle n'a dévoués qu'à l'exil, sans y ajouter aucune circonstance infaniante ou oppressive. Sont -ils gentilshommes? ils ne sont point dégradés par là ; on leur pernîet de vivre sans v contrainte dans jes lieux de leur destination ,• de faire venir de l'argent dé chez eux ; ou s'ils manquentde cette ressource, la couronne leur fournil vingt à trente kopèqnes par jour, et au-delà^

Enfin , la quatrième classe renferme ceux qui , sans formé de procès y ont été exilés '. arbitrairement , et par lettres de cachet. On les assimile cTordinaîre, en tout, à ceux de la troisième classe. Ils osent même adresser, à leurs familles ou à l'empereur ,- des lettres ouvertes tjuî passent- par les^ mains du qôu-' v^meur i quelquefois .on les. renferme da'hs, une forteresse , ou on les met aux fers. Cette '

dernière circonstance est cepeiwlfuit ra\rç;:, et. Sous le règne doux et clément, a jV^lexandrp I, cettè^ quatrième classe à qntièrjyprient cùs|)^^i,

J'ignore a. laquelle de ces deux derrières classer appartenait mon com pagnofî de voyage, Iç lielitenani-colonel.de Ra^n ; il paraissait; destiné, à un sort très-dûr, car quoique à son arrivée à'Tobolsk le-gouyerneur lui fit espérer qu'il resterait dans cette ville, et quoique, encouragé par ces insinuation^ 41 eut! commencé, à s'arranger , à se fournir d'habits et de plusieurs effets, iJ reçut, deux jours après, l'ordre de se rendre tout de suite à îrkutzk. On ne lui laissa pas deux heures de-iems pour se préparer, et je n'en ai plus entendu parler. A peine lui permît-on de redemander du taîileiar et d'emporter avec lui ses habits taillés et non cousus. Sans doute que le gouverneur avait reçu les ordres les plus précis, sans quoi il eût écouté la voiic^de'1'hiimanilé.

J'avais , à l'aide de mes nouveaux amis.et

heures OÙ' jô mèntretfena;^ avec elle • jÉtaien|: les seules qui mêlaient,' au calice' amer de

^mtm

. ( I ) La moitié de <ic$ lettres ^k parvenue heureusenjcnt à sa destination. ' . . '

f î7r )j mes: toarmens , . une goutte de douceur; Dui reste , à mon. grand, étonnement , ma santé sô soutenait*, et je me faisans une loi de me distraire de mon mieu3C« ^

Le ccmseiller , dès les premiers jour^,. avait quitté ma demeure pour aller loger chez un^ soi-disant ami. Je fis le signe de la croix^ après lui ^ content et heureux de pouvoir désormais me. livrer sans^ intetraption à mon: chagrin. J'employai la plus grande partie de^ mes. matinées. à^ mettre* par écrit J'histoire de' mes- infortunes* Au- lieu d'encre ordinaire,. je: me servais dencc^ de la Chine , quon-ttouve^ ici bonne et à grand marché , et • que je dé^ layats^ dans le vase qui me servait à baigner: mes^ye^. Vëcsjnidi, je faisais une promenade: oa mofitaistsur les rochers qui ^ environnent i Toholsk> et que ' les torrens ont' diiavés :d*'une^ manière pittoresque». Dd là je contemplais^ rimmense savfacé des eaux qui inondaient: lôs environs et les forêts épaisses^. qui cou*tonnaient d^totites parts l'horizon s tnon oril^ reposait sur» chaque ' voile' , et nKwi imagi- • tiiationy^plaçait 'ma- famille; Je dînais presque: t^us les ^ jours chez le gouverneur ^ quelque ^ fôis-cheB'ie conseiller Peterson y rarement au légWrf Je^ne quittais jamais MJ de Kuscheleff sans consokèion, ou da moins 'sans que mon chagrin fût allégée S% délicatesse et sa seti^ sihiliié- savaient ' tr>ouver ^ plus d'un chemin .

' ( 17^ ) ^ |uSqua,mon'coeur , et y nourrissaient, de plus d'une manière , la douce espérance.

V Lui-même n'était rien moins qu heureux. Souvent , assis à coté de lui dans son pavilloq , nous jetions nos regards ati-delà de la masse des eaux jusquessur les immenses forêts qui nous environnaient. Un jour , laissant un libre cours à ses sentiniens ^ il me dit , en étendant la main : Voyez-vous ces forêts ? elles. s étendent l'espace de onze cents v^erstes jusqu'à la mer glaciale. Le pied d'aucun hommjs ne les a encore foulées, elles ne sont habitées ^\ic par des bêtes sauvages. Moa gouvernement comprend en milles carrés plus d'espace que l'Allemagne, la France et la Turquie européenne prises ensemble*, mais <jueis avantages ^peut-il m'oifrir > Il ne se passe presque pas de jour qu'on pe.m'amène des malheureux, ou seuls ou par troupes , que je ne puis , ni ne dois soulager , et dont les ctis me déchirent le cœur. Une responsabilité dure repose sur moi j un hasard , un événement que toute la prudence et la force humaine ne sauraient prévoir'; une délation secrète et maligne suffit pour m'enlever mon emploi, mon honneur, ma liberté. £t quel dédommagement ai - je pour tout cela ? un pays désert , un climat rude , et lé commerce des malheureux.

Depuis long-tems il s^e nourrissait de i'idée de demander sa retraite^^il ne l'avait pas encore

©se tdhter. Puîssc-t-il ne le faire jamais ! Qu© deviendront les pauvres exilés , quand lui ,

3ui est leur frère et leur ami » ss séparera eux ! Puisse-t-il trouver un ample dédomniagement de tous ses sacrifices dans le sentiment de son propre cœur ! O quand un jour cet homme se présentera devant le tribunal de Dieu , environné de tous les innocens ou infortunes dont il a adouci les peines , aux larmes desquels , qu il ne pouvait essuier , il mêlait les siennes *, quand tous élèveront leurs voix pour le bénir, quelle plus grande félicité le juge suprême pourra-t-il lui départir? Vers" lé soir j'avais coutume de faire uA tour en ville ou sur la place publique. La ville est assez grande \ elle a des rues larges et alignées ; les maisons sont presque toutes de bois *, cependant il y en a aussi de pierres^ bien bâties et dans le goût moderne. Les églises , dont le nombre est très - grand ^ sont toutes massives , les rues pavées ou plutôt planchéyées de poutres^ sciées en deux , ce qui est beaucoup plus propre et plus commode que les cailloux. La ville est traversée dans toute sa longueur par des canaux navigables, sur lesquels on a jeté des ponts bien entretenus. Le marché ou la place ( le basar) est vaste , et on y trouve , outre les denrées de première nécessité , une grande quantité de marchandises chinoises et euror

{ «74 ) ffëtfifies. Ce$ marciiandises y soift extlafeh^c^ jnent chères , mais tomes les détstéss à des ^hc trÂs-inédiocr«& La filact foarmHfe sans tresse de gens de :toiJtes les nations » sUr-iout -àc Ru^es et de Tartates , de iCirgises et de Kalmouks. La lialle aa poisson ma ofFeit. sCin spectacle tout nouv-eau ; une quantké de poissons de toute espèce , que je ne connaissais jusqu'alors ^que pa^ les descriptions , $y trouvaient exposes en vente , moxt» et vivâm ^ â terre , dans des tonneaux, dans des baftqtîesi. Les esterJèies { acipemer rutfmrms ) à un prix des plus vils , le huso ou poisson royai , < acipenser kuso ) , k^ilure ( silurus jglanis) etc, ; du caviar de toutes les couleurs^ de toutes les sortes ^ sec et liquide, &in^ i^odeut 4nfecte qui régnait dans cette halle ^ ;e m'y «serais souvent arrêté plus lohgHetm.

^ La euriofité m'a queiquelois toflduit ail «pectacle. Li salie «tt iui$ez grande ^ etiea uà rang de loges. La plupart de ces loges ont leuf pTopriétaire, et celui-ci étatit en droit defonî« ïet de la meubler à son pé^ cette Variété offrait un coup-d'œil très-piquâot, Des^ étoffes de soie , souvent riches et de couleurs bizarre^ , cou*vraient labalustrade. Dans Tintétieur des loge$^ on avait placé des lustres avec des miroirs i le tout avait , il tsx vrai , un air ârfatique \ mais au premier coup-dœil on en était frappé* L orcbe$ue était exécrable* La troupe était coiti*

posée à'txiîés. Bc ce nombre était l'ëppUse de motï dïghb 'Jîô^ii\ hàtîvc de Révàl , et qui tranispOrtèe en 5îï)'érîe polir sa mauvaise coiv- "dWtc,y avait trouvé dans là personne dé mon ^liojfsi un digne époux , et remplissait âctueliement , sur le thféâfre national de Tobolsfe lès rôles de mères et de matrone^. Les décoràtibris , la gardèrobè , te jeu , le chant , tout feit aivdesisbiis de la critique. Un |ôur on donnait Uiî Cbérli-tômiquei UX^oher Soldai jf le bon soldat); fài ôu1>lié le nom de la secondé pièce. Je ny pus fenir, les deux fols, àû-afelà d*an quart d'heure. Ventrée , au iesre, We tbûtàîti aiix premières places , que trente kôpeqtieis ( a-péu-prês quinze soiis. ) '^

On à donné avec beaucoup de succès Jj//- 'sàhtfiropte et 'Repentir ^ X Enfant de V.arAoùr ti quelques "autres de nies pièces. On avait à rëtu^e îâ Vierge du SoleUi mais le^ décorafîôns et la garderobé exigeant dfes dëbenses qiii surpassaient les forces de Teiibepteheur , oh avait pris lé parti de faire liné Collecte chez lés principaux de là ville, pôdf V subvenir.

Il y avait aliisî à Tobblsk un club • line ressource Y je crois qu ils .rappelaient un càsino. J C etau un Ifalien a narines tendues qui èh était rfeôfê. Il avait côriirnîs un hiëurtfcl et après avoir hêiireiiseifieht subi là peine ûU klibut , u gâghàît' son paîri de cette ma-

(/7tf )

«ière. Au reste, je ny ai jamais mis Its pieds.

Pendant mon séjour dai^s. cette ville, on y *a donne un couple de fois bal et masca^rade en Thonneur des députés du sénat. On m*y avait solemnellemerit invité i mais peu curieux d'y donner en. vue ma personne et ma misère, je refusai, et ne puis par conséquent rien ,dire du beau sexe de Tobolsk, A 1 exception de Texcellente famjlle du con* seiller Peterson , et de la fille belle et aimable du colonel de Kramer , j'ai vu à peine à Tobolsk une femrne de condition.

J'aurais aimé, de . préférence ^ à me promener dans les environs de la ville , si la f haJéur insupportable qu'il faisait de joue , et les cousins encore plus insuppprtal^Ies qui. me tourmentaient le soir, ne se fussen^t opposés souvent à cette récréation. Il ne se passait pas de jour , où le thermomètre de Réaumur ne fût à lé — 28 degrés ; nous avions régulièrement par jour quatre, cinq, à^six orages, qui venant de tous les côtés semblaient se livrer bataille , et versaient sur nous une pndée abondante , par laquelle cependant l'air était peu ou point rafraîchi. Malgré toutes ces chaleurs la nature y étoît fort avare de ses dons , et je n'ai pas rencontré un seul arbre, fruitier. Le jardin du gouverneur, sans contredit Je plus/ beau dii pays, les of&ait en peinture sur la clôture

( 177 ) de planches qui Tenvironnait. On n'y voyait en réalité que la bourdaine f Rhamnus JrangulaJ ; 4'arbre à pois de Sibérie ÇRo^ binia Caragana , et le bouleau fBetula albaj. Cette dernière espèce est très-commune en Sibérie , mais petite et naine. On prendrait de loin un bouquet de vieux bouleaux pour une touffe de jeunes plants d'Europe. La bourdaine est l'arbuste favori des. habitans de Tobolsk \ on la plante dans les rues devant les maisons*, on l'aime à cause de s&i fleurs odoriférante^ , et un peu faute de mieux. Du reste, on trpuve encore dans, le jardin du gouverneur quelques buissons de groseilles rouges et vertes 3 des' plantes de choux malingres et effilées, et quelques concombres en fleurs. On trouve dans les environs de Tiumen des pommiers , dont le fruit est de la grosseur d'une noix.

Ce que la nature a refusé en fruits à ces^ limàts , elle le leur a accordé dans la. plus ande abondance en bled. Le bled sarrazin Sibérie C polygonum tartaricum J nu parmi nous, se resème sans culture, demande d'autre soin que celui de le ter. Toute espèce de bleci réussit à mer-, veim L'herbe y est épaisse et succulente 3 le s0 par-tout d'une terre noire et légère , exige jamais d'engrais. Les paysans, trop esseux pour transporter peu-à-peu le fu-*

mîcr de leurs ëtables et de leiws? éetitléif se trouvent par là quelquefois dam nti sitt^

fulrer embsnas ; au point , que le cùnstiUtt ctetson ij/a assuré, quertknf e» sa qualité de «médecin de k' contrée, obligé d y feif e de fréquens voyages , il était un jottf aivivé dans un village, dont les paysans étalent oc* cupés à démolir leurs maisons pouir leisi^ re^ construire ailleurs, parce que les m^ntagiike^ de fumier qui Ibtf environnaient, kut'parai** saîent plus difficiles à transporter.

Aumnt les chaleurs sont insupportables en été , autant le froid' Test en hiver ,^ et le thermomètre descend souventà quarante degrés ait dessous dé zéro; Le conseiller Pèterson rndt appris une expérience qu il- firit tous les ans r elle consiste à faire gelfer le meiture , à eii tiiilltac avec un canif de petites ÎSgures j e^à Ita envoyer au gouverneur , bien enveloppées dans de la* neige.

Du-reste, ce climat rude est très' sain. Mon* médecin ne connaissait' que deus: maladies dominantes, mais faciles à évîtcr» : cestla'V.é.« at des fièvres- de refroidissement, qui provicn-» lient des* changemens rapides dans la tempé^ riEcturc de* laîr, au coucher* du sdlèiL II' nef iiiut en* Sibérie que la* continence et-un surtout vers le soir, pour y atteindre une vieil^ lesse saine et avancée.

Jcr passais- mcsi^sokées;à* lire. Mfct amis P6-:

\erson et ^inîakofF m avaient fourni ^uelcjùes bons livres , que j'appréciais aii q^uadruplc 3ans cê^ contrées. , ^

. Je me flattais toujours 4e l'espérance' de pouvoir rester a TôboïsK. Le i^ôuverneur né faisant aucune mention de mon départîmes àinis conjecturaiiént qu if n attendait que celui des sénateurs et du conseiller, pour m accorder la permission de rester; Les sénateurs partirent eÔcctivemçnt pour Irkjutzk . mais le conseiller ne s ébranlait point. J ai appris depuis , qu li ne s arrêtait que faute d argent, et qtiil atten« daît pbiîr partir qu un hiàfchand de T pbôlslc^^ qu'il avait promis de mençrayec lui franc de posté , moyennant qu*iT en fut défraya çh^rôute j, ss^ décî.dat. Qudque natureH^qùe fut la' solutîpn de celte énigme,. il était difficile dé la; deviner. Quoi donc de plus naturel que dé le pferidré Juî-niemé pour lui espion , comme nôiis lé fîmes ,' le gouverneur et moi. ] tes quinze jours qui ni'av/aient été accordés touchaient à leur terme. Un dimanche, le

latih , |é parus chéj^ lejrouverncur pour lui aire ma cour , car les exilés de la troisième

et quatrkme classe étaient dans lusaee de sy présenter, ce jour-Ja en uniforme, mais s&iis épéc^ te gouveciîeiir me prit à part et m annonça, que j eusse a me préparer a partir le lendemain , vu que , par des raisons qui m étaient conpues, il île pouvait pas

me garder plus lohg-tems à Tobolsk, Je fus consterné y cependant je ne fis pas la moindre objection , et me contentai de le prier de m accorder deux jours , afin de pouvoir dans cet intervalle me procurer plusieurs choses dont j'avais besoin , et que je ne trouverais pas sans doute à Kurgan , et principalement

Jour vendre ma voiture qui ne m'était plus aucun usage , et dont le prix de vente servirait à recruter ma caisse épuisée. Le gouver-* neur m'accorda ma prière de la manière la plus gracieuse , et je me hâtai de faire mes préparatifs de vojage , poqr ne pas abuser de ses bontés. '

Le plu$ riche marchand de Tobolsk ( j'ai oublié son nom ) m'avait fait oi&îr quelques jours auparavant, cent cinquante roubles pour ma voiture, qui m'avait coûté le uiple, et que par conséquent j'avais refusé de céder à ce prix. Forcé maintenant par la nécessité d'accepter 5on qfïre mpdique, je ^voulus la* lui céaer ^^ ^âfs il eut la dureté et l'impudeut de m'en offrir vingt-cinq roubles de jïioins. Je fus. obligé d'en passer par là-, et ce procédé m'indigna moins qu'il ne révolta le orave gouverneur , qui témoigna dans les termes les plus énergiques son indignation, et me pria sérieusement de- faire de ceuc anecdote le sujet d'une petite comédie qu'il me promit ^ si je h lui tbufnissais eti fraijb-

çais , de traduire en russe, et de faire' jouer sur le Théâtre de Tobolsk. Hélas» j étais peu . disposé à composer des comédies !

J'avais fait empiète de sucre, café, thé, papier , plumes , et d'autres objets de cette nature. Mais ce qui me tenait le plus au cœur c'était des livres , car con\ment passer fhiver sans lecture ! Le bon conseiller Peterson me donna ce qu'il possédait ; mais sa bibliothèque n'était , guères composée que d'ouvrages de médecine et de quelques relations de voyages que j'avais déjà lues. Je trouvai moyen cependant de faire avertir mon ami Kiniakpff de mon départ prochain , et de mon besoin de livres. 11^ m'écrivit qu'à minuit, quand ma garde dormirait, j'eusse à l'attendre àipa fenêtre. C'est ce que je fis , et trois nuits de suite il m'apporta les meilleurs ouvrages de sa collection, entre autres les œuvres de Sénèque , qui ont été depuis pour moi une source de consolations.

J'écrivis à ma femme et environ à une* douzaine d'amis généreux de Russie et d'Al- ]emagtie y je fis un seul paquet de toutes ces lettres , je l'adressai à mon ancien et Jîdèle' ami GraumanUy négociant de Pétersbourg, et j'en chargeai le Courier Alexandre Schulkins , avec promesse que s'il remettait fidè-' lement le paquet, mon ami Graumann lui paierait la somme de cinquante roubles^ Cette

Ji<i3 , ,, ■

ftanîeré mè psfrift ti rtieitleàfe pour fiîrê parvenir le paquet à Son adresse ; ef févè- , nement frfâ' proùVe ^ue fàvais' bîeïi cohfectûré.

^ Lcs^pïéparâtîfi'cré mon voyage étaierft achetés. J^en prëvîii^ le goWeriieiir, et sachant qu*un 6^-officîef devait m'atcômpagnef à Kùrgàn,' ft le -pi'M de charger dé cette côrhmîssiôh* FJiohftê^e André Iw^âno^îtscK , nîàlgre son' graiîd âge. M. de Kusùhéléfî', qui lîc me réfusâîi rien dé ce qui était en son pouvoir 3^' rtvacîcorda cette girâéel II fit' plus ; il me crhargëa dfe lettres" de recommandatioii pour lés nobles d^ Kurgah, me fît présent, en pàrtanV,* d'unV caisse d'excellent thé dé la Chine, et' èé qui me fut sur-tout agréiable , nie promit de' rrî'envoyér réguli'èremérit', tous lés liiiîf jblirs , le journal de Francfort', qu il' lisait. ft a* tenu patole, et , comme' je lai' appris' dfepuk, a' beaucoup "risqué par cette coni-' plaisai\ce.

Mon kîbik , line vieille charrette usée ,

fi d

5xé au lendemain du mien, ce qui ipe fît^ lautarit plus de plaisir que je .savais quîl

était porteur de mon mémoire à l'empereur. Ç partit, au reste, très-mêcQxitent ^u^jgouveineux ' qiiî, pendant* loiit' le teinV de soir

wijom i Toi>ôlsfc ^ ne f àvciit pi^ une sévêo foig invité à dîner.

. Ce fut lé 1 3» Join ^ à deux heures aprcs^ ttAèi^ <|iss je descend is* tristement ^or le ri-: yâge où ma- vènote avâh défà été embarqeiée^ Eîfi chemin ,* il ny arriva encoore une plaisante avemore. Utie jfeflwné ru^ , assex bien mise ^ sM^trète^ me feîft force cornplimens sur mes comédies. Le moment me paraît des^ plus mai^ cfroiSki -, j^ ^ettx passeï^ outre, après une légère inclination. Point dii^ tout y elle m'arrête ,- s aiîttt)iicé comme étant de k troupe des comédiens? de- Tobol^ , et méprend quoii Fat chargea du r61e de. lé grsmde^ prêtresse dans ma pièce , qui a pour titre fclî /^i5^/g^^^^o/î?//,qir ignorant le costume de ce rôleP,. elle me prie dfe le lui* décrira* E>a4)s tdUt autre moment, jèf lui^ aurais' ri' aiï . n'tt^ iflais j'étais* trop' mal' di^osé pat la cSiîcônstatîdê de moh départ: je me fâchai et'lul dîs'j éft frbfiçant le sourcil^, qu'un banni ôdnfift'é dans la^ Sibérie', rfavaif aucune ènvîe de s6t<ûp6f âveéS die' du costume 'péruvien j etén lèf'p^iantde^ choisir mi habillement seloâ ^Ti goût V je la^ j^laîltai lài

La route- ordinaire de" Kurgan,» passe pal» lâ-petîtê vîilé de* Jaluter^', et nest-alors que d^ 427 ^etstèTs;* Mais lïnoiidation quicontîîftiài^ tbuf toj^s , hôuB forçai d^ rétto^àd^ Jwgu'à^ Xiuiîîen:,. q^ cw^sièf^ la>.fronttôrcv^r

(iS4)

Ac nous diriger (de là au sud. Nous passâmes ia nuit à Tiumen ^ chez on greffier qui nous recueillit avec l'hospitalité la plus franche. Quiconque m'eût dit, trois semaines plutôt^ que je reverrais de sitôt cette ville, eût été accueilli par moi comme mon sauveur, comme lange de ma liberté. Maintenant je revoyab Tiumen, et ma liberté paraissait plus éloignée que jamais.

Nous payâmes dans ce trajet les chevaux au prix cle Youcas , c'est- à-dire, à un kopèque le wcrste pour deux chevaux , ce qui ne revient pas même pour un mille d'Allemagne, à la somnie infiniment petite de six sous.

A quelques postes de Tiumen je vis dans une forêt humide un phénomène de botanique, dont j'ai fait mention, depuis mon retour ,-- à plusieurs savans botanistes, qui tous, n'en avaient pas la moindre connaissance^ Dans un espace d'environ six cents pas on voyait une immensité de fleurs rouges, sur chacune desquelles semblait reposer un paquet de neigé. Cela me frappa; je fis arrêter^ je cueillis plusieurs de ces fleurs , et voici ce^ que je trouvai. A un pédicule d'environ cinq pouces, dont les feuilles (autant que je m'eii rappelle) ressemblaient à celles du muguet, était suspendu un petit sac à ouvrage, d'enxm)a ua pouce et demi carré^ ayant aux deiur

bouts supérieurs des cordelettes comme poilt le fermer. Ge sac ou ridicule, dont on voyait le dedans comme le dehors, et qui des deux côtés était du plus beau rouge pourpre , était recouvert d'une feuille en lorme de cœur,

Proportionnée au reste, dont le dessus était lanc comme la neige, et le bas de la couleur du sac Cette feuille s'ouvrait et se fermait à volonté , et servait en quelque sorte de cou- . vercle. Il m'est impossible de dire à quel point cette fleur , qui au reste n'avait point d'odeur , était charmante* Je crains beaucoup de ne* pas m'être exprimé distinctement, n'étant qu^un novice en fait de botanique ; mais ce que je puis assurer , c'est que cette fleur servirait d'ornement à totis les jardins. L'abondance'- où je la trouvai me fit expire qu elle était commune en Sibérie , et me fit négliger d*en emporter quelques-unes. Je l'ai milLi fois regrettée depuis , car cesi en vain que je l'ai cherchée à mon retour, et personne ne la connaissait ( i )•

A une demi-journée de Kurgan nous passâmes la nuit chez un pope , où nous trouvâmes une bonne chambre fournie, de toutes - '^

( 1 ) Le conseiller Pererson , auquel , à mon retour de Kargan , )e fis la Hescription de cette neur, en fut très-curieux , ec se proposa d'essayer Tannée suitante s*il pourrait se H procurer. Ayant été obligé, comme fe Tai dit, de faire un grand détour â cause àt% inondations , il se peut que j'aie nic.eâvctiYcmeac iiac découvert^ de bocaiûqiiç.

'coup (Th'oipîtàlifé, etbù , à môh-gratid'ëtohliémem , ôïi ne riàus dèmàiiâà p6%it iiotrê ^cot le lendemain. J'appris que là coiïiibiinè du village entretenait à frais coi'i^niùtl cdtté chanrbre , et avait fait cet arraTtgeiifierit pour la commodité des voyageurs. Peut-on -pànésèt pluà loin la vertu et te devoir dé Thoèpitidi/é I Nous ne vîmes paraître aucun paysan pdtîi; Recevoir nos rcmefcîmcns.

Ce fut à qu'at£« heures de 1 aptôs-rnidi qù^ •fe découvris lâ ViJle dfc KUrgan. Un sfcurdochet ide peu d'apparence s'élevait du miliètl d'uH groupe dispersé et peu imposant dé ihaisbhjf, i,a ville est située sur la rive oppoéfe, et iiH -p^u élevée da TobWlj felfc est èhvfrdtitiëé wunebl'uycre nue etstérîîé <Jbi s'ékèrid de tbtô tôtës, Teépâcé db cjû^lqties verstfes', j'ùsqu^à des cottiineà boisées, et <jue coiipcht lirt '^AnH, nombre de lacs gaiiiii de roseaux. Le tèitii teluvieux ne rehdâit ptis cette viife plus riàntèi jLe nom même de Kurgan , ^.ui sighlfié fomè}e^^, m'avait paril dé{Juîs Ibhg-tcms d'Un itlau^a^s auguré. D'Un teil Huhîide et 1^ 'c'clbUr'6ppffeé^ë je me i^oyàîi^ iii lëriiié dé incs.maux pâ^"és, et i rentrée de nies peines futures) et rîtiondation nous obligeant de ilows approcher de la ville pat plusieurs détours, et en suivant les sinuosités 4c notr^ Nouvelle route ^ j Wtout le teois qu'il fathlt

ipcktir xonsîâcrer de tons les cotes ^cette tomBe ^oî /devait hi'enfermer toat vivant.

Aa mtlieii des cabanes de ims*, qui tontes n étaient qua Teas^de-chattssée^ s'élevait une seule maisem de ^enre^ assez él^amment bâtie , un palais en companrcxm du teste. Je m*informai xiu nont du ptopriétaire , et Ion ^ti apprit mi'eHb appartenait à nb certain Rcf^ sèn on /tosm , ci-^devant vice-^èuvemeur ^e Perm ^ et qui àvàtt xiei leices dans to$ •Montrées.

Le goât bisam de cet homme qui 1 avait ^orté a choisir ce coiik tk là terre pour y établir sa demeure, n'était guère propre à nife iaire i^echerclier èa connaisiance. Cependant 9on nom était allemapd^j'osa» du moins esfétet qu il descendait dune £utuile allemahdé* Ce nom même était dépais long tenis clier à làoncoeiir; il me /appelait un ami sincère et fidèle 5 le vieux baron Fiédéric de Rosen lét son incompatable épousb^ que j'honorais comme ma seconde mère : couple généreux » qui si souvent avait calmé les peines de ma vie et dont maintenant le seul nonl suffisait poule m'inspirer de la consolaftion et de^a )oie à ime -distancée iticoitimchsiirablé. •

Après bien des tours et détours, nous parvînmes à une espèce de pont volant ^ composé ^e poutres jointes^ et attachées pat les deux bouts aux deux rivages du Tobolr«t le jouoi

its vagues» Chaque voitttre qui passait sur ce pont y le faisait enfoncer, et il fallait beaucoup d'attention pour ne pas perdre de vue la partie du pont qui surnageait, tt qui servait seule de guide a ceux qui passait sur celle qui disparaissait sous eux.

Kurfi^n est composé de deux rues Iarge$ et parallèles. Nous arrêtâmes devant iine maison oiV était le siège de la, justice ordinaire du pays i mon bas-ofEcier entra , et ressortit bientôt après avec la nouvelle que le gorodrnitschei^ ou maître de police /était absent, et que le président du lieu le remplaçait» Il falliu ^onc me mener chez lui. Nous avançâmes quelques centaines de pas , et en arrivant a sa demeure , je fus annoncé , et invité à entrer au bout de quelques minutes.

Je trouvai un vieillard dont la physionomie était très-revenante , mais qui crut , dans cette occasion , devoir prendre un air solemnel et imposant. Il me salua froidement , mit ses lunettes, déplia les ordres et les papiers qui me concernaient , les lut posément 1 un après l'autre, sans faire aucune attention à ma personne. .Je crus devoir lui donner un petit avertissement sur la manière dont je deman-*dais à être traité pour le présent et à Tavenir \ je pris une chaise, et m'assis. Il me jeta, de côté, un coup d œil de surprise, mais continua de lire sans dire un seul mot.

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