ACTE I, SCÈNE IV. l
THERME
Si VOUS saviez avec quelle chaleur, Elle me demandait Tétat de \otre cœur:
Et combien en parlant des attraits de sa nièce Un sentiment jaloux redoublait sa tristesse 5 Vrai , j'en avais pitié.
LE CHEVALIER avec ironie.
L'excellent naturel î Mais pour la plaindre ainsi , suis-je donc si cruel? As-tu peur de me voir, dédaignant sa tendresse, Par d insolents mépris outrager sa faiblesse? Non certes , je sais trop ce que riiumanité Réclame en pareil cas dVgards et de bonté , Pour la femme sensible à qui Ton a su plaire. Et je vais de ce pas. . . .
THERME l'arrêlant.
Gardez- VOUS d'en rien faire.
Sur les moindres détails de cet amour discret , J'ai promis , envers vous , le plus profond secret, Et ce serait, monsieur, vouloir me compromettre....
LE CHEVALIER
A cette raison-là chacun doit se soumettre.
Eh bien! soit Tu seras d'autant mieux obéi,
Que je veux avant tout savoir de mon ami S'il adore toujours madame de Sénanle.
THERME
On voit assez vraiment qu il la trouve charmante; Mais de sa passion il est un peu guéri , Depuis qu 11 doit sans cesse amuser le mari. Savez-vous bien, monsieur, que cette charge est rude, Et qu'en lui conseillant d'en prendre l'habitude Pour être mieux reçu , vous avez , entre nous , Plus exigé de lui qu'on n'obtiendrait de vous?
LE CHEVALIER
Cet ennuyeux emploi , j'en conviens, doit déplaire ; Mais demande aux amants quel en est le salaire?
l6 UIN'E AVENTURE DE GRA.MMOKT.
THERME
J'entends venir quelqu'un.
Laisse-moi.
THERME
Songez bien Que de ce qu'on m'a dit mon maitre ne sait rien.
LE CHEVALIER
C'est bon.
THERME, à part.
Voilà de quoi rompre le mariage.