‹ Une aventure du chevalier de GrammontChapitre 47 sur 55 · ACTE III, SCÈNE X. Gj · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE X. Gj

LA MARQUISE

Mais si Ton vous aimait , on en serait jalouse.

LE CHEVALIER

Je puis vous rassurer, madame, je Tépouse.

LA MARQUISE

Sans l'aimer?

LE CHEVALIER

Ah ! vraiment je me garderais bien De faire entrer Tamour dans un pareil lien.

Quoi! VOUS Tépouseriez?

LE CHEVALIER

Sans vous être infidèle , Sans m'éloigner de vous , je vais trouver près d'elle Ce calme de Thyraen , où l'àme innocemment , Des troubles de Tamour se repose un moment. Je cherche dans ces nœuds un peu de solitude , Ce bonheur nonchalant qui naît de l'habitude, Dont la rivalité ne peut vous alarmer.

Et qui laisse à nos cœurs des loisirs pour aimer.

LA MARQUISE à part.

Le monstre ! (Haut.) Ah I je n'ai pas tant de philosoplile ,

Tout partage me blesse, et je me glorifie

De ne pouvoir aimer si raisonnablement.

Mais quand vous proposez un tel arrangement ,

Vous faites assez voir l'amour qui vous domine;

Je n'en puis plus douter, vous n'aimez que Delphine.

LE CHEVALIER

Ingrate ! osez-vous bien me blâmer, entre nous , D'avoir pris ce chemin pour arriver à vous? Pouvais-je , sans danger, essayer de vous plaire , Braver de vos amis les soupçons , la colère , Avant d'avoir acquis , par un heureux détour. Le droit de vous parler à chaque instant du jour? Montrant à tous les yeux le trouble de mon ame ,

68 UjNe aventutxE de grammont.

Il fallait les tromper sur Tobjet de ma flamme :

Cest alors cjue formant un dessein courageux ,

Je parus à Delphine adresser tous mes vœux.

A rester près de vous elle était destinée ,

Ma vie à votre sort allait être enchaînée ;

Et Taspect enivrant d'un si doux avenir

M'a séduit, j'en conviens ; pourriez-vous m'en punir?

LA BIARQUISE.

Non ; mais ainsi que vous , à mes projets fidèle.

Je saurai me soustraire à la peine cruelle

De vous voir accomplir un hymen que je hais.

LE CHEVALIER

Qu'osez-vous dire , ô ciel I... vous , me fuir? non jamais. Eh quoi î de cette enfant

LA MARQUISE

Je veux le sacrifice.

LE CHEVALIER

C'est à AOtrc beauté rendre bien peu justice , Que de craindre un instant qu'on hésite entre vous. Mais je suis trop flatté de ce soupçon jaloux, Pour n'être pas ravi d'avoir à le détruire. Ainsi donc , commandez.

LA MARQUISE

Eh bien , il faut m'écrire....

LE CHEVALIER

Tout ce que vous voudrez j dictez.

LA MARQUISE montrant nne table.

Mettez- vous là.

LE CHEVALIER allant à la. table.

Me trouvez-vous assez soumis comme cela 7

LA MARQUISE souriant.

Je n'attendais pas moins de votre complaisance.

LE CHEVALIER à part.

J'aurai mon tour. (Haut.) Allons, prononcez la sentence.

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