‹ Une campagne a deux: comédie en un acte melee de chantChapitre 12 sur 16 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

Mon amitié trahie S'indigne, et désormais Je déteste une vie Qui m'offrait tant d'attraits!

Ils sortent totis deux dans la plus violente colère.

SCENK XIV.

GIRARD, seul; puis DURAND.

GIRARD. C'est très-joli une campagne à deux. Pauvre gens ! et moi qui ambitionnais leur sort !

Air : du Verre.

Un pareil tableau me fait peur!

Eh ! quoi ! l'ami lié la plus tendre Contre la haine et sa fureur Ne saurait-ellese défendre?...

Vraiment j'ai mal choisi mon temps !

Moi qui viens, l'àme heureuse et fière, Pour jouir de la paix des champs, J'arrive et je trouve la guerre ; Je viens chercher la paix des champs , Je tombe au milieu de la guerre.

Après tout, je ne dois pas renoncer à les raccommoder, et s'ils persistent dans leur folle querelle...

Il se met à table et écrit.

DURAND, entrant pâle et défait, unelettre à la main. C'est bien son écriture ! sa vilaine écriture... quelle perversité!

GIRARD, se retournant. Ah ! c'est vous, monsieur Durand? vous pennettez que j'achève, n'est-ce pas ?

DURAND, absorbé. A mon âge, être obligé de me couper la gorge! car d'après ça...

GIRARD, se levant et tenant lejiapier qu'il vient d'écrire. Comment, vous couper la gorge... avec qui donc?

DURAND. Avec votre ami !

GIRARD. Ah ! par exemple ! c'est trop fort ! et cette fois vous me permettrez de vous dire que c'est de la folie. .. Je vous déclare, moi, que je ne le soufîrairai pas.

DURAND. Quand toute la cour de cassation serait là en robe rouge, je lui dirais, mosieUy mêlez-vous de vos affaires... Il me faut du sang !

GIRARD. Avez-vous perdu l'esprit? Quoi!

pour des motifs aussi puérils!

DURAND. J'avoue maintenant que le reste n'était rien... mais ce que je viens de découvrir... Ah ! c'est uii crime, mosieu .'un crime social, mosieu!

GIRARD. Ah ça ! me ferez-vous le plaisir de vous expHquer ?

DURAND. Je ne suis venu que pour ça... Imaginez-vous que, plus rassis, plus maîtres de nous tous les deux, nous étions convenus, le sieur Chapuis et moi , que je garderais cette maison et qu'il partirait, lui... Déjà nous allions commencera partager les divers objets de la communauté.

GIRARD. Tout cela ne m'apprend pas...

DURAND. Et dire que je ne m'étais jamais douté...

GIRARD. Mais, de quoi?

DURANE. Jamais on n'a mis plus de fmesse, plus d'astuce, pour cacher, pour dissimuler.. . j'arrive au fait... Je cherchais chez madame Durand, qui était descendue, si elle n'avait pas quelque chose qui appartînt à ré{)Ouse de ce scélérat, quand j'aperçois sur la toilette de ma femme, quoi ! un poulet... un poulet écrit à la hâte... un tissu d'horreur, mosieitr. {Lui tendant la lettre.) Tenez, lisez vousmême... je ne puis achever... j'étrangle.

GIRARD, prend la lettre et Ut. « Ma chère » madame Durand, avant de nous séparer » pour jamais, c'est à votre cœur que je m'a- » dresse... Tout est-il donc fini? faut -il re- » noncer à ces projets si doux que nous re-

* Girare, Durand.

MAGASIN THEATRAL

» vions ensemble pendant que votre mari » était à la pêche? »

DURAND. C'est honteux !

GIRARD, continuant. « Deux existences » que vous nommiez vous-même toutes d'a- » mour et de bonheur seront-elles rompues » violemment par une misérable querelle? »

DURAND. Signé Chapuis !

GIRARD. Je m'y perds!

DURAND. Lisez le post-scriptum.

GIRARD, lisant. « Je vous attends à six » heures, si vous êtes encore... »

DURAND. « Une femme sensible ! » Eh bien! qu'en dites-vous?

GIRARD. J'avoue que cela produit sur moi un singulier effet.

DURAND. Et moi donc!... l'égoïste!...

Hier encore, monsieur, il avait l'audace de me le dire : Tout est commun entre nous... Traître ! prends-moi mon fusil , mon tabac, bois mon absinthe!... Mais mon épouse l ah! je n'y vois plus clair 1

AïK : de Turenne.

Non, je ne suis plus le même homme; En moi , sur moi , tout change aussi : Mon habit , naguère vert-pomme, Me paraît couleur de souci ; Oui couleur du fatal souci!

Un ornement ridicule et difforme Me semble pousser sur mon front ; Et je crois voir mon chapeau rond Sur ma tête changer de forme 1

Aussi, je veux un duel féroce... un duel à mort î

GIRARD. Je serai votre témoin. (.4 part.) Comme cela ils s'expliqueront.

Six heures sonnent.

DURAND. Voilà l'heure fatale... voyez-vous ma femme ? je n'ose pas regarder !

GIRARD. Elle vient de ce côté.

DURAND, Ah! soutenez-moi... soutenezun infortuné !

GIRARD. Un peu de calme... Eloignez-vous un instant! moi, je reste pour les guetter... Allez prévenir madame Chapuis, et à un signal donné, nous viendrons tous surprendre les coupables.

DURAND. Songez que vous avez mon honneur entre vos mains!

GIRARD. Allez, allez, qu'elle ne vous voie pas.

Il le pousse.

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