‹ Une campagne au TonkinChapitre 105 sur 299 · ROUETTE DES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

ROUETTE DES INDIGÈNES

par rapport aux montants. 11 en résulte qu’il faut une certaine habitude pour conduire cette brouette bien en équilibre lorsqu’elle est chargée. Nos soldats ne peuvent y parvenir sans de grands efforts et sans verser à chaque instant; les Annamites, au contraire, habitués, en marchant avec leurs grandes balances suspendues au bambou, à tenir compte de tous les effets de l’équilibre, tirent de leur brouette un excellent parti.

En sortant de la ville, nous nous engageons dans un chemin bien ombragé, bordé à gauche par des rizières et à droite par une baie épaisse où des centaines de moineaux, un peu plus petits mais tout aussi effrontés que les moineaux de France, nous assourdissent de leurs cris. Les hautes frondaisons des bambous s’inclinent au-dessus de nos têtes comme d’immenses panaches, et, derrière leur verte clôture, des jeunes filles, qui en nous voyant venir ont laissé au milieu du chemin leurs seaux remplis d’eau pour fuir plus vile, risquent un coup d’œil craintif sur les (lia b leu étrangers. Elles ont suspendu à leur cou et à leurs oreilles des guirlandes de petites fleurs blanches d’une odeur suave et pénétrante; elles ont jeté quelques-unes de ces fleurs dans l’eau quelles viennent de puiser à la fontaine, afin qu’elle s’imprègne de leur parfum.

A gauche du chemin que nous suivons se trouve une élévation de terrain placée au milieu des rizières; elle est bordée de tous côtés par une muraille assez haute qui forme un carré parfait de 500 mètres environ de côté. La muraille est percée de deux portes qui se font face et qui sont situées l’une au milieu du côté est, l’autre au milieu du côté ouest du carré. Dans l’enceinte, une série de petits pavillons séparés, construits en torchis et qui ne comprennent qu’un rez-de-chaussée, sont disposés très régulièrement les uns à côté des autres, suivant des lignes droites et parallèles. Cet ensemble constitue ce qu’on appelle le Camp des Lettrés. C’est là que, tous les trois ans, se réunissaient les candidats qui venaient de tous les points de la province pour subir les examens du mandarinat.

Les pavillons sont divisés en plusieurs compartiments possédant chacun une porte et une fenêtre qui donnent sous la véranda de la case. Chaque candidat était enfermé dans une de ces cellules, où il trouvait des pinceaux, du papier, de l’encre de Chine délayée, bref tout ce qu’il faut pour écrire. Une fois entré, on lui remettait une petite planchette sur laquelle était inscrit le sujet de la composition, puis on l’enfermait pendant tout le temps fixé pour l’épreuve.

Les précautions les plus minutieuses étaient prises pour empêcher les candidats de communiquer soit entre eux, soit avec l’extérieur. Des sur-

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