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LES EXAMENS DES LETTRÉS

veillants se promenaient dans les allées qui séparent les cases; pour plus de précaution, on collait sur la porte d’entrée de chaque cellule, et du côté extérieur, une bande de papier que le président des examens cachetait de son sceau. Je trouve des fragments de ces scellés encore appliqués sur une ou deux portes avec de larges cachets rouges.

Depuis la conquête, les candidats tonkinois qui désirent concourir se rendent à Hué, et le Camp des Lettrés de Hanoï est complètement abandonné; les pavillons tombent en ruines, les toits s’effondrent, l’herbe envahit les allées et même l’intérieur des cellules.

Les questions posées dans les concours littéraires se rapportent toutes à la littérature et à la philosophie chinoises. Le concours du 1er degré ou ti-huong est le seul qu’on pouvait passer à Hanoï; il comprend plusieurs examens qui permettent de conférer les titres de tu-tai ou bachelier et de cu-rihon ou licencié. Les licenciés sont seuls admis à subir le concours du *2e degré ou li-huoï, mais pour le passer ils doivent se rendre dans la capitale du royaume. S’ils sont reçus, ils prennent le titre de tam-si , qui équivaut à notre titre de docteur.

A Hanoï comme dans les autres provinces du royaume, le concours des licenciés était présidé par deux mandarins de rang supérieur, envoyés par le roi. Ces hauts fonctionnaires étaient assistés d’un certain nombre d’examinateurs et de secrétaires désignés à l’avance; celui des deux qui était le plus élevé en grade appartenait toujours à l’Académie royale, assemblée qui siège près du roi dans la capitale et qui, comme notre Académie, réunit l’élite des lettrés de la nation.

Les secrétaires avaient pour mission de recopier toutes les compositions des candidats; ces copies seules étaient remises aux examinateurs, qui jugeaient sans voir l’original. De cette façon les juges ne pouvaient être influencés par une écriture connue.

Les examens littéraires duraient plusieurs jours; ils se terminaient par la proclamation solennelle des admis, dont on affichait les noms; puis les lauréats se rendaient en grande pompe à la pagode de Confucius. Pour honorer les nouveaux élus dans l’aristocratie des lettres, les mandarins de la ville et de la province venaient à cette pagode en robes de cérémonie leur faire visite. Le président des examens offrait alors un sacrifice solennel à l’Ame du philosophe. Après le sacrifice on s’attablait dans la pagode même à un grand festin offert par le gouverneur; aussitôt le festin terminé, les nouveaux gradés allaient rendre aux mandarins la visite qu’ils en avaient reçue.

Outre les examens littéraires, il y avait autrefois a Hanoï des concours pour les grades militaires. Ceux-ci différaient essentiellement des premiers : les candidats étaient surtout examinés au point de vue des aptitudes physiques, de la vigueur corporelle, de l’adresse et du courage ; on les faisait tirer de l’arc, monter à cheval, s’escrimer avec la lance, courir sur une piste et sauter des obstacles. Les premières places n’étaient pas données aux plus intelligents, mais a ceux qui possédaient les plus beaux muscles et les plus solides jarrets. C’est ce qui fait que les mandarins militaires jouissent en Annam d’une considération beaucoup moindre que les mandarins civils. En colonne, lorsque les troupes françaises se montraient pour la première fois dans un village, les notables étaient stupéfaits de voir que nos caporaux et même nos soldats savaient tous lire, écrire et compter. J’ai souvent vu des mandarins esquisser un sourire incrédule lorsque je leur affirmais qu’en France nos officiers et les fonctionnaires civils étaient également considérés.

En quittant le Camp des Lettrés, nous sortons de l’enceinte de la ville. Cette enceinte n’est fermée du côté où nous sommes que par une simple palissade faite avec de gros pieux pointus; au delà s’étendent les faubourgs. Les habitants de ces faubourgs logent dans de petites maisons basses, disposées sur une seule rangée de chaque côté de la route bordée d’arbres qui côtoie la face sud de la citadelle. Cette route est extrêmement fréquentée; il s’y tient tous les jours un marché de légumes et de comestibles où viennent s’approvisionner les habitants de la citadelle et de la ville. On a de la peine à circuler à cheval au milieu des marchands qui obstruent la chaussée et qui se dérangent à peine quand on passe. Les étalages sont encombrés de toutes sortes de fruits contenus dans de grands paniers : oranges, ananas, kakis, aubergines, petites tomates rondes, sans compter l’inévitable banane, les prunes sauvages, les pommes-cannelle, les papayes et les pamplemousses.

Après avoir fait exécuter à nos chevaux une série de voltes et de demivoltes compliquées pour ne rien écraser ni renverser des étalages, nous arrivons à la fameuse pagode de Confucius dont j’ai parlé tout à l’heure à propos des concours littéraires. La série des bâtiments qui la composent rappelle comme disposition cl comme agencement le plan du temple élevé en Chine à la mémoire du célèbre philosophe; ces bâtiments sont construits dans une vaste enceinte fermée de toutes parts par de hautes murailles; on pénètre dans la pagode par une grande porte devant laquelle quatre colonnes se dressent sur une même ligne, puis on traverse successivement quatre

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