‹ Une campagne au TonkinChapitre 108 sur 299 · PIERRES COMMÉMORATIVES · texte numérisé non relu

PIERRES COMMÉMORATIVES

honorer el invoquer l’àme des philosophes fameux de l’antiquité chinoise devant leurs tablettes, comme les catholiques vont honorer et invoquer les saints en s’agenouillant à l’église devant leurs images ou devant leurs statues.

Depuis que nous avons pénétré dans la pagode, nous sommes suivis par une troupe de gamins tout déguenillés et même à peu près nus, que nous avons trouvés jouant au volant au milieu de la première cour; ce volant était fait avec une banane dans laquelle ils avaient fiché deux ou trois plumes de poule; au lieu de se servir de raquettes comme en Europe, ils se le renvoyaient adroitement l’un à l’autre à coups de pied. Notre entrée a interrompu les jeux et dispersé la troupe des joueurs. Ils nous ont suivis de loin, très intrigués, se demandant ce (pie nous allions faire dans cette enceinte consacrée, et s’attendant sans doute à nous voir foudroyés par les génies dont nous allions troubler les retraites; ils sont restés à nous observer sous un des portiques, et ce n’est pas sans étonnement qu’ils nous voient sortir sains et saufs.

La route qui conduit du temple de Confucius au Grand-Lac côtoie la face ouest de la citadelle; elle passe devant de pauvres cabanes dont les habitants sont occupés à fabriquer des baguettes d’encens. Ces baguettes se vendent par centaines pour être brûlées dans les pagodes devant l’image du Bouddha ou pour être allumées dans l’intérieur des maisons sur l’autel des ancêtres; elles sont longues de 50 centimètres environ et grosses comme des tuyaux de plume. On les fait avec un bois spécial qui se consume lentement, sans produire de flamme; on les enduit sur la moitié de leur longueur d’une sorte de pâle noire qui contient une résine odoriférante mélangée à de l’encre de Chine ou à du charbon fin et léger.

En arrivant sur le bord du Grand-Lac, nous mettons encore une fois pied à terre pour visiter en passant une pagode bouddhiste qui jouit d’un grand renom dans toute la province de Hanoï; elle abrite une statue colossale du Bouddha coulée en bronze cl tout d’une pièce. A peine avons-nous franchi le seuil de la pagode que les bonzes, flairant une bonne aubaine, viennent nous faire la révérence. Ils portent un costume en toile marron assez grossière, qui ressemble comme coupe au costume indigène; le vêtement de dessus est seulement un peu plus long. Quand ils sortent pour quêter, ils s’abritent sous un immense chapeau, au moins aussi large mais d’une autre forme que celui des femmes tonkinoises. Ils sont assez mal tenus et ils n’ont certainement pas fait vœu de propreté. En nous parlant, ils ont en main une espèce de chapelet dont ils tournent machinalement les grains entre leurs ongles en deuil.

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