LES INCRUSTEURS
certains arroyos de la province de Than-hoa. La nacre provenant de celte moule a des reflets vraiment extraordinaires : bleus, cuivre, violets, jaune d’or, etc. ; elle est d’un prix très élevé.
Une fois les nacres choisies, il s’agit de donner «à chacun des fragments la forme dans laquelle il doit servir à l’ornementation du meuble, puis de placer les morceaux de nacre bout à bout, comme pour une véritable mosaïque, enfin de les incruster dans le bois.
Le fragment brut est d’abord usé sur un morceau de pierre ponce pour en détacher toutes les parties opaques qui gêneraient le reflet, puis il est saisi dans un petit étau fixé lui-même sur un gros bloc de bois. L’ouvrier, accroupi sur les talons près de ce bloc, use à la lime le morceau de nacre de façon à lui faire prendre la forme voulue.
Il faut voir de quels instruments grossiers les Annamites se servent pour ce travail délicat. On se demande
INCRUSTEüR REDRESSANT SA LIME.
comment ils peuvent
arriver, avec des limes grosses comme la pointe d’un crayon, à tailler de longs linéaments de nacre qui ne mesurent pas plus d’un demi-millimètre d’épaisseur, et qui sont tordus comme des vrilles de vigne. Ces limes sont
d’une qualité très inférieure ; très souvent l’instrument se fausse, et nous voyons à chaque instant l’ouvrier s’arrêter dans son travail pour redresser sa lime en la frappant sur une enclume avec une sorte de grand couteau.
La nacre une fois taillée, il faut creuser le bois pour l’y incruster. Cette partie du travail est la plupartdu temps faite par des enfants de dix à douze ans. Le dessin à exécuter a ét<? décalqué sur le bois ; les petits ouvriers creusent au burin des sillons profonds d’un millimètre, en suivant les indications du calque. Il faut une assez grande sûreté de main pour tracer ces
sillons ; en les faisant trop profonds ou trop larges, la nacre pourrait jouer et le travail serait médiocre.
Lorsque le dessin est sculpté en creux, on y fixe les découpures de nacre avec une colle à base de résine; on chauffe ensuite légèrement le bois pour faire fondre cette colle et en remplir tous les vides. Un coup de
polissage au tampon et l’œuvre est terminée.
En sortant des paillotes des incrusteurs, nous nous dirigeons vers la ville chinoise.
Les rues sont extrêmement animées et la population est bruyante.
Des . coolies passent près de nous, portant au bout de leurs bâtons de petits porcs tonkinois, étroitement ficelés, redondant de graisse, le groin enfoui dans une grande muselière conique en treillis de bambou.
Plus loin, un charcutier ambulant crie sa marchandise. Il porte tout son étalage sur l’épaule , aux deux extrémités d’un long bambou ; d’un côté la
petite table sur laquelle est installée la viande à débiter, de l’autre une grande boîte contenant les ustensiles : balance, couperet, couteau, etc. La balance usitée au Tonkin est l'antique romaine à un seul plateau. Les divisions correspondant aux différents poids sont marquées sur le fléau avec de petits clous de cuivre.
Voici deux bourgeois, un homme et une femme. Tous deux sont vêtus d’une façon à peu près semblable. Ce qui m’a le plus frappé en arrivant