RÉSIDENCE DE FRANCE A HANOI
dans cet étrange pays, c’est la difficulté qu’on éprouve dans les premiers temps à reconnaître les différents sexes à première vue. La coiffure est la même des deux côtés. Le costume est à peu près identique aussi. La femme porte comme l’homme un turban, une longue tunique, un large pantalon flottant et une ceinture de couleur vive dont les pans retombent sur le devant des genoux. La physionomie est à peu près semblable, puisque les hommes n’ont pas de barbe et portent un chignon comme les femmes. Il y a cependant certaines pièces du costume qui diffèrent; le sexe faible porte des pendants d’oreilles et des bagues. Les boucles d’oreilles ont la forme de gros boutons de chemise à double tête; elles sont en verre coloré pour les femmes du peuple; les filles et les femmes de mandarins ont seules le droit de porter des bijoux en métal précieux. Les bagues sont faites avec des fils d’or roulés en spirale; la mode exige qu’elles serrent fortement les doigts et soient très hautes. Certaines femmes de la haute classe ont égale ment de grands colliers d’or ou d’argent, fabriqués avec de petites perles de métal, grosses comme des pois et enfilées les unes à côté des autres sur plusieurs rangs.
Le chapeau des Tonkinoises est monumental. Il a la forme d’un couvercle de boîte ronde, et mesure 60 ou 70 centimètres de diamètre. De chaque côté s’attache un faisceau de six ou sept cordonnets de soie, épais comme des tuyaux de plume, et dont le milieu tombe en anses devant la poitrine. Au point de jonction des cordonnets et du chapeau pendent de chaque côté, comme de grandes oreilles, deux énormes glands de soie noire ou écrire. Certains de ces chapeaux, qui sont artistement fabriqués avec des feuilles de palmier choisies soigneusement, et qui sont doublés à l’intérieur avec un fin treillis de joncs, coûtent fort cher, surtout lorsqu’ils sont ornés de deux grandes agrafes en argent ciselé auxquelles sont suspendus des glands de soie.
Beaucoup de femmes font coller au fond de leur chapeau une petite glace ronde qui leur sert à se mirer lorsqu’elles sont en ville et qu’elles ont besoin de donner un coup d’œil à leur turban. Le chapeau est du reste la partie de la toilette que soignent le plus les élégantes. Certaines de ces coiffures ne coûtent pas moins de dix à quinze piastres (de quarante-cinq à cinquante francs).
Quand les Annamites du peuple ne vont pas nu-pieds, ils portent une espèce de sandale qui est formée d’une semelle de cuir retenue sur le coude-pied par deux anses de peau. Ces anses sont garnies souvent de petits coussinets d’étoffe; elles dessinent sur le dos du pied comme un V ouvert