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UNE FABRIQUE DE PAPIER

La fabrique que nous sommes venus visiter nous apparaît au détour du sentier dans un paysage ravissant : ses petites cases, étroites et recouvertes de paille de riz, sont alignées sur le bord de l’eau et s’y reflètent comme dans un miroir; au-dessus d’elles, les panaches des cocotiers secoués par la brise s’agitent comme d’immenses éventails.

Les notables, rassemblés par le mandarin que leur a dépêché le gouverneur, sont venus nous attendre sur la route avec les présents d’usage : nous faisons honneur aux mandarines et aux citrons doux qui nous sont offerts

JA Bill QU H DK PA PI KH.

sur des plats en bois. Les notables ont fait toilette pour nous recevoir, c’est-à-dire qu’ils ont passé par-dessus leurs vêtements de tous les jours leur plus belle robe de cérémonie, sans se préoccuper si le costume de dessous était plus ou moins propre.

Dès le premier coup d’œil, nous nous apercevons que le tong-doc a tenu sa promesse; la fabrique est sens dessus dessous; tous les ouvriers sont à leur poste et font assaut d’habileté.

Le papier est fabriqué avec des pousses de bambous, suivant des procédés imités de la Chine. Le bambou est d’abord placé dans une grande fosse

remplie d’eau, où on le laisse tremper pendant plusieurs semaines pour pouvoir le débarrasser plus facilement de l’écorce verte qui le recouvre. Ou le fait ensuite bouillir avec de la chaux dans de grandes cuves montées sur des cubes en maçonnerie à la base desquels se trouve une ouverture pour le foyer; après quoi on le lave, puis ou le fait macérer dans une lessive de cendres. Toutes ces manipulations ont pour but de ramollir les fibres du bambou; on broie ensuite ces libres dans des mortiers en pierre, avec des pilons de bois manœuvres par des hommes, de façon à les réduire en une sorte de pâte. Quand celle pâte est bien travaillée et qu’elle est devenue bien homogène, on la délaye dans l’eau contenue dans de grandes auges. C’est alors que l’opération commence à devenir intéressante.

Les auges sont placées sous de petits abris faits avec quelques pieux et une couverture de paille; devant chaque auge opèrent un ou deux ouvriers vêtus seulement d’un pantalon de toile; ces ouvriers ont en main la forme , c’est-à-dire un cadre de bois rectangulaire sur lequel est tendu un fin treillis de bambous. L’ouvrier prend cette forme à deux mains; il la glisse sous l’eau dans une direction très oblique et même presque parallèle à la surface du liquide, sans l’enfoncer très profondément; puis il la ramène verticalement, chargée d’une mince couche de -pâle de papier. L’excès d’eau s’écoulant par les pores du treillis, il retourne alors la forme sens dessus dessous, de façon à laisser tomber sur une planche bien unie placée à proximité la feuille qu’il vient de faire, lin ouvrier un peu adroit fabrique à peu près deux de ces feuilles par minute; il les pose les unes au-dessus des autres jusqu’à ce qu’il en ait obtenu une épaisseur convenable. Le paquet est mis sous presse pour faire couler l’excès d’eau qu’il contient, puis les feuilles sont portées au séchoir. Le séchoir est formé, comme chez les Chinois, par deux petits murs espacés de 80 centimètres environ, et placés parallèlement ; ces murs sont faits avec des briques recouvertes de ciment, de telle façon que leur paroi extérieure soit bien lisse. On allume du feu dans l’intervalle des murs, qui s’échauffent peu à peu; on cesse de chauffer dès que la main ne peut plus supporter le contact de la muraille. Les feuilles de papier encore humides sont enlevées avec précaution les unes après les autres à l’aide d’une petite pince; puis elles sont appliquées avec une brosse douce contre les murs cimentés, où elles sèchent rapidement.

Le papier confectionné à Hanoï appartient à l’espèce dite demi-fine; sa fabrication n’est pas très soignée, de sorte que les lettrés ont de la peine à s’en servir pour écrire. Il contient une assez grande quantité de corps

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