TONKINOISE EN COSTUME DE VILLE
en arrière dont l’angle se fixerait à la semelle entre le gros orteil et les autres doigts et dont les branches s’écarteraient l’une de l’autre pour gagner les bords latéraux de la sandale en passant l’une sur la base du gros orteil , l’autre en arrière des quatre derniers doigts. Les Annamites ont une curieuse façon de chausser cette sandale : ils la saisissent entre le premier et le deuxième doigt par l’angle que forment les lanières, et la fixent par un mouvement d’opposition du gros orteil, comme nous pincerions, nous, un objet entre le pouce et l’index. Cette mobilité du premier doigt du pied, qui, en outre, est notablement écarté des autres orteils, constitue un des caractères physiques de la race annamite. C’est lui qui a fait donner par les Chinois aux indigènes de notre colonie le nom de Giao- Chi, ce qui veut dire « pieds bifurqués ».
Les femmes portent des sandales qui sont plus élégantes que celles des hommes. Elles ont des semelles de bois recouvertes de laque noire et fortement recourbées en avant. La partie recourbée est souvent enjolivée d’ornements en relief. Il est très difficile de marcher avec ces semelles qui abandonnent le talon et claquent à chaque pas; aussi les femmes ont-elles une sorte de déhanchement qui ne manque pas de grâce.
Les sandales dont je viens de parler constituent la chaussure nationale des Annamites; il n’y a guère au Tonkin que les gens du peuple qui l’aient conservée. Les bourgeois et les mandarins sont chaussés ou bien de souliers chinois à grosses semelles et à bouts pointus, ou bien de babouches en cuir noirci, voire même de souliers européens. Les femmes de la classe riche ont des espèces de mules à extrémités très pointues et très recourbées dont la forme rappelle les chaussures malaises ou cambodgiennes. La mode veut que ces mules soient moins longues et moins larges que le pied, si bien que les élégantes peuvent y enfoncer tout au plus l’extrémité de leurs orteils; elles marchent en glissant et en traînant le pied, ce qui leur donne un peu du dandinement des femmes chinoises. Les pieds sont nus dans la chaussure; en hiver seulement, les Tonkinois portent des bas en tricot, dans lesquels le gros orteil est séparé des autres doigts.
Les Annamites sont de petite taille. Aucun de ceux qui passent auprès de nous n’a plus de 1 m. 60; leur corps un peu grêle, leurs muscles peu développés, leur donnent une apparence chétive. Ils ont le visage très élargi ; leurs pommettes saillantes et leur menton court donnent à leur figure l’aspect d’un losange. La forme losangique de la face est encore accentuée par la coiffure à bandeaux plats que portent les femmes et par les plis du turban qui descendent du milieu du front chez les hommes pour