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Le premier Kuropt’rn <| m* je rencontre en saillant du baleau sur le «j lia i est un jeune lyonnais, M. I .... chargé des inlérèls d une grande maison française de soieries et, en ce moment, le seul représentant du commerce européen à Nam-dinh. Il se met gracieusement à ma disposition pour me conduire jusqu'à la citadelle, au logement du général Brière de l’Islc, qui commande la province.
Nous passons devant la douane française, installée dans une vaste cl confortable maison chinoise, et, après avoir suivi pendant dix minutes une rue habitée presque exclusivement par des brodeurs et par des marchands de soie, nous arrivons à l’entrée de la citadelle. Cette citadelle, dont l’enceinte mesure plusieurs kilomètres de tour, a été autrefois une des places fortes les plus importantes du Tonkin : c’est aujourd’hui une sorte de grand terrain vague coupé de (laques d’eau et de fondrières, entouré de murailles qui s’écroulent et de portes à demi démolies.
Ou \ a construit de grandes cases en bambous où logent les hommes de la section d’infanterie de marine qui lient garnison à Nam-dinh. On y a bâti également pour les oflieiers de petits pavillons isolés entourés de jardins bien cultivés, foules ces constructions, d’aspect riant cl confortable, sont récentes; elles s’élèvent le long d’une roule large et bien tracée qui conduit du rempart à la pagode royale.
La pagode royale, habitée par le général Brière de l’isle, occupe le centre d’une grande cour carrée, pavée de larges dalles et entourée d’un mur haut de mètres. Bu coté de l’entrée, le mur est percé de deux petites portes à clochetons qui ne donnent pas sur le bâtiment de la pagode, mais de chaque côté. La portion «lu mur qui fait face à ce bâtiment est exhaussée «le façon à représenter une sorte de paravent orné de peintures et de sculptures assez fines. Cette disposition bizarre, qu’on remarque souvent dans les monuments annamites, répond à une croyance populaire : les esprit- malfaisants qui habitent les airs se font, disent les Tonkinois, un malin plaisir de pénétrer dans les habitations pour tourmenter leurs propriétaires; mais comme ils ne peuvent s’avancer qu’en ligne droite, il suffit de placer devant la porte d’entrée une haute barrière : ils s’y heurtent sans pouvoir y pénétrer et l’on se trouve à l’abri de leurs maléfices.
Mon ambulance est située tout près de la pagode du général ; elle occupe trois bâtiments en briques disposés en fera cheval sur les trois côtés d’une petite cour au milieu de latjuelle est planté un massif de beaux palmiers. Les salles destinées aux malades sont convenables; les lits en fer, pourvus
uni; ca. mi* a g ni; au tonkin.
»le draps blancs, sonl Inus garnis de moustiijnaires ; d immenses pankas suspendus au plafond sonl mus de l'extérieur par des domestiques annamites qui se relayent pendant les heures chaudes du jour. Les larges fenêtres, munies de stores, donnent sous une véranda qui fait le tour de la maison et qui protège les murs contre la grande chaleur.
Pendant ce mois de juin si pénible à passer au Tonkin et surtout à Nam-dinh, où la chaleur esl étouffante, toutes les salles de l’ambulance sont envahies par les malades atteints de dysenterie et de lièvre. Nos pauvres petits troupiers sont épuisés par les fatigues de toutes suites endurées pendant les longues colonnes et dans les marches forcées à travers les rizières inondées. La maladie une fois g reliée sur ces constitutions délabrées ne veut plus lâcher prise; le plus léger accès de lièvre est chose grave; le moindre frottement, la petite piqûre causée par un moustique, tout (‘si prétexte à l’éclosion de cet ulcère rongeur si difficile à guérir auquel on a donné le nom de plaie annamite. Les grosses perles subies par le corps expéditionnaire dans le premier été qui a suivi les expéditions de Sonlay, de Bac-ninh et de llong-hoa ne doivent être attribuées que pour une part minime au climat de notre colonie; ce qu'il faut incriminer surtout, c’est l étal de surmenage dans lequel se trouvaient nos soldats à celle époque. Pendant plusieurs mois ils avaient couru dans les rizières avec de l’eau jusqu’au ventre à la poursuite des finnois et des pirates, qui, à peine dispersés sur un point, se reformaient sur mi autre; ils couchaient où ils pouvaient : dans les pagodes humides, dans les cases annamites au sol fangeux, au toit crevé par les pluies, et quelquefois à la belle étoile. Il fallait avec un effectif des plus restreints garder un pays conquis grand comme la moitié de la France et l’organiser de façon à avoir le moins possible à marcher pendant l’été. Mais quand cet été est arrivé avec son cortège habituel de maladies, les organismes usés de nos soldats n’ont plus eu assez de force pour résister, et les effectifs ont fondu peu à peu malgré le dévouement des médecins, qui, en trop petit nombre, se multipliaient pour soigner les malades, malgré les efforts du commandement, qui s’ingéniait à 'améliorer la situation matérielle des troupes qui lui étaient confiées.
Quoi qu’on ait dit, le Tonkin est une de nos colonies les moins malsaines : la période des chaleurs est rude à passer, mais on a entre deux étés une saison d’hiver qui dure près de six mois et pendant laquelle l’Européen placé dans de bonnes conditions hygiéniques a le temps de se remettre des fatigues de la saison chaude. Du mois de novembre au mois d’avril, le