‹ Une campagne au TonkinChapitre 122 sur 299 · J II · texte numérisé non relu

J II

étendre le liras pour prendre un livre : il semble qu'on va soulever une montagne. On est réduit à passer une partie de la journée étendu sur un hamac au-dessous du grand panka suspendu au plafond, qu’un coolie agite de l’extérieur pour renouveler les couches d’air.

Dans cette atmosphère humide et surchauffée, les champignons et les moisissures se développent avec une rapidité qui tient du prodige; du jour au lendemain, sur les murs des cases qui suintent l’eau de toutes parts, naissent de petites plaques de moisissures qui s’étendent à vue d’œil comme des taches d huile. Les viandes se corrompent avec une facilité extrême: au marche*, un poulet qui a été lue le malin même diminue de prix au fur et à mesure que la journée s’avance. A sept heures du matin il vaut quatre-vingts centimes; vers onze heures, le marchand le laisse pour cinquante, et il l’offre pour vingt ou trente à la fin du marché, vers une heure de l’après-midi.

Juin est le mois des orages : je suis à Nam-dinh depuis huit jours à peine et déjà j ai assisté à un de ces violents ouragans qu’on connaît sous le nom de typhon au Tonkin et sur les cotes de* Chine. Il était environ dix heures du soir e! il faisait ce calme de plomb qui précède les grandes (empotes. lout ii coup, un gros nuage sombre s elend sur Je ciel comme un vaste rideau noir; une ralalo d’une violence inouïe arrive du point extrême de I horizon en soulevant des tourbillons de poussière; le vent courbe les plantes, tord les arbres, arrache les toits des maisons, déplace les pierres de la route. Une pluie de sable et de cailloux tombe sui mon toit de paille, tandis que les poutrelles de ma case gémissent comme si elles voulaient se briser. Les saules de vent qu’on voit en France semblent des orages d’opéra-comique à côté de ces vraies tempêtes; je me souviendrai toujours de l’impression pénible que celle-ci m’a procurée.

Aü l'OIll) D:ÜN AltROYO.

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