LES VÊTEMENTS ET LES BIJOUX
recouvrir les tempes à droite et à gauche. Hommes et femmes ont le nez large et épaté, les sourcils peu fournis et les paupières bridées. Chez les gens comme il faut, ces paupières, dont l’angle externe va en se relevant vers les tempes, sont presque toujours demi-closes. Ils vous écoutent en clignant légèrement les yeux, comme s’ils étaient myopes. C’est le grand genre en Annam, prétendent ceux de mes camarades qui habitent le pays depuis longtemps.
Les Annamites naissent cependant avec une vue excellente et des yeux noirs très expressifs et très beaux. Malheureusement ils sont sujets à ' des ophtalmies fréquentes : sur quinze Annamites que je vois dans la rue, il y en a au moins un de borgne ou de strabique. Voici une vieille femme qui passe : elle a devant ses yeux malades une large feuille de bananier fixée au sommet de la tête comme un bandeau flottant; elle rase les maisons par crainte du soleil; sur ses tempes
sont appliqués deux pe- femme de hanoï et intérieur d’un chapeau de tonkinoise.
tits emplâtres à la chaux.
Ces emplâtres sont des remèdes à tous les maux qui doivent être très employés : j’ai déjà rencontré trois passants qui en portaient un sur le front, juste au-dessus des yeux. Ba, consulté, prétend que c’est pour guérir la migraine.
La couleur de la peau varie chez les Annamites dans de notables proportions : d’un blanc de cire chez les indigènes de haute caste, qui ne sortent dans la rue qu’enfermés dans leur palanquin, elle est d’un rouge d’acajou
chez le coolie ou le paysan qui ne craignent pas d’exposer pendant des heures leurs torses nus au soleil. Quelle que soit sa teinte, elle est bien rarement intacte. Chez le riche fonctionnaire comme chez l’homme du peuple, la gale s’y montre presque toujours; elle y trace en paix ses sillons sans que personne songe à l’en chasser; les indigènes la considèrent comme un commensal obligatoire dont la présence est l’indice d’une bonne santé. D’autres parasites foisonnent également dans leurs cheveux noirs et lisses. Quand ils deviennent trop incommodes, les Annamites se rendent volontiers les uns aux autres le service de les poursuivre et de les expulser. La chasse se fait coram 'populo, au soleil, devant la porte de la maison.
Les Tonkinois ont des cheveux superbes et d’une grande longueur : il n’est pas rare de voir des femmes dont la chevelure dénouée descend jusqu’aux talons. Elles la soignent avec beaucoup de sollicitude, la lavent fréquemment avec une décoction savonneuse, et se condamnent ensuite à rester en plein soleil, accroupies sur les talons, et les cheveux sur le dos, pour les faire sécher.
La barbe pousse très tard chez les Annamites; ils ne l’ont jamais longue ni bien fournie; aussi donnent-ils aux Européens, dont le menton est toujours très bien garni, un âge invraisemblable. Je suis sûr que la longue barbe des Français est pour quelque chose dans la crainte respectueuse qu’ils inspirent aux indigènes; c’est une des raisons pour lesquelles nos missionnaires ne se rasent jamais. En revanche et pour le même motif, les Tonkinois nous paraissent toujours moins âgés qu’ils ne le sont en réalité. Il m’arrive de donner douze ou quinze ans à des indigènes qui en ont plus de vingt.
Les Tonkinois prennent rarement de l’embonpoint comme les Chinois, mais ils éprouvent une sorte d’admiration pour les gens bien gras cl bien rebondis. Un colon français, venu à la suite du corps expéditionnaire et dont l’abdomen commençait à prendre de respectables proportions, avait le don de faire retourner les Annamites chaque fois qu’il se montrait dans la rue. Les paysans qui se rendaient au marché s’arrêtaient net pour le voir passer, et les mères le montraient avec des gestes admiralifs «à leurs enfants en leur disant : « Ong ké boum leun (Voilà le seigneur au gros ventre)! »
Les femmes indigènes sont petites, mais bien faites; leurs extrémités sont assez fines, et leur visage serait charmant n’étaient leurs dents laquées en noir. Les enfants sont ravissants jusqu’à sept ou huiL ans; à partir de