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LA POÉSIE ET LA MUSIQUE

pieds et ne rime avec rien. Voici, dans ce genre de poésie, un exemple déjà cité par L. Villard :

Cang cao thi gio cang lay Gang cao danh vong cang day Lang Van,

ce qui signifie : « Plus l’arbre est élevé, plus il est exposé aux injures du vent : plus la réputation est grande, plus elle est exposée à la calomnie. »

Outre leurs comédiens et leurs danseuses, les Annamites ont leurs chanteurs populaires qui vont de ville en ville, leur instrument sous le bras, comme nos troubadours d’autrefois. Ces chanteurs abordent tous les genres, la ballade, la poésie sentimentale, mais surtout l’épigramme, car l’Annamite est moqueur par tempérament et par tournure d’esprit. Quand ils sont à court, ils inventent au besoin et ils font usage, dans ce cas, d’un troisième mode de poésie, appelé pim, qui se prête tout à fait à l’improvisation : le chanteur n’a pas alors à s’occuper de la longueur du vers ou de la césure; il n’est astreint qu’à une seule règle, qui consiste à faire revenir de temps en temps une même rime dans le débit. L’artiste scande sa phrase comme il l’entend, de façon à lui donner une apparence de cadence.

Ces chanteurs ambulants s’installent n’importe où, dans un coin de la rue ou sous l’auvent d’une case. Outre leur guitare, ils n’ont pour tout bagage qu’une natte de jonc, dont ils se couvrent le dos quand il pleut et qu’ils étalent sur le sol pour s’accroupir lorsqu’ils veulent donner un concert.

Les Tonkinois ne comprennent pas la musique de la même façon que nous : pour eux, le comble de l’art consiste à chanter du nez et à traîner en chevrotant sur certaines notes. Leurs airs sont très peu variés ; ils ressemblent un peu à notre plain-chant. La phrase est attaquée sur un mode aigu, en intercalant souvent une appogiature ; elle se termine sur une note grave, qui, à la fin de chaque strophe, est prolongée à bouche fermée.

J’ai voulu essayer une fois l’effet que produirait sur mes boys un morceau de musique française bien chanté; j’avais fait venir pour cette expérience un soldat d’artillerie qui possède une voix superbe et qui, autrefois, a suivi les cours du Conservatoire ; à peine eut-il ouvert la bouche et lancé quelques notes, que mes Annamites se mirent à rire aux éclats, à la grande mortification de l’artiste, qui les aurait volontiers battus.

Les Tonkinois ont cependant l’oreille extrêmement juste, et cette qualité leur est indispensable pour se faire comprendre dans leur langue. Cette

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langue est composée île mois monosy llîilin j ntîs ; elle ne comprend (|ii un |k>IiI nombre de ees mois, el pour la ni les indigènes arrivent a exprimer complètement leur pensée, parce que cha(pie syllabe a une signification variable suivant le ton dont on la prononce. La syllabe moi, par exemple, peut signifier tout à la ibis « lèvres, fourmi, tromper, obscur, appât, extrémité, nourriture, butin », suivant qu’elle est prononcée sur un Ion aigu ou sur un ton grave, en accentuant ou en glissant, en haussant la voix ou en la laissant tomber. Il en résulte que, pour se faire bien comprendre, l’Annamite est obligé d’insister sur le ton de chaque mot, si bien que les phrases sont prononcées plutôt en chantant qu en parlant. La voix des indigènes, quand elle n’est pas forcée, est très douce, et, dans la conversation, leur langue, modulée el chantante, est très agréable a entendre, surtout lorsque ce sont des femmes qui la parlent. Déjà en 1 025, le père Alexandre de lUiodes avait fait cette remarque : « .l’avoue, dit-il, que, quand je lus arrivé à la Cochinchine el que j’entendis parler les naturels du pays, particulièrement les femmes, il me sembla entendre gazouiller des oiseaux. »

Celte voix très douce, aux indexions câlines, que possèdent les lenunes annamites, devient perçante el désagréable quand elles se mettent en colère. Il n’est pas rare de voir, dans la rue, des femmes du peuple qui se disputent ; elles s’invectivent alors sur un Ion suraigu qui s’entend de très loin.

Quand ils lisent ou quand ils prononcent une harangue, les Tonkinois accentuent encore les intonations chantantes de leur langage et leur donnent des indexions nasillardes, en traînant tessons à bouche fermée à la fin des mots. Celle façon de prononcer constitue à leur avis le comble de I élégance dans la déclamation. Les Annamites sont extrêmement lormalisles et leur langage s’en ressent : ils ont une façon toute différente de répondre « oui » à une question posée, suivant que celte question leur est laite par un inférieur ou par un mandarin. Au premier, ils lanceront un la énergique sur le ton du commandement; au second, ils répondront Pliai, dune voix presque basse cl les yeux modestement baissés.

La prononciation est le grand écueil contre lequel se heurtent les européens lorsqu’ils cherchent à apprendre la langue annamite ; ce n est qu a la longue el à force de pratique qu’ils arrivent à se taire comprendre des indigènes. Il faut même s’attendre, dans les commencements, aux quiproquos les plus bouffons et les plus inattendus, Voici un exemple qui in est personnel: je venais de prendre à mon service un jeune boy récemment arrivé d’un village perdu du fond de la province, et qui ue connaissait pas un seul mol de français, .l’avais la prétention de parler très suffisamment

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