‹ Une campagne au TonkinChapitre 135 sur 299 · OCCUPATIONS ET GENRE DE VIE DES MISSIONNAIRES · texte numérisé non relu

OCCUPATIONS ET GENRE DE VIE DES MISSIONNAIRES

tante, où il remplit à peu près les fonctions d’un curé de campagne. La réunion de cinq à six de ces paroisses constitue un district, qui est placé sous la surveillance d’un missionnaire européen. Tous les chefs de district sont à leur tour sous les ordres de l’évêque, chef suprême de la mission, qui les utilise comme il l’entend, suivant leurs aptitudes et les besoins du moment.

Le missionnaire n’a pas, comme le prêtre indigène, de domicile fixe ; il parcourt constamment les paroisses placées sous sa juridiction, logeant chez les fidèles, s’arrêtant aussi longtemps que sa présence est nécessaire, et ne repartant que lorsqu’il a reconnu que tout est en ordre. Il fait ordinairement ses tournées à pied, accompagné de ses catéchistes, qui l’aident pour les cérémonies du culte, et suivi d’un coolie qui porte les ornements et les vases consacrés dans deux grandes boîtes rondes laquées en noir et suspendues aux extrémités d’un bambou.

Le Père vit pauvrement, à la façon du pays, aux frais de la chrétienté qu’il visite. Comme il ne possède presque rien en propre, puisque toutes les aumônes venues d’Europe sont employées à l’entretien des collèges et des séminaires de la Mission, chaque famille de la paroisse le nourrit à tour de rôle ainsi que ses catéchistes. Bien que les chrétiens soient pauvres pour la plupart, chacun tient à honneur de le traiter de son mieux; mais il doit se contenter de la cuisine annamite et manger avec les petites baguettes le riz, le poisson salé, les herbes au vinaigre, auxquels on ajoute, dans les grandes circonstances et pour lui faire fête, quelques morceaux de porc. Depuis qu’il a mis le pied sur la terre tonkinoise, il a abandonné l’usage du pain; il ne boit à ses repas que de l’eau et une infusion de ce thé vert récolté dans le pays qui a une saveur astringente et un peu métallique. Tous les ans il reçoit bien de Ilong-kong quelques bouteilles de vin qu’envoie le Père procureur, mais il les garde précieusement pour dire sa messe. On ne récolte pas de vin au Tonkin ; la vigne y pousse à l’état sauvage, et le raisin qu’elle produit donne un jus acide et désagréable au goût.

Dès que l’arrivée du missionnaire est signalée dans une chrétienté, tous les habitants se réunissent et viennent en corps à l’entrée du village pour le saluer. On l’accompagne ensuite jusqu’à la maison qui lui a été préparée pour le temps de son séjour.

Tous les jours, dès quatre heures du matin, les chrétiens se réunissent à l’église. Après une heure ou deux d’exercices de piété faits en commun, ils se séparent et chacun va s’occuper de ses affaires ou de son champ.

tins

Pendant toute la journée, le prêtre se tient dans sa maison, où il reçoit tous ceux qui ont quelque communication à lui faire, ou quelque conseil à lui demander. 11 juge tous les procès qu’on lui soumet, statue sur les mariages, réconcilie les ennemis, tranche les questions en litige : le Père est juge et arbitre en même temps que prêtre. « Il faut bien, dit le Père Girod, empêcher les chrétiens d’aller plaider devant le mandarin qui ne les aime guère et chez qui on ne peut jamais se présenter les mains vides. La fable de Y Huître et les Plaideurs semble faite pour les juges annamites. »

Pendant (pie le missionnaire s’occupe de toutes ces allai res, les catéchistes courent de divers cotés pour instruire les néophytes, réchauffer le •/Me des négligents et préparer ceux qui désirent se confesser au prêtre. Ces confessions sont reçues avec une simplicité touchante qui rappelle les mœurs de l’Église primitive : dans les villages annamites, les maisons son généralement construites en torchis; (“lies présentent toujours dans une de leurs parois une petite ouverture carrée en forme de fenêtre, qu on recouvre souvent d’un treillis de bambous à mailles extrêmement lâches. Le Père s’assied dans l’intérieur de la maison à coté de cette fenêtre, et le pénitent vient s’agenouiller en dehors contre le treillage en bambous.

Les détails dans lesquels je viens d’entrer montrent (pie, pour remplir leur ministère, les prêtres européens doivent connaître a lond la langue et les mœurs des indigènes. Ils acquièrent ces notions si précieuses pour eux en un temps relativement court, grâce à l’excellence de la méthode suivie. Dès qu’il a débarqué au Tonkin, le jeune prêtre français est installé au collège de la mission devant une grammaire annamite. Celle grammaire a été composée par les premiers missionnaires portugais venus au Tonkin, il y a deux siècles; la prononciation et le ton de chaque syllabe y sont indiqués à l’aide d’un système ingénieux de signes et d’accents, aussi exactement qu’un air peut être noté sur un cahier de musique. Un catéchiste intelligent sachant parler latin, et pouvant par conséquent être facilement compris du Père, est attaché à sa personne pour lui chanter l’intonation et pour l’aider dans ses débuts. Au bout de six ou huit mois, le jeune missionnaire est déjà capable de prêcher. Après douze ou quinze mois, il peut commencer son premier voyage à travers le district.

Pour être à même de remplir le rôle important qui leur est dévolu dans la mission, les membres du clergé indigène doivent cire intelligents, instruits et dévoués ; aussi leur admission est-elle l’objet d’une réglementation minutieuse, \oici I excellente méthode suivie pour assurer leur recru¬

tement :

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