LES FEMMES DE PREMIER ET DE SECOND RANG
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Celte idée qu’ils seraient très malheureux après leur mort si personne ne leur rendait le culte des ancêtres, fait que les Tonkinois attachent une extrême importance à avoir une postérité et surtout des enfants mâles. Les lois du royaume, elles-mêmes, se sont occupées avec sollicitude de cette question capitale de la descendance. « Le iils, dit le code de Gia-Long, hérite des prérogatives attachées à la lignée; à son défaut c’est la lîlle ; mais, dans le cas où celle-ci est unique, elle ne peut épouser un fils également unique, parce que dans ces conditions deux familles seraient absolument confondues dans un seul mariage et il y aurait confusion aussi pour le culte des aïeux.
« Si le mariage d’une fille unique est stérile, dit encore le code, son père doit acheter un fils et l’adopter pour perpétuer sa postérité. Dans le cas où il mourrait avant d’avoir pu faire acte d’adoption, le devoir de ses proches est d’y suppléer. »
Telle est l’origine de celle coutume d’acheter et de vendre des enfants qui est commune au Tonkin comme en Chine et qui a donné naissance à tant de fables grossières colportées en Europe. I/Annamite pauvre vend son enfant non pas pour en faire un esclave, mais pour que, étant adopté par une famille riche, il y vive plus heureux que chez lui. Cet enfant adoptif ( con nuoi) aura sa part d’héritage après la mort de celui qui l’a acheté et qui l’a traité comme son propre fils.
Celle préoccupation constante qu’ont les Annamites d’assurer la continuation de leur race est la principale cause de la polygamie qu’on observe dans ce pays. La loi permet aux indigènes de prendre autant de femmes qu’ils peuvent en nourrir, mais il y en a relativement peu qui profitent de la permission. Certains riches et quelques mandarins ont un nombreux sérail par ostentation, pour montrer leur fortune ou pour le service de la maison; les commerçants chinois achètent, comme je l’ai déjà dit, des femmes secondaires pour les placer à la tête de leurs différents comptoirs; mais ces cas sont assez rares, et quand un Tonkinois se résout à prendre une seconde femme c’est en général parce que la première est restée stérile et qu’il a peur de mourir sans laisser d’enfant. Dans ces conditions, c’est quelquefois sa propre femme qui lui en cherche et qui lui en choisit une seconde; elle trouve la chose toute naturelle; elle ne s’en formalise en aucune façon.
D’ailleurs, la femme secondaire que le mari prend ainsi a loin d’avoir dans la maison le même rang que la première femme. Celle-ci est toujours unique, tandis (pie le nombre de femmes de second rang n'est limité que