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MONTAGNES DU DAY ET ENGINS 1)E PÈCHE

lants tout à la fois; deux petits yeux gris, toujours en mouvement sous d’épais sourcils en broussailles, donnent à sa figure une singulière expression de finesse. Un étroit ruban rouge, passé à la boutonnière de son camail violet, se dissimule modestement sous la croix pastorale; le prélat a été décoré sur la proposition du général Millot pour les services qu’il a rendus à la cause française. Jamais croix n’a été mieux portée, ni mieux méritée.

Monseigneur veut bien me guider lui-même à travers les bâtiments de la Mission. Nous visitons successivement l’imprimerie, d’où sortent îles

uni; campagne au tonkin.

livres en langue annamite et en langue française, imprimés avec des caractères latins', et les jardins, qui renferment des échantillons de la plupart des (leurs et des fruits du pays, où l’on essaye également d’acclimater certaines plantes d’origine européenne, comme le blé et la vigne; le blé y pousse assez bien, il n’en est malheureusement pas de même de la vigne, qui, jusqu’ici, n’a donné que des fruits de mauvaise qualité.

Un me montre aussi un magnifique herbier qui renferme des échantillons de toutes les plantes du Tonkin, admirablement conservés et très bien classés. Cette œuvre considérable, commencée il y a une dizaine d’années, a été menée à bonne lin par un prêtre de la Mission, auquel elle fait le plus grand honneur.

Les missionnaires s’occupent également de topogra pliie; on me fait voir, à Ké-so, des cartes et des plans très réussis.

Je connaissais d’ailleurs ces travaux ; au début de la campagne, nos généraux les ont utilisés pour

MONSEIGNEUR PÜGIN'IER .

rectifier certaines de leurs

cartes dressées d’après

les renseignements fournis par les Annamites, et qui contenaient de graves erreurs.

Je prends congé de Mgr Puginier en lui promettant d’aller le voir dans sa résidence de Hanoï. Maintenant que les hostilités sont sur le point de

1. Les missionnaires ont a Miuc-nhac, près de Ninh-binh, une autre imprimerie, tenue par des religieuses indigènes, d'où sortent des livres édités en caractères chinois.

PUU-LY .

recommencer, l’évêque va quitter lvé-so pour se rapprocher du général en chef, afin de se tenir à sa disposition dans le cas où il aurait besoin de renseignements sur le pays. Monseigneur a du reste à Hanoï une fort jolie habitation, construite dans le voisinage de la citadelle, sur un terrain appartenant à la Mission.

Nous levons l’ancre et nous nous mettons en roule avec assez de diffi-

CATHÉDRALE DE lvÉ-SO.

culté; une foule de sampans et de jonques, qui sont venus s’accoler au Fi- Yen pendant notre arrêt, ont formé tout autour de lui comme un grand village flottant, dont nous avons mille peines à nous dépêtrer. La machine a beau lancer trois ou quatre coups de sifflet, pas une embarcation ne bouge; tous les patrons font la sieste dans le fond de leurs barques. De guerre lasse, le mécanicien renverse la vapeur, ce qui produit un rondement épouvantable et un remous qui soulève eomme des coques de noix tous les petits bateaux. Les bateliers, réveillés en sursaut et se voyant

‘2'ti

entraînés dans noire sillage, poussent des cris de paon et s’empressent de couper les cordes en rotin qui les retiennent a nous.

Les commerçants chinois fument l’opium quatre lois par jour au moins dans la cabine d’arrière; il m’arrive à chaque instant une odeur de caramel indiquant que l’un d’entre eux se livre à son passe-temps favori. De temps à autre, un domestique vient nettoyer sur le pont les pipes de ces sybarites ; il démonte le fourneau et il passe dans la cheminée un petit crochet emmanché dans un morceau de bois. Il ramène ainsi des scories noirâtres et poisseuses d’opium mal brûlé, qu’il divise en petits paquets en les enveloppant dans du papier chinois. Il vend ces paquets aux coolies de l’équipage moyennant une dizaine de sapèques. Ceux-ci en broient le contenu avec un peu d’huile, de façon à en faire une sorte de pâte; ils fument cette pâte dans une pipe d’un genre particulier, qu’ils viennent de fabriquer de toutes pièces avec un bambou creux cl une petite bouteille en terre haute d’un doigt.

Le bambou a été coupé de façon à avoir une de ses extrémités fermée par un nœud, tandis que l’autre reste ouverte. La bouteille, dont le fond plat a été percé d’un petit pertuis, est fixée par son goulot dans un trou pratiqué latéralement dans le bambou un peu au-dessus du nœud. Les coolies, couchés à demi nus sur les planches du pont avec un paquet de cordes sous la tète, passent des heures entières à s’enivrer avec leur affreuse drogue; la fumée qu’elle dégage est tellement nauséabonde qu ellemelorec à abandonner la place.

A quatre heures du soir, nous jetons l’ancre devant Phu-ly-nhon; c est une misérable bourgade construite au milieu de rizières basses et marécageuses, à l’entrée du canal de Phu-ly qui fait communiquer le Day avec le fleuve Rouge. Elle ne comprend qu’une seule rue, bordée de chaque côté par une rangée de huttes en torchis. Celle rue, qui n’est pas pavée, est d’une malpropreté dont ceux-là seuls qui ont voyagé en Extrême-Orient peuvent se faire une idée; on y jette toutes les immondices, et, à certaines places, elle est transformée en cloaques infects remplis d’une boue noire et gluante dans laquelle on enfonce jusqu’aux mollets.

Phu-ly-nhon, malgré son aspect misérable, est le siège d une préfecture annamite et possède une garnison, composée d’une demi-compagnie d infanterie de marine. Les soldats sont logés dans de grands bâtiments a demi ruinés, situés près de la demeure du phu (préfet), et qui servaient autrefois de magasins à riz. Ce poste est dangereux pour les Européens a cause des plaines marécageuses qui l’entourent ; pendant mon séjour a Nain-dinh,

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