PETITS INDIGÈNES DÉVIDANT DES COCONS
leur repas, maintient séparés, pendant qu’ils se dévident, les cocons toujours immergés dans l’eau chaude, et empêche qu’ils s’embrouillent. A l’aide de ce procédé les indigènes peuvent dévider trois ou quatre cocons à la fois sur le même métier. Les chrysalides débarrassées de leur soie sont soigneusement conservées. Les Tonkinois les mangent frites à l’huile; c’est pour eux un mets de haut goût, qui est très recherché.
Le général de Négrier est venu nous rejoindre; le 6 au matin nous quittons Phu-lang-thuong. Notre colonne se compose de neuf compagnies d’infanterie de ligne, de deux compagnies de tirailleurs tonkinois, de deux batteries d’artillerie et de quelques chasseurs d’Afrique, en tout 1 500 hommes environ.
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Nous prenons la route mandarine qui conduit vers Lang-son. De Phulang-lhuong à Kep, celte roule est large et facile ; mais nous n’avançons qu’avec prudence, car l’ennemi est signalé par les éclaireurs. Cependant la journée se passe sans que nous ayons rien aperçu de suspect, et le sonnons bivouaquons à l’embranchement d’un chemin de montagne qui se dirige vers Dao-loc, à l’est de la roule mandarine.
A l’endroit mémo où la colonne est arretée se trouve un marché comme on en rencontre souvent dans la campagne annamite. Au Tonkin, une commune comprend la plupart du temps plusieurs hameaux qui sont quelquefois assez éloignés les uns des autres; le marché de la commune peut être construit sur un point situé à égale distance des hameaux et par conséquent en pleine campagne; dans ce cas, on ne fait pas grande dépense pour le bâtir. Les constructions se réduisent à une douzaine de petits toits en paille reposant chacun sur quatre pieux; mais, pour être primitifs, ces abris n’en sont pas moins très appréciables, et nous nous entassons pêle-mcle sous les paillotes, qui nous protégeront au moins contre la rosée de la nuit.
Le lendemain 7, laissant à la bifurcation des deux routes les bagages et le convoi qui pourraient embarrasser les mouvements des troupes, nous nous engageons à la lile indienne sur une série de petites digues qui courent au milieu des rizières dans la direction de Dao-loc. Je monte un grand cheval blanc venu de France qui ne se meut que difficilement silice terrain nouveau pour lui. A chaque instant je suis obligé de descendre et de prendre ma monture par la bride. Après toutes sortes d’efforts et après avoir pataugé pendant deux grandes heures, nous finissons par sortir des mares et des champs de riz et par atteindre un terrain sec mais accidenté cl couvert de grandes herbes au milieu desquelles nous disparaissons jusqu’au cou et où nous avons peine à nous frayer un passage. Le soleil est plus ardent que jamais; les soldats, empêtrés dans les broussailles, au milieu desquelles ils ont mille peines à se mouvoir, sont haletants et couverts de sueur. Malgré leur énergie, ils commencent à ralentir le pas et à fléchir sous le poids de leurs sacs et de leurs cartouches.
Tout à coup des coups de feu retentissent à l’avant-garde ; c’est l’ennemi qui a pris le contact; on crie de toutes parts : « En avant! » Les officiers augmentent encore l’allure, et les soldats, comme galvanisés par l’approche de la lutte, font un suprême effort pour arriver plus vite.
Heureusement ce n’était qu’une fausse alerte; l’ennemi, après avoir reçu nos premiers coups de fusil, a pris la fuite dans la direction de Kep;