CHAPITRE II
HANOÏ (SUITE). — DIFFICULTÉ DU DECENSEMENT DE LA I'OPULATION. — LES QUARTIERS ET LES RUES. —
L’INTÉRIEUR d’UiME MAISON D’ANNAMITE RICHE I LE MOBILIER, LE LIT. - BRODEURS ET BRODERIES. -
FABRICANTS D’IMAGES; LA CARICATURE AU TONKIN. — COMMENT ON TRAITE LES ARTISTES. — MARCHANDS DE CERCUEILS ET D’ACCESSOIRES POUR LES MORTS. — LE QUARTIER CHINOIS. — CONFISEURS ET PATISSIERS. — LE VIN DE RIZ. — LES BONBONS ET LES GATEAUX. — LES PETITS MÉTIERS DES RUES I ACROBATES, MUSICIENS
ambulants; les auricup.es et les masseurs.
Hanoï, capitale du Tonkin, a bien JO kilomètres de tour et contient plus de cent mille habitants. Il est juste de dire que ce chiffre ne repose sur aucune donnée certaine : on n’a pas encore pu, même avec l’aide des mandarins, procéder à un recensement exact de la population; chaque fois qu’on a essayé, on est arrivé à un résultat absolument dérisoire. Les habitants effrayés se dérobaient par la fuite : « Pourquoi nous compte-t-on, disaient-ils, sinon pour nous accabler par un impôt extraordinaire, ou bien pour nous emmener, nous et nos enfants, comme coolies ou comme soldats? »
Hanoï est divisée en un grand nombre de quartiers, qui ont chacun une
industrie particulière. Les brodeurs occupent tous la même rue ; il en est de même des confiseurs et des pâtissiers, des menuisiers, des marchands de soieries, etc.
Dans les quartiers riches, comme la rue des Pavillons-Noirs où se trouvent toutes les maisons de commerce un peu importantes tenues par les Chinois, les rues sont bien entretenues et bordées de belles maisons en briques. La chaussée, construite en dos d’âne, est pavée de grosses pierres; elle est limitée de chaque côté par un canal étroit et profond destiné à conduire les eaux de pluie et les eaux d’égout.
Les maisons tonkinoises se ressemblent toutes. Pour bien comprendre leur agencement intérieur, il suffit de connaître cette devise annamite : Si tu veux vivre heureux, reste au fond de ta demeure, au sein de ta famille; évite, comme la peste, la visite d'un indiscret ou la profanation d'un regard curieux.
L’habitation annamite est étroite et profonde; on ne se douterait guère, en examinant de la rue sa petite façade, qu’elle masque de spacieux corps de bâtiments, séparés par plusieurs cours. Le toit, recouvert en tuiles vernissées, repose sur un système de poutrelles. Les extrémités de ces poutres sont sculptées quand la maison appartient à un fonctionnaire de haut rang. Lorsqu’il s’agit simplement d’un riche bourgeois, elles sont ornées de caractères annamites peints à l’encre noire ou rouge et qui signifient « joie et prospérité », ou bien « mille ans et mille vies », ou encore tel autre bon souhait l’adresse du propriétaire.
En général, le toit, très incliné, s’avance assez loin sur la rue. 11 repose sur les deux murs latéraux, qui s’élèvent au-dessus de lui, de chaque côté, d’au moins 2 mètres et se terminent en escaliers. Personne n’a pu m’expliquer la raison de cette disposition bizarre. Je suis assez porté à croire qu’elle a pour but de protéger le toit pendant les coups de typhon, si fréquents au Tonkin lors des changements de moussons.
Pour mieux dissimuler ses appartements particuliers, le propriétaire loue la plupart du temps la première pièce de sa maison, celle qui donne sur la rue, à un petit commerçant qui y installe sa boutique. Derrière cette boutique s’étend une cour, puis un hangar qui sert ou bien de magasin de réserve pour les marchandises, ou bien, plus rarement, d’habitation pour le commerçant et pour sa famille.
Après avoir traversé ce corps de logis, on tombe dans une autre cour, plus grande, plus spacieuse, transformée ordinairement en jardin intérieur à l’aide de plantes rares transplantées dans de grands pots en porce-