‹ Une campagne au TonkinChapitre 17 sur 299 · HANOI. — RUE DES PAVILLONS-NOIRS · texte numérisé non relu

HANOI. — RUE DES PAVILLONS-NOIRS

laine. Souvent une vigne vierge, un pêcher sauvage, étendent leur feuillage sur une petite pièce d’eau où nagent des poissons rouges.

C’est sur cette espèce de jardin intérieur que donne l’appartement privé du riche propriétaire annamite. 11 se compose d’abord d’une grande pièce, sorte de parloir où le maître de la maison reçoit les étrangers, les fournisseurs, toutes les visites qui n’ont pas le caractère de l’intimité. Cette pièce s’ouvre sur le jardin par de très larges haies dont les cadres sont souvent ornés de jolies sculptures sur bois précieux, ou de peintures à la détrempe représentant des fleurs, des fruits, des oiseaux aux vives couleurs.

Le parloir est la pièce la plus grande et la mieux ornée de la maison. C’est là qu’on fait les réceptions, qu’on offre le thé à ses amis, qu’on donne des dîners de gala, suivis de représentations théâtrales. Aux murs sont pendues de grandes planches en palissandre dans lesquelles sont incrustés, en caractères de nacre longs de 10 à 12 centimètres, des sentences tirées des livres anciens, ou bien des fleurs, des oiseaux, qui font le plus joli effet. Quand le propriétaire est un mandarin, c’est là qu’il expose les parasols, insignes de son grade, et les grands sabres à fourreau incrusté de nacre, à poignée de cuivre niellé, qu’on porte devant lui dans les cérémonies publiques. C’est également dans cette pièce qu’est installé l’autel des ancêtres, devant lequel brûlent constamment de petites bougies chinoises en cire rose, ou des baguettes odoriférantes, piquées dans un brûleparfum de cuivre et qui remplissent la salle d’une odeur d’encens.

Derrière le parloir s’étendent les appartements des femmes, les communs, les cuisines, enfin une arrière-cour avec une porte donnant sur une rue écartée. Toutes les maisons annamites ont ainsi une deuxième sortie dissimulée dans le mur de la maison opposé à l’entrée principale.

Les habitations n’ont qu’un rez-de-chaussée. Dans quelques-unes seulement, on a dissimulé sous le toit une sorte de mansarde à laquelle on monte par un escalier raide comme une échelle. C’est là que le maître se retire pour faire la sieste ou pour fumer l’opium.

La loi défend aux simples particuliers et même aux mandarins d’avoir des maisons à étages; le palais du roi et les pagodes en sont seuls pourvus.

Le mobilier d’un riche annamite est tout à fait rudimentaire : on trouve dans la salle de réception de grands bancs de bois dont les dossiers sont ornés de jolies sculptures, des fauteuils de même modèle, quelques petits tabourets chinois dont le siège est fait d’une plaque de marbre, une ou deux tables, quelquefois un lit garni d’une moustiquaire.

Rien n’est moins confortable qu’un lit annamite : il se compose d’un

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