COMBAT CORPS
comljle de bonheur le ciel se couvre et une petite pluie fine vient nous apporter un peu de fraîcheur.
Les Chinois, cernés de toutes parts, font une résistance désespérée : se sentant perdus, ils veulent vendre chèrement leur vie. Maintenant Français et Pavillons-Noirs se sont rejoints; ils luttent corps à corps entre les maisons en feu, au milieu des grandes broussailles, plus hautes que les hommes, qui poussent à l’entour du village. Le capitaine Kerdrain a la tète fendue par trois coups de lance; un soldat a le cou scié par un Chinois; le commandant Godard, qui a déchargé son revolver, est aux prises avec un Pavillon-Noir qu’il crible de coups de canne. Enfin la redoute, dernier centre de résistance de l’ennemi, est emportée d’assaut; les Chinois vaincus fuient en hurlant, salués par les derniers coups de fusil. A trois heures du soir tout est fini; les troupes, à jeun depuis le matin, se sont battues sans interruption pendant cinq heures; les Chinois ont laissé sur le terrain plus de 000 cadavres; dans certains endroits où la lutte a été vive, ils sont entassés en si grand nombre qu’ils obstruent le chemin.
Kep était un des centres de concentration de l’armée chinoise du Kouang-si; les Célestes y avaient accumulé des munitions et des approvisionnements de toutes sortes. Nous trouvons dans les pagodes du village, qui servaient d’habitations aux chefs ennemis, de riches costumes chinois, de l’argent, des étoffes précieuses, des uniformes de mandarin et aussi des lentes, des vêtements ayant appartenu aux officiers français qui, le mois précédent, ont fait partie de la malheureuse colonne de Lang-son commandée par le colonel Dugen ne. Grâce au général de Négrier, nos morts de Dae-lé sont bien vengés.
Nous payons nous-mêmes notre victoire assez cher : la vigoureuse résistance des Chinois nous coûte 52 Français tués et 61 blessés, sans compter ceux qui, pendant la lutte, ont succombé aux coups de chaleur. Nous venons de retrouver le corps du capitaine Planté, frappé d’une balle en plein front en escaladant une barricade à la tête de sa compagnie; nous l’avons placé sur l’herbe à côté du brave colonel Chappuis, foudroyé par le soleil au moment où il commandait l’assaut. Le soir nous nous réunissons tous pour rendre les derniers devoirs à ces deux héros morts pour la patrie. On leur a construit à grand’peine des cercueils avec des planches de caisses vides prises au convoi ; on les y a couchés dans un linceul aux trois couleurs de France, fait en cousant ensemble trois drapeaux pris aux Chinois.
L’ambulance a été établie dans une pagode bâtie sur une hauteur, au