‹ Une campagne au TonkinChapitre 172 sur 299 · PAGODE · texte numérisé non relu

PAGODE

Ilékis ou Pavillom-\oirs, établit son quartier général à Lao-kai sur le fleuve Rouge, et dont l’autre, formée par les Hoang-Kis ou Pavillons- Jaunes , s'installa;» Ha-giang, dans le point où la rivière Claire passe sur le territoire tonkinois. Tant que les Pavillons-Noirs et les Jaunes restèrent sous l’unique commandement de Ou-Tsong, le commerce ne souffrit pas beaucoup : les Chinois avaient établi à Ha-giang et à Lao-kai des postes de douane où les barques qui faisaient le trajet entre la Chine et le Tonkin pavaient un droit de passage; le général chinois se serait bien gardé d'entraver ce trafic, puisqu’il en tirait toutes ses richesses. Mais Ou-Tsong mourut et les Dannières-Jaunes et Noires ne purent s’entendre pour lui trouver un successeur. Chacune d’elles se choisit un chef : les Hoang-Kis prirent pour général Hoang-Anh. qui demeura à Ha-giang. et les Ilékis installèrent à Lao-kai Luu-Yïnh-Phuoc, dont le nom devait bientôt devenir atrocement célèbre dans tout le Tonkin. De pareils auxiliaires, opérant dans un voisinage aussi rapproché, ne pouvaient longtemps s’entendre : les anciens amis devinrent bientôt des adversaires acharnés. Pour faire pièce aux Pavillons-Noirs, les Hoang-Kis vinrent s’installer sur le fleuve Rouge, en aval de Lao-kai; ils fusillaient toutes les jonques qui remontaient le fleuve et les forçaient à faire demi-tour, de sorte que la douane des Pavillons-Noirs ne faisait plus aucune recette. Ceux-ci, pour se venger, incendiaient les villages de la rivière Claire et coulaient les barques qui s’y montraient. Celte lutte dura jusqu’au jour où les Pavillons-Jaunes furent décidément vaincus dans un combat sanglant. Les Hékis, devenus maîtres de tout le haut Tonkin, s’établirent à la fois sur les deux fleuves, mais le commerce qui s’y faisait avait été presque complètement anéanti. Ly guerre avec la France vint lui porter le dernier coup; les Pavillons-Noirs, appelés par la cour de Hué, s’avaneèrent jusqu’à Sontay et finirent même par envahir le Delta. Les riverains de la rivière Claire, dépouillés par eux et ruinés de fond en comble, se firent pirates à leur tour. Ils relevèrent leurs villages incendiés, et, les entourant de toutes parts de baies de bambous épineux et de parapets en terre, ils en firent des forteresses imprenables. Chacun de ces villages fortifiés avait un poste sur la rivière; ce poste percevait pour le compte des habitants un droit de douane sur toutes les barques qui passaient à sa portée. On comprend qu’avec de pareils procédés les commerçants aient oublié le chemin de ces régions.

Nous venons d’atteindre le sommet d’un monticule d’où l’on a vue sur une grande étendue du Song-ca. L’officier qui commande la colonne braque depuis quelques instants sa lorgnette sur un petit bateau plat qui descend

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