‹ Une campagne au TonkinChapitre 173 sur 299 · UN COURRIER · texte numérisé non relu

UN COURRIER

rapidement le cours de l’eau. Ce bateau est monté par deux Annamites, dont l’un fait force de rames pour s’approcher de nous et dont l’autre, se sentant en vue, agile dans notre direction un grand bâton fendu, à l’exlrémilé duquel il a enfourché une lettre.

C’est sans doute un courrier qu’on nous expédie; la colonne fait halle et nous descendons sur la berge pour le recevoir.

La lettre vient de Tuyen-quan : ellenou • annonce que la canonnière Eclair nous attendra à quelques kilomètres de Lang-sao pour nous transporter par eau jusqu’à Phudoan.

L’embarcation dans laquelle le courrier est venu c§t extrêmement curieuse : elle porte au Tonkin le nom toul à fait justifié de bateaupanier : c’est en effet une suite de panier ovale, fait en treillis de bambous et monté sur une carcasse de même bois. Ce bateau

PimUHS-SODS.

est enduit à l’intérieur

d’une couche de terre, à grains très fins, qui constitue un mastic imperméable. Deux bambous placés transversalement forment les sièges peu confortables sur lesquels se tiennent les rameurs et les passagers.

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Le baleau-panier est très commode pour naviguer sur les ruisseaux el même sur les rizières au moment des inondations; il peut, grâce à son faible tirant d’eau, accoster partout sans toucher le fond. Il est si léger, que les Annamites le transportent au besoin sur leur dos; en revanche, il faut iine grande habitude pour s’y tenir sans chavirer. Les indigènes tirent de cette espèce de barque un parti remarquable; les porteurs de dépêches parcourent avec elle et très rapidement des distances incroyables. Ils la manœuvrent avec des avirons à manches courts, qu’ils plongent complètement dans l’eau, et ils lui impriment ainsi une vitesse prodigieuse.

Lang-sao, où nous nous arrêtons pour déjeuner, est un grand village composé d’une cinquantaine de maisons, qui sont placées les unes à la suite des autres sur le bord de l’eau. Nous y entrons un jour de marché, et le village présente une animation inaccoutumée. Tout le long de la rive sont rangés les sampans et les bateaux-paniers qui ont amené les indigènes; la circulation est difficile sur la grande place où sont établies les cases du marché. En amont, à l’ombre de deux grands banians qui projettent au-dessus de l’eau leurs branches feuillues, tout un peuple de baigneurs prend ses ébats dans la rivière; hommes, femmes et enfants se baignent pêle-mêle, sans que personne s’en effarouche : c’est l’habitude ici, et les Européens eux-mêmes finissent par n’v plus prendre garde.

Deux ou trois heures avant l’arrivée de la colonne, un de nos boys avait été dépêché en avant pour prévenir les notables et les charger de rassurer les habitants. Sans cette précaution l’arrivée des soldats aurait produit une panique épouvantable; les maisons auraient été barricadées et les habitants des villages voisins se seraient rembarqués en toute bâte avec les marchandises qu’ils ont apportées. La vue de nos tirailleurs algériens, qui parcourent les rangées des étalages pour renouveler leurs provisions, produit bien quelques mouvements de recul parmi les vieilles paysannes, toujours promptes à s’effrayer, mais les truongs, ou gardes champêtres, qui surveillent le marché, les calment instantanément avec un coup de rotin sur leur grand chapeau et une admonestation bien sentie.

Le marché de Lang-sao est abondamment pourvu de fruits et de légumes de toutes sortes : on y trouve, outre le tabac, de l’indigo vendu sous forme de boules grosses comme des billes de billard, de la fleur de soufre qu’on récolte, dit-on, dans la province de Tuyen-quan, des rotins, de la laque et toutes sortes d’herbes à médecine. Parmi ces drogues, (pii presque toutes me sont inconnues, je remarque de la poudre de bois d’aigle qui dégage en brûlant un parfum suave et qui sert pour les cérémonies du

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