‹ Une campagne au TonkinChapitre 177 sur 299 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

CAMPEMENT AUX ENVIRONS DE CIOM. — LES PRIÈRES PUBLIQUES. — A DOI.D DE I.’ « ÉCLAIR )) ; LES

CARTES ANNAMITES. — PRl'-DOAN. — PORTRAIT DU PRÉFET. - UN DEUIL. — LFS CÉRÉMONIES DES

FUNÉRAILLES. - l'aME EN SOIE. - LF. REPAS DU MORT. — L’ENSEVELISSEMENT ET LES HABITS DE

DEUIL. — LES PALANQUINS. - LE CONVOI FUNÈBRE. - ENTERREMENTS SIMULÉS. - EN ROUTE

POUR TUYEN-QUAN. — LES ANGUILLES. — JOYEUX RETOUR EN JONQUES; LES RAMEURS ANNAMITES.

Nous bivouaquons depuis deux jours en plein air, sur le bord de la rivière Claire, à quelques kilomètres en amont de Giorn, attendant l 'Eclair qui n’arrive pas. La variole sévit avec une intensité toujours croissante sur les villages voisins, et la colonne campe à la belle étoile pour éviter la contagion. Les jonques pleines de vivres, que nous sommes chargés d’escorter jusqu’à Tuyen-quan, sont amarrées côte à côte le long du bord de l’eau. Les tirailleurs ont dressé sur la rive leurs petites tentes basses en toile blanche; ils passent leur temps à cuisiner ou à dormir, étendus sur l’herbe, pendant que les officiers chassent dans les fourrés voisins pour remplacer les conserves .par un peu de viande fraîche.

Le gibier est très abondant dans ces parages : au milieu des touffes de bambous s’agitent de petits écureuils gris dont la chair est très savoureuse; des pigeons verts nichent sur les grands flamboyants qui poussent au bord de l’eau, et les boys, que nous employons comme rabatteurs, font lever dans les broussailles de beaux coqs sauvages dont les pattes sont armées de formidables ergots; ces ergots, extrêmement durs et aigus, mesurent jusqu’à 4 centimètres de longueur; ils constituent une arme redoutable dont il faut se garer quand l’oiseau est blessé.

Les baies qui entourent les villages sont remplies de ces jolis oiseaux à longue queue qu’on appelle coqs de pagode; des tourterelles grises à collier blanc y nichent également en grand nombre, en compagnie de petites perruches vertes qui chaque soir, avant de se percher, font un vacarme infernal.

Soir et matin, depuis deux jours que nous sommes campés dans ces parages, les habitants des villages environnants se rendent en procession à une petite pagode située sur un monticule qui domine la rivière.

Cette pagode a été élevée en l’honneur d’un than ou génie protecteur célèbre dans toute la contrée; elle ne contient aucune statue, mais seulement une de ces petites tablettes rectangulaires dont j’ai déjà parlé, qui en lettres d’or sur fond rouge porte le nom du génie et dans laquelle les crédules Tonkinois se figurent qu’il réside.

Les notables, précédés du chef de canton et suivis d’habitants en costume de cérémonie, apportent deux fois par jour au génie des présents destinés à le rendre favorable et à obtenir de lui qu’il s’emploie à faire cesser l’épidémie (pii décime la contrée. Ces présents sont disposés sur une belle civière toute dorée, à l’abri de deux grands parasols; on offre au génie du thé, du vin de riz, des poulets, de la viande de porc, et aussi des pyramides énormes d’un beau riz blanc, cuit à l’eau, dans lesquelles sont piqués des grains de nénuphar ou des semences d’arachides. Fendant la cérémonie on brûle devant la tablette force baguettes d’encens et papiers dorés, tandis que les aides de l’officiant font retentir l’air des sons du con°

ou du tam-tam.

L’offrande faite et les prosternations terminées, tout le monde s'attable dans une des salles de la pagode, et l’on dévore en un clin d’œil les provisions apportées au génie. C’est ainsi qu’au Tonkin se terminent presque toutes les fêtes religieuses; chaque séance à la pagode est toujours suivie d’un bon repas.

Ce matin on a varié le cérémonial : la tablette du than, que les liabi-

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