STATUE I) UN GÉNIE GARDIEN 1)U TEMPLE A PIIU-DOAN
rin. Il a campé sur
son nez (sans doute pour produire plus d’effet sur nous) une vieille paire de lunettes chinoises ; leurs verres ronds et épais, sertis dans une grosse monture de buffle, lui obscurcissent tellement la vue, que, lorsqu’il ne regarde pas au-dessus, il trébuche à chaque pas; l’étui brodé de ces lunettes est attaché, bien en évidence, sur le devant de sa (unique neuve, par un petit cordonnet de soie orné de deux glands.
Après les salutations d’usage, le mandarin prend à part le commandant
Il N R CAMPAGNE AU TON K IN.
(U* la colonne et entame avec lui et l’interprète un colloque des plus animés : « la* mandarin a besoin de vous, doeleur, me dil le commandant; son père, (pii habite avec lui, est au plus mal. L’interprète, qui vous a connu à Nam-dinh, prétend que vous pouvez le guérir, et le phn vous prie de venir !e visiter en toute hâte; il assure qu’il y a place pour vous dans sa pagode. Je vous conseille de vous laisser faire : vous serez toujours mieux là-haut que dans un sampan. »
.l’accepte avec empressement l’offre du fonctionnaire indigène, et, cinq minutes après, accompagné de mon ordonnance* qui porte mon lit de campagne, je grimpe à la suite du mandarin les soixante et quelques marches, taillées de main d’homme dans le flanc de la colline, qui conduisent à la pagode où il a établi sa demeure. Celle pagode est formée de deux corps de logis séparés par une étroite cour; les serviteurs se tiennent dans le premier; le second, qui est occupé par le mandarin et par sa famille, est divisé en trois chambres par deux cloisons de grosses nattes. Le phn m’a réservé une des chambres de côté, il occupe l’autre avec sa suite; la pièce du milieu est une sorte de parloir qui sert pour les audiences cl pour les visites.
Le malade est couché dans un coin obscur, le corps enroulé dans une natte et la tête reposant sur un petit billot en bambous; son état est tel qu’il n’y a plus rien à tenter et qu’il mourra probablement cette nuit.
Très fatigué de ma journée, je me retire de bonne heure dans le compartiment qui m’est réservé; j’ai gardé près de moi par précaution un de mes boys, ancien tirailleur annamite, qui parle un peu le français. Vers quatre heures du matin je suis réveillé par des allées et venues, des gémissements et un remue-ménage dont le bruit m’arrive de la chambre à côté, à travers la cloison de nattes contre laquelle mon lit est adossé. Poussé par la curiosité, je fais avec mon couteau un trou à celte cloison et j’y applique mon œil.
Le parloir est éclairé par une lampe fumeuse construite avec un godet d’étain monté sur un grand pied; le moribond y a été transporté; il est couché sur un lit recouvert de nattes fines et dressé au milieu de la pièce; son fils, ie mandarin, est accroupi près de lui, surveillant ses moindres mouvements et plaçant de temps en temps près de ses narines un petit flocon de coton, afin de s’assurer s’il respire encore. La famille est réunie tout entière autour du lit, attendant le dernier moment.
Une des femmes apporte une pièce de soit* blanche qu’on place sur l'épigastre du moribond : dans l’esprit des Annamites, cette soie a pour but