SAMPAN LOUK AUX INDIGÈNES
à haute voix et à trois reprises différentes Lame du mort, l’adjurant de revenir au milieu de sa famille : « 0 vous, les trois âmes et les neuf esprits vitaux du grand mandarin Lé-Van-Tong, s’écrie-t-il, revenez vite au milieu de vos enfants désolés. » Pendant qu’il répète cette phrase trois fois de suite, d’autres domestiques, qui se sont répandus dans les environs, poussent des clameurs et frappent sur des instruments bruyants, comme des gongs et des tam-tams, pour effrayer l’àme et la forcer à rentrer dans la maison.
Après cette invocation, le serviteur descend du toit et vient remettre l’habit à une des femmes, qui le place sur la poitrine du mort; elle en retire ensuite le hon-bach, et avec cette pièce de soie blanche, qui mesure
plusieurs mètres de longueur, elle confectionne en la pliant et la repliant une sorte de figure grossière qui ressemble de loin à un corps d’homme : les jambes sont indiquées par deux grands pans d’étoffe, les bras par deux pans plus petits placés de chaque côté d’un gros nœud qui représente le corps et qui est surmonté d’une anse d’étoflè figurant la tète. Pour les Annamites cette pièce ainsi disposée est la représentation matérielle de l’àme du mort; c’est en elle que cette âme chassée du corps est venue se réfugier pour y résider. Pendant tout le temps que dureront les cérémonies compliquées des funérailles, on lui rendra les mêmes honneurs qu’au défunt lui-mème : on lui construira près du cercueil un lit de parade recouvert de grands rideaux, derrière lesquels elle sera enfermée chaque soir.
Tous les matins, on l’en sortira respectueusement pour l’installer sur un siège à la place d’honneur, et, deux fois par jour, au moment des repas, le chef de la famille fera devant elle des libations de vin de riz.
Le fils du défunt a voilé la face du cadavre avec un morceau d’étoffe après lui avoir mis dans la bouche un petit bâton destiné à la lui maintenir ouverte. Puis tous les membres de la famille se sont prosternés devant le corps, et, api'ès avoir poussé des gémissements bruyants pour marquer leur douleur, ils se sont retirés dans la pièce voisine afin de permettre à l’aîné de procéder à la dernière toilette de son père. Les rites veulent que le corps du défunt soit lavé avant la mise en bière ; le fils aîné peut seul procéder à cette besogne en s’aidant d’un serviteur; les étrangers et les autres parents se tiennent à l’écart, par respect.
L’aide apporte de l’eau bouillante qu’il a parfumée avec du bois d’aigle, de l’encens, de l’anis étoilé, de la cannelle et du santal; le mandarin s’est prosterné. « Qu'il soit permis, dit-il, de laver la tète et le corps pour le purifier de la poussière ancienne. » Cette prière faite, il se redresse, cl trempant un linge dans l’eau parfumée, il le passe sur la figure du cadavre; il peigne ses longs cheveux, qu’il enroule ensuite dans un morceau d étoffe ; il lave les mains et les pieds avec un nouveau linge; puis, s'aidant d’un petit couteau que lui tend le serviteur, il taille les ongles des doigts et des orteils. 11 met soigneusement à part les rognures d’ongles de chaque membre, dont il fait un paquet séparé, en les enveloppant de