LE REPAS DU MORT
papier chinois. Chacun des quatre paquets sera déposé, à coté du membre correspondant, dans le cercueil. Il recueille également avec un soin méticuleux tous les cheveux tombés pendant la toilette, afin de les placer dans la bière sans en oublier un seul. Tous les ustensiles qui ont servi pour l’opération des ablutions, le linge, le peigne, le reste de l’eau parfumée,
Lli PRÉFET DE PMU-IlüAXG.
le couteau pour les ongles, sont placés dans un vase neuf que l’aide va enterrer immédiatement dans un endroit fixé à l’avance.
Après les ablutions il reste à procéder au dernier repas du mort. La famille et les amis sont revenus dans la chambre mortuaire ; ils ont apporté une soucoupe remplie de riz cuit, une petite cuiller en porcelaine et trois pièces d’argent. Le mandarin, en sa qualité de fils aîné du défunt, procède à la cérémonie; il s’agenouille, s’incline jusqu’à terre et, interpellant le mort, il lui demande la permission de lui offrir à manger pour la dernière fois. S’étant relevé, il s’approche du lit de parade et, soulevant un des coins du voile qui recouvre la face du défunt, il lui enlève le petit
IN K CAMPAGNE AU TONkl.Y
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bâton qui maintient les mâchoires ouvertes; il saisit alors la cuiller pleine de riz que lui tend un aide, y dépose une pièce d’argent, et verse le tout dans la bouche du mort; il recommence à trois reprises cette opération, en soulevant légèrement chaque fois un coin du voile et en prenant bien garde de laisser voir la ligure du cadavre, ce (pii serait considéré comme un manque de respect. Une fois le repas terminé, tous les assistants se mettent à pousser des gémissements et à se répandre en lamentations sur la perte qu’ils viennent de faire.
Les enfants du défunt accomplissent ce long et minutieux cérémonial prescrit par les rites avec un grand respect, mais aussi avec un sang-froid étonnant. Je ne vois pas chez eux celte émotion profonde, cet anéantissement moral que nous éprouvons nous-mêmes en pareil cas : le fils du défunt officie comme le ferait un prêtre; ses autres parents attendent pour gémir le moment prescrit par l’usage; ils se taisent dans l'intervalle comme s’ils étaient des pleureurs à gages. Chez les Tonkinois, cependant, les liens de famille sont plus puissants que chez nous; la piété liliale y est au moins aussi grande. Sans doute ces gens de l’Extrême-Orient sont organisés autrement que nous au point de vue des sensations nerveuses; chez eux les impressions sont peut-être moins vives; en tous cas, ils peuvent plus facilement commander à leurs nerfs. 11 n’est guère d’Européens en effet qui aient assez de courage pour donner au cadavre d’un de leurs proches les soins compliqués que je viens de décrire et qui ont duré tout un jour.
Le lendemain, au matin, un serviteur introduit près du mandarin un vieil Annamite auquel la famille fait mille prévenances; c’est un notable très au courant des rites funéraires qu’on est allé quérir dans un village des environs pour surveiller l’ensevelissement du corps et sa mise en bière. Cet homme apporte avec lui les différents matériaux nécessaires pour cette opération délicate et compliquée : le vernis pour calfater le cercueil, les coussins qu’on mettra autour du mortel les nombreuses pièces d’étoffe qui serviront à l’envelopper. La forme, les dimensions, la composition même de tous ces objets sont minutieusement indiquées dans le Van Coin/ (iia Le ou Rituel des funérailles, volumineux ouvrage en quatre volumes qui fai t loi en Annam dans le cas particulier. On les trouve tout préparés dans les boutiques d’ornements pour le culte des ancêtres, qui existent, non seule, ment dans toutes les villes, mais même dans les bourgades un peu importantes du royaume.
Le cercueil est depuis longtemps dans la maison ; c’est un meuble fami-