‹ Une campagne au TonkinChapitre 185 sur 299 · LE CORTÈGE FUNÉRAIRE · texte numérisé non relu

LE CORTÈGE FUNÉRAIRE

convoi d’un riche Annamite comprend quelquefois plus de cent personnes et occupe une longueur d’un kilomètre.

Le mandarin, fils aîné du défunt, conduit le deuil; il a près de lui un maître des cérémonies, chargé de mettre l’ordre dans le cortège et d’en régler la marche; celui-ci, tout affairé, court à droite et à gauche, devant la maison, pour ranger les figurants, leur assigner leur rôle et leur indiquer la place qu’ils doivent occuper. C’est lui qui fait l’office de héraut et qui, lorsque le convoi est prêt à partir, s’agenouille devant le cercueil pour demander au mort la permission de l’emporter en terre. « Le moment

ARRIVÉE D'tJN VISITEUR EN PALANQUIN.

est venu, lui dit-il à voix haute, veuillez partir I Quand l’heure est favorable, on ne doit pas demeurer davantage; qu’il soit donc permis de transporter le cercueil sur les traces qu’ont suivies les ancêtres. »

Une fois développé dans la campagne, le cortège funéraire offre un spectacle extrêmement original, mais qui n’inspire nullement la tristesse; on croirait plutôt à une mascarade qu’à un enterrement. En tête s’avancent deux figurants armés de boucliers et de lances en bois peint, et vêtus de robes rouges sur lesquelles sont brodés des dragons grimaçants; ils portent de formidables moustaches en crins de cheval, et leur figure est zébrée de grandes raies rouges et vertes. Us représentent les phuong-luong ou guerriers chargés d’écarter du chemin suivi par le défunt les mauvais

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Esprits qui seraient tentés de venir le tourmenter; ils sont suivis d’une douzaine d’hommes habillés de blanc et placés sur deux rangs, qui tiennent des oriflammes en calicot suspendues à des branches de bambou dont l’extrémité supérieure est garnie d’un bouquet de feuilles. Ces oriflammes sont couvertes d’inscriptions en gros caractères qui célèbrent les louanges du défunt : il y est traité de grand, de magnifique, de superbe, de fidèle, de vertueux.

Après les bannières viennent quatre coolies portant lâchasse de l’encens Jniong-an), dans laquelle se trouvent un brûle-parfum de cuivre, un vase de même métal contenant une petite pelle, deux chandeliers et différents objets précieux qui sont là pour la parade : des plateaux, une branche de corail montée sur pied, un miroir taoïste en marbre blanc, des fleurs artificielles, etc. Celte châsse est abritée sous un parasol de mandarin porté par un serviteur qui marche à côté d’elle. Une autre châsse toute semblable, mais couverte de fruits, de riz et de gâteaux, lui succède, séparée de la première par une nouvelle équipe de porteurs de bannières. Viennent ensuite les notables, amis de la famille, qui marchent, à pied, en habits de deuil, puis le minh-sinh, immense colonne quadrangulaire haute de 2 mètres et demi, large de 50 centimètres, formée d’un cadre en bois sur lequel sont collées des bandes de calicot. Cette colonne représente la tablette qu’habitera l’Esprit du défunt dès qu’il aura sa place marquée sur l’autel des ancêtres. Son nom, son âge, ses titres y sont inscrits en caractères gigantesques.

Le minh-sinh est relié au char del'âme, qui vient après, par une longue bande de calicot que des femmes, vêtues de blanc et rangées deux à deux, soutiennent avec des arceaux en bambous au-dessus de leurs tètes. L elinhloa ou char de l’âme, dans lequel l’âme en soie est enfermée, est une petite châsse en bois de forme très gracieuse, portée par quatre coolies; elle est peinte en rouge et enjolivée de dorures. La bande de calicot (pii la relie au minh-sinh représente le chemin que suivra l’Esprit du défunt après le sacrifice qui terminera les funérailles, lorsqu’il quittera l’âme en soie pour passer dans la tablette qu’il habitera désormais.

Le plus jeune des petits-fils du mort se tient sous le char de l’âme ; cette disposition, prescrite par les rites funéraires, a pour but d’indiquer que l’âme de l’aïeul doit planer sur scs descendants jusqu’à la génération la plus reculée. Le fils aîné, appuyé sur le bâton de pleurs, ses cheveux épars sur le cou et sur les épaules, marche à reculons devant le cercueil. 11 est accompagné du maître des cérémonies, qui frappe à intervalles égaux

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