JEU DU DAN-HO
rents : c’est ainsi qu’on trouve les Mon dans les montagnes de Cochinchine, les Muongs dans les massifs de la rivière Noire, les Méos vers Lao-kai et les Thos à Lang-son.
Ces Thos, bien que considérablement amoindris, firent souvent parler d’eux dans l’histoire annamite. Ce sont probablement leurs ancêtres qui au ixe siècle de notre ère sont désignés dans les annales chinoises sous le nom de Tho-Man. Ils servirent de guide, à travers les défilés de la montagne, aux innombrables armées du roi de Nam-Chieu, qui mirent le Tonkin à feu et à sang et qui faillirent détruire la race annamite. Aujourd’hui, les nombreux croisements avec les Chinois ont fait un peu dévier le type primitif.
Tous ces Tlios sont vêtus d’un tissu de cotonnade bleue très solide, qu’ils fabriquent dans leurs villages cl qu’ils teignent avec de l’indigo récolté dans le pays.
Un après-midi, il me prend fantaisie d’escalader une des [hautes montagnes qui avoisinent Lang-son, pour jouir de son sommet du panorama de la plaine. De l’end roi t où je me suis posté, la vue est de toute beauté : les grandes montagnes de la frontière chinoise forment à l’horizon une chaîne circulaire à triple étage qui les fait ressembler aux gradins de quelque arène gigantesque; à leur pied, la petite ville de Ky-lua disparaît presque au milieu des tourbillons de fumée qui s’élèvent de tous les toits de ses maisons; plus près, le Song-ki-kung trace à l’est comme une grande ligne blanche, tandis qu’une série de montagnes arides, couvertes de forts chinois, limite à l’ouest une gorge profonde dans laquelle serpente la route de Bac-lé. Droit devant moi s’étale, comme dans une vue à vol d’oiseau, la citadelle de Lang-son, avec son enceinte carrée, ses masures et ses flaques d’eau qui brillent comme des miroirs; elle est bornée au sudouest par un monticule surmonté d’une pagode qu’entoure un bouquet de pins : c’est sous ces ombrages mystérieux que les mandarins annamites venaient, aux dates prescrites par les rites, offrir les sacrifices officiels au ciel et à la terre. Au premier plan, les rizières, dépouillées de leur moisson, laissent voir leurs petites bordures en terre qui décrivent dans la plaine des milliers de lignes sinueuses; de gros blocs de rochers calcaires surgissent çà et là au milieu d’elles; les sommets de ces rochers sont coiffés de broussailles et de plantes grimpantes qui descendent sur leurs flancs comme une longue chevelure; ils ont des silhouettes bizarres qui donnent de loin l’illusion d’une vieille tour en ruines ou d’un pan de mur démoli.
Deux de ces massifs calcaires sont surtout intéressants à visiter. L’un situé au sud-est de la citadelle a la forme d’un bonnet de police; il est creusé de grottes profondes qui communiquent les unes avec les autres en formant comme un grand labyrinthe. Ces grottes prennent jour par des ouvertures naturelles ménagées dans les parois du rocher; la principale d’entre elles a été transformée en chapelle par les indigènes qui y ont disposé dans des niches on sur des gros blocs de pierre une foule de statues de toutes formes et de toutes grandeurs.
L’autre massif s’élève au nord-ouest de Lang-son sur l’autre rive du Song-ki-kung. 1! représente comme un cirque naturel entouré par de hautes murailles a pic sillonnées de crevasses profondes. Les Chinois l’ont