VALLÉE LT VILLAGE DE DONG-DANG
gravi trois ou quatre marches et [tassé sous une longue voûte, nous tombons dans une cour entourée de tous les côtés par des murs en pierre taillée.
L’officier qui nous guide, une lanterne à la main, nous fait monter un escalier, également en pierre, qui donne sur une petite terrasse. Une porte s’ouvre : nous sommes chez nous, dans une espèce de grenier rempli de sacs de riz et de défroques chinoises. Nous nous allongeons sur le plan-
cher et nous ne tardons pas à ronfler comme des bienheureux, malgré la compagnie de rats énormes <jui nous réveillent de temps en temps en nous passant sur la ligure.
11 fait grand jour quand nous ouvrons les yeux le lendemain matin. Notre premier soin est de savoir où nous sommes. Le petit bâtiment carré qui nous a abrités pendant la nuit est construit en briques; il est recouvert par un toit bas à angles recourbés garni de tuiles vernies; il repose sur un gros cube de maçonnerie formant terrasse; on monte sur celte terrasse par deux escaliers à marches larges mais usées et branlantes, qui donnent de chaque coté du bâtiment. Le cube de maçonnerie est percé de part en part, juste au-dessous de nous, par une haute et large voûte à plein cintre qui aboutit de chaque côté à une étroite cour : c’est la porte de Chine el nous avons dormi dans son mirador.
Sur la terrasse el de chaque côlé du mirador, deux belles mitrailleuses en parfait état, abritées sous un petit toit en paille, braquent leurs canons sur la route du Tonkin. De cette terrasse on a vue d’un côté sur le chemin de Dong-dang que nous avons parcouru la veille, et de l’autre sur la Chine. Du côlé chinois, le regard est brusquement arrêlé par une haute montagne à pic au pied de laquelle passe la route et qui masque le paysage comme un écran gigantesque. Sur le versant tonkinois, le chemin qui mène à la frontière occupe le fond d’un ravin limité de chaque côté par une série de collines dénudées. Au niveau de la porte, les collines se rapprochent tellement que le bâtiment suffit pour masquer le passage. Celle porte est flanquéeau nord et au sud par deux autres bâtimentsqui ressemblent à deux pagodes et qui sont séparés d’elle par les cours dont j’ai parlé. C’est dans ces bâtiments qu’étaient installées les douanes chinoise et annamite : leurs façades sont décorées d’assez belles peintures, représentant des personnages en grandeur naturelle, vêtus de riches costumes et portant divers attributs.
La porte de Cau-Haï doit être très ancienne : les grosses pierres de taille dont la voûte est formée sont polies et rongées par le temps; elles ont cette patine grisâtre qui ne s’acquiert qu’après de longues années.
Quel complot trament donc nos coolies? Pendant que j’examine les bâtiments, ils ont les yeux fixés sur les collines qui les relient de chaque côté, formant comme une sorte de barrière naturelle ; ils causent avec animation et se montrent du doigt leurs sommets; auraient-ils aperçu quelque chose de suspect? Non, les voilà qui sortent, qui prennent le petit chemin conduisant en haut de la montagne près d’un des deux fortins qui flanquent