SOUS BOIS : REPOS DES COOLIES
Chine; le général de Négrier, grièvement blessé, a dû abandonner son commandement. La 2e brigade bat en retraite sur le Delta, après avoir évacué complètement Lang-son. »>
D’abord nous ne pouvons pas croire à ce désastre, moi surtout qui arrive de là-bas, qui ai quitté ces vaillantes troupes au lendemain d’une victoire, qui les ai vues toutes vibrantes d’enthousiasme, prêtes à entreprendre l’impossible sur un signe de leur vaillant chef en qui elles avaient une confiance illimitée. 11 faut cependant se rendre a 1 évidence : les premiers blessés de Bang-bo viennent d'arriver à Hanoï ; ils annoncent que le général de Négrier a été transporté à Chu avec son officier d ordonnance, le lieutenant Berge, qui celle lois encore a été blessé grièvement a coté de son général. Les détails qu’ils donnent sur les dernières affaires sont recueillis 'avidement et colportés partout. « Non, nous n’avons pas été battus, mais écrasés par le nombre, disent-ils. Nous étions mille à Bangbo tout au plus; le général avait été obligé de laisser des détachements a Lang-son, à Ky-lua, à Dong-dang pour garder toutes les routes, dans la crainte d’un mouvement tournant de l’ennemi. Celui-ci nous attendait en territoire chinois, à 1 ou 2 kilomètres de celte même porte de Cau-haï que nous avons fait sauter. Il y avait là un immense camp retranché défendu par trois lignes de forts. Vous connaissez le terrain : de hautes montagnes coupées par des ravins profonds et d’étroites vallées. Nous nous sommes battus pendant deux jours. Le premier, nous enlevons leurs deux lignes de redoutes; b; deuxième, la bataille commence à neuf heures du malin. Les troupiers mettent sac à terre pour pouvoir grimper plus facilement ; le IIIe attaque de front la tranchée ennemie et s’y loge malgré une résistance désespérée; le 145e file à droite à l’assaut des mamelons, refoule l’ennemi de crête en crête, lui prend deux forts ét s’élance vers un troisième, établi à 500 mètres de hauteur au sommet d'une montagne presque à pic. Les hommes s’accrochent aux broussailles et se font la courte échelle sous une grêle de balles; 20 sur 50 sont tués ou blessés; le fort est enlevé à la baïonnette, et les Chinois se retirent, protégés par leur infanterie logée dans un bois.
« 11 était trois heures du soir et nous nous croyions vainqueurs, mais nous n’avions culbuté que l’avant-garde des forces chinoises. Derrière ces trois lignes de redoutes, acquises au prix de tant de sacrifices, il y en avait d’autres plus étendues et plus solides encore : l’armée impériale nous y attendait tout entière; nos troupes, épuisées par deux journées de lutte, avaient devant elles environ 50 000 hommes.