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LES PLÉNIPOTENTIAIRES CHINOIS

missaires avaient demandé à entrer en pourparlers avec eux; mais ces bandits ne sont pas gens d’humeur commode : malgré le pavillon impérial arboré sur le bateau chinois, ils tirèrent sur les commissaires, qui voulaient débarquer quand même, et blessèrent grièvement un des domestiques qui les accompagnaient.

Les journaux arrivés par le courrier de mai nous ont apporté d’importantes nouvelles de France : à la suite de la retraite de Lang-son et du vote des nouveaux crédits par les Chambres, le gouvernement a confié le commandement du corps expéditionnaire au général de division Roussel de Courcy.

Celui-ci s’est immédiatement embarqué avec le général Warnet, son chef d’état-major, et un bataillon de chasseurs à pied. Il est arrivé en baie d’Along le 1er juin et il y a été

reçu par le général LES quatre commissaires chinois.

Brière de l’Isle, parti

à sa rencontre. Il est maintenant en route pour Hanoi, où il doit arriver aujourd’hui même.

Toutes les troupes qui tiennent garnison dans cette ville ont été mises sur pied pour le recevoir solennellement. Elles ont été rangées sur deux lignes, le long de la berge du fleuve Rouge, et elles l'ont la baie depuis le débarcadère jusqu’à la porte du palais du gouverneur. Les artilleurs attendent devant leurs canons chargés à poudre; toutes les autorités annamites de la ville et de la province sont là en robes bleu de ciel à longues

manches pendantes; la nombreuse troupe de domestiques qu’elles traînent toujours à leur suite se tient à distance respectueuse; miliciens, portepipes, porte-cadouilles et porte-sabres, couverts de leurs mêmes oripeaux criards et malpropres, causent à voix basse, rangés par groupes, en mâchant leurs chiques de bétel. Sans doute il y a parmi eux quelque espion envoyé par la cour de Hué, qui dissimule soigneusement sous ses vêtements la petite plaquette d’ivoire indiquant son grade et sa fonction : demain il repartira à toute vitesse pour l’Annam afin de rendre compte aux régents des particularités qui auront signalé l’arrivée du général en chef.

Le bateau qui porte les généraux vient d’être signalé au tournant du fleuve Rouge; les canons tonnent de minute en minute. Bientôt le général de Courcy débarque, accompagné du général Brière de l’Jsle et suivi d’un nombreux état-major; il passe lentement devant le front des troupes qui portent les armes pendant que les clairons sonnent partout. C’est un spectacle imposant qui remue profondément toutes nos fibres de soldats et de Français.

Le général de Courcy arrive au Tonkin dans des conditions superbes : investi des pouvoirs civils et militaires les plus étendus, il va commander à une véritable armée. Avec le nouveau régiment tonkinois, les deux bataillons de zouaves arrivés récemment d’Algérie, le bataillon de chasseurs à pied, le corps expéditionnaire compte à l’heure actuelle près de 55000 hommes de troupes solides et éprouvées.

Du côté de la Chine, les difficultés semblent à peu près aplanies : le gouvernement impérial a rempli loyalement ses engagements; ses troupes commencent à quitter le territoire tonkinois sur tous les points envahis; elles regagnent lentement le Yunnam et le Kouang-si. Une députation du commandant en chef de l’armée chinoise de Lang-son est venue faire remise au général de Courcy de deux ou trois prisonniers faits pendant les dernières affaires de la porte de Chine; ce sont les seuls Européens qui n’aient pas eu le cou tranché par les Chinois après avoir été capturés. Ils ont été ramenés à Hanoï par un mandarin militaire du grade de colonel, accompagné d’un lettré et de quatre soldats. La députation est restée plusieurs jours dans cette ville; j’ai pu faire visite à son chef et admirer tout à mon aise l’air martial et la constitution vigoureuse des hommes de l’escorte. Ceux-ci avaient sans doute été choisis de façon à faire impression sur les Français; l’un d’entre eux, qui avait la taille d’un géant, était un des plus beaux hommes que j’aie jamais vus.

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