LE GÉNÉRAL DE COURCY
Tous nos anciens ennemis n’ont pas repassé la frontière : les armées chinoises ont laissé derrière elles une foule de soldats licenciés qui, demeurant sans emploi, se sont organisés en bandes irrégulières, ont repassé la frontière et ont mis en coupe réglée les villages tonkinois qui y confinent. Nos anciens ennemis, les Drapeaux-Noirs, se sont hardiment avancés entre le ileuve Rouge et la rivière Claire; ils se sont établis vers Than-mai, à deux pas de Hong-hoa, dans une position tellement forte qu’un bataillon de zouaves envoyé contre eux n’a pu les en déloger. D’autre part, la cour de Hué s’agite sourdement : deux régents ambitieux, Thuyet et Thuong, qui gouvernent sous l’autorité nominale d’un enfant, poussent secrètement les lettrés à la révolte et lèvent partout des bandes de pirates qui mettent au pillage nos plus riches provinces.
Sans doute les troupes n’auront plus h combattre en masses compactes, mais il reste au général en chef une tâche difficile à remplir : celle d’organiser le pays et de rétablir parmi les habitants le calme et la confiance. De petits postes de troupes européennes et indigènes vont être disséminés partout dans les provinces, de façon à former comme un vaste réseau englobant toute la surface du Delta; ils auront pour but de poursuivre sans relâche les bandes de pirates et d’empêcher qu’elles ne se reforment après avoir été dispersées.
Le général de Courcy a amené de France des collaborateurs instruits et dévoués qui ont. pris la direction des différents services et qui, à peine installés, se sont mis avec ardeur à la besogne : le général du génie Mensier fait tracer des routes et construire de confortables casernes ; l’intendant Barattier règle les transports fluviaux de façon à pouvoir ravitailler à dates fixes les garnisons disséminées sur toute l’étendue du pays; enfin le médecin principal Dujardin-Beaumetz, faisant pour la première fois appliquer les données du nouveau règlement sur le service de santé en campagne, transforme les hôpitaux, organise complètement le service des ambulances, installe dans chaque poste des abris confortables où les malades, pourvus de tout ce qui leur est nécessaire et d’une abondante réserve de médicaments, pourront être soignés sur place, sans qu’il soit besoin, comme par le passé, de les transporter à de longues distances. Grâce à l’inépuisable charité des sociétés de secours aux blessés et notamment de Y Union des femmes de France et des sociétés de la Croix-Rouge et des Dames françaises, le service de santé a reçu des approvisionnements de toute nature qui vont permettre de répandre le bien-être dans nos établissements hospitaliers. Ces approvisionnements sont tellement consi-
dérables que notre directeur a dû installer près de son habitation particulière un grand magasin pour recevoir les caisses de dons. 11 en arrive chaque jour de nouvelles par tous les bateaux venant de France; les dons sont classés au fur et à mesure et répartis aussitôt entre tous les postes. Les sociétés de secours ont fait un grand bien à nos ambulances, et les médecins du Tonkin leur garderont toujours une profonde reconnaissance pour leur collaboration intelligente et dévouée.