‹ Une campagne au TonkinChapitre 234 sur 299 · PIRATES CHINOIS · texte numérisé non relu

PIRATES CHINOIS

une vingtaine de fillettes cachées dans des paniers à cochons sur le pool d’un vapeur anglais en partance pour Hong-kong. Ces paniers, de forme allongée, sont bien connus des douaniers qui, en général, ne prennent pas

la peine de les visiter; les Chinois, au courant de celle habitude, avaient pensé à l’utiliser pour tromper la surveillance des Français.

11 n’y a } ias à proprement parler d’esclaves en Chine; les femmes tonkinoises y sont traitées à peu près comme des servantes par le maître qui les achète, mais il leur est difficile de quitter le sol étranger pour retourner dans leur pays. En voici la raison : en Chine, comme en Annam, le code permet aux riches d’adopter des enfants de familles pauvres, moyennant une redevance en argent payée une fois pour toutes aux parents de ces enfants; en retour, ceux-ci transmettent par contrat au père adoptif l’autorité absolue qu’ils ont sur eux de par la loi ; l’enfant entre alors dans une nouvelle famille qu’il ne peut plus quitter, line fois sur le sol chinois, les pirates se font passer pour les parents de leurs victimes; ils ne les vendent pas, la loi le leur défend, mais ils les cèdent moyennant finance par contrat d’adoption ce qui au fond est la même chose, mais ce qui est bien différent sans doute aux yeux des mandarins, qui grassement rétribués, ferment les yeux.

Notre nouvelle colonie ne deviendra prospère que si nous arrivons à la purger complètement de tous les pirates qui l’exploitent. Les différents commandants en chef qui se sont succédé au Tonkin se sont mis avec ardeur à cette besogne, chaque fois que la guerre avec la Chine leur a laissé un moment de répit. Avec les moyens dont nous disposons, la lâche semble facile; elle est au contraire d’une extrême difficulté : il faudrait, pour en venir à bout, du temps, de la prudence, de l’esprit de suite, une grande connaissance des indigènes ; il faudrait surtout pouvoir compter sur les fonctionnaires annamites; mais ceux-ci, malgré leurs belles professions de foi et leurs protestations intéressées, nous sont au fond du cœur complètement hostiles; loin de favoriser nos recherches, ils font au contraire tout ce qu’ils peuvent pour les égarer. Ils aiment à pêcher en eau trouble; les pirates achètent leur discrétion par de riches cadeaux. Certains mandarins étaient même affiliés aux bandes, dont ils partageaient les bénéfices, leur promettant en retour aide et protection. Les fonctionnaires annamites sont encouragés dans cette voie par le gouvernement de Hué et le régentThuong, (jui, privé de l’aide de la Chine et ne pouvant plus désormais nous combattre ouvertement, a engagé contre notre gouvernement, par l’intermédiaire des lettrés de toutes catégories, une lutte sourde ayant pour but, non seulement de nous empêcher par tous les moyens possibles de ramener le calme dans le pays, mais surtout de nous déconsidérer aux yeux des populations en leur montrant notre impuissance.

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