VII.I.AGK DK DONG-THOX, ET MONT BA-VI
bruyère, «les singes, des serpents de plusieurs espèces cl entre autres un boa qui mesurait près de cin«[ mètres de longueur. Ils n’ont jamais vu de tigre, bien qu’ils aient souvent relevé sa trace dans le voisinage; dans les terrains bas, près de la rivière, ils ont tiré des hérons, des oies sauvages, des poules d’eau et des bécassines. Us me font un grand éloge de la tribu muong avec laquelle ils sont en relations d’affaires; à les entendre, ces sauvages sont plus braves et d’un caractère plus franc que les Annamites de la plaine; ils obéissent à un chef nommé par eux «jui a sur sa peuplade une autorité absolue. Si l’on en croit ce chef, les tribus muongs seraient très nombreuses dans le bassin de la rivière Noire; des échantillons de celte race se rencontreraient même plus loin encore vers le sud dans les montagnes du Day et jusque près de Ninh-binh. Les Muongs de la rivière Noire ne diffèrent guère comme costume des habitants de la plaine ; mais ceux du Day s’habillent différemment, avec des étoffes fabriquées exclusivement par eux dans leurs montagnes; ces étoffes sont ornées de dessins et de broderies du plus joli effet.
Les sauvages, qui parlent une langue spéciale peu comprise des Annamites, sont d’une stature plus élevée, mieux découplés el pl us vigoureux que ceux-ci. Ils se rapprochent beaucoup des Tbos que j’ai rencontrés dans la province de Lang-son, et ils doivent appartenir à la même race. Leur histoire est curieuse el mérite qu’on en dise quelques mots.
Aux temps les plus reculés des annales annamites, la plus grande partie des territoires qui forment actuellement le bassin inférieur du fleuve Rouge et du Thai-binh était, comme je l'ai déjà raconté, recouverte par les eaux de la mer. A la place du Delta tonkinois, il y avait une grande baie entourée de tous côtés par des groupes d’iles et ilôts formés de rochers calcaires semblables à ceux de la baie d’Along. Les terrains d’alluvions qui ont été déposés depuis n’ont pu recouvrir entièrement ces rochers; leurs sommets se montrent encore de distance en distance dans les plaines du Tonkin ; ce sont eux que j’ai décrits autour de Lang-son; eux aussi «jue nous retrouvons sur le bord de la rivière Noire; partout ils se reconnaissent aux mêmes caractères : formés de calcaires marmoréens, ils sont creusés de grottes el d’anfractuosités profondes qui semblent produites par l’usure des Ilots; le sol de ces grottes est composé de sable lin, de galets el de cailloux ronds dont on ne peut s’expliquer autrement la présence.
La baie dont il vient d’être parlé formait, avec sa ceinture d’îlots, une sorte de vaste lac aux eaux tranquilles, que les annales annamites désignent sous le nom de lac Dong-dinh. Les rochers «pii l’entouraient étaient